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« Il est rare qu’ils se plaignent » : en Gironde, le combat des médecins pompiers pour protéger les leurs des fumées toxiques

Une · · Par Claire BERNARD

« Il est rare qu’ils se plaignent » : en Gironde, le combat des médecins pompiers pour protéger les leurs des fumées toxiques

Depuis le 22 juillet, le mégafeu de Saumos, en Gironde, mobilise des milliers de soldats du feu sur un front d’une ampleur inédite. Alors que les flammes contin

Depuis le 22 juillet, le mégafeu de Saumos, en Gironde, mobilise des milliers de soldats du feu sur un front d’une ampleur inédite. Alors que les flammes continuent de progresser, les médecins pompiers du SDIS de la Gironde mènent un combat parallèle et discret : protéger leurs collègues des fumées toxiques, dont les effets insidieux pourraient se manifester bien après l’extinction du brasier. Loin des caméras, ces praticiens traquent les premiers signes d’intoxication au monoxyde de carbone sur des hommes et des femmes épuisés, qui « se plaignent rarement », selon les termes rapportés par Le Figaro. ## Un mégafeu aux dimensions exceptionnelles Le brasier qui ravage le secteur de Saumos présente des caractéristiques hors normes qui compliquent considérablement le travail des secours. D’après les informations rapportées par Le Figaro, l’incendie s’étend sur une circonférence de plus de 140 kilomètres, tandis que la lisière du feu à sécuriser mesure 240 kilomètres. Ces chiffres, qui donnent la mesure de l’ampleur du sinistre, expliquent pourquoi les panaches de fumée continuent de dégager d’importantes quantités de gaz toxiques onze jours après le début de l’incendie. Les conditions météorologiques, marquées par des températures élevées et une végétation desséchée, pourraient encore favoriser la propagation des flammes dans les prochains jours, maintenant les équipes sur le qui-vive. Le monoxyde de carbone transporté par ces panaches représente un risque particulièrement préoccupant pour les pompiers exposés de manière prolongée. Ce gaz, inodore et incolore, peut provoquer des intoxications graves dont les symptômes, maux de tête, nausées ou vertiges, sont souvent attribués à tort à la fatigue du terrain. Les médecins du SDIS redoutent ainsi une vague d’intoxications dans les jours à venir, alors que les effectifs sont soumis à des rotations intenses pour maintenir une présence continue sur les zones les plus critiques. ## Un dispositif médical de proximité Pour faire face à cette menace sanitaire, le SDIS de la Gironde a déployé des bases médicales installées à l’arrière de la ligne de front. C’est là qu’intervient le lieutenant-colonel Olivier Cassone, médecin pompier, accompagné de l’infirmier capitaine Fabien Cenet et d’un sergent dont l’identité n’a pas été divulguée. Selon le reportage de Marie-Hélène Hérouart pour Le Figaro, ces équipes effectuent des maraudes régulières auprès des soldats du feu afin de détecter le moindre signe d’intoxication avant qu’il ne se transforme en urgence médicale. Cette approche proactive semble d’autant plus nécessaire que les pompiers, focalisés sur la lutte contre les flammes, auraient tendance à minimiser leurs propres symptômes. Le bilan humain de cet incendie est déjà lourd. Le Figaro rapporte que 264 personnes ont été blessées dans la lutte contre le mégafeu, dont quatre grièvement. Une cinquantaine d’entre elles ont dû être prises en charge via un circuit facilité aux urgences du CHU de Bordeaux, un dispositif spécifiquement mis en place pour absorber l’afflux potentiel de patients issus des rangs des secours. Ces chiffres illustrent l’intensité des opérations et la pression physique et mentale exercée sur les équipes engagées, qui enchaînent les rotations dans des conditions extrêmes. ## Une surveillance médicale renforcée Le dispositif mis en place par les médecins pompiers de Gironde repose sur une surveillance rapprochée des personnels exposés. Les maraudes médicales permettent d’évaluer l’état de chaque pompier, de mesurer les éventuels taux d’exposition au monoxyde de carbone et d’orienter rapidement les cas suspects vers les structures de soins adaptées. Cette organisation, qui s’apparente à une médecine de guerre appliquée au contexte des feux de forêt, vise à prévenir les complications à long terme, notamment les atteintes neurologiques ou cardiaques liées aux intoxications répétées. Le lieutenant-colonel Olivier Cassone, dont le témoignage est rapporté par Le Figaro, insiste sur la nécessité de cette vigilance constante. Les pompiers, habitués à endurer des conditions difficiles, « se plaignent rarement » de leur état de santé, ce qui pourrait retarder la prise en charge de symptômes pourtant révélateurs. Cette observation, rapportée par la journaliste Marie-Hélène Hérouart, met en lumière un paradoxe propre au métier de soldat du feu : la culture du dépassement de soi, indispensable sur le terrain, devient un facteur de risque lorsqu’elle conduit à ignorer les signaux d’alerte du corps. ## Un enjeu de santé publique à long terme Au-delà de la gestion immédiate de l’incendie, cette mobilisation médicale soulève la question plus large de la santé des pompiers exposés de manière récurrente aux fumées d’incendies. Les retours d’expérience d’autres méga-feux, notamment ceux qui ont touché la Gironde en 2022, indiqueraient que les effets des intoxications peuvent se manifester plusieurs mois, voire plusieurs années après l’exposition. Les médecins du SDIS semblent ainsi intégrer cette dimension prospective dans leur action, en documentant les cas et en assurant un suivi des personnels les plus exposés. Le combat mené par les médecins pompiers de Gironde pourrait également nourrir une réflexion plus large sur les protocoles de protection respiratoire et les seuils d’exposition acceptables pour les soldats du feu. Alors que les épisodes de feux extrêmes deviennent plus fréquents dans un contexte de réchauffement climatique, la préservation de la santé des personnels engagés constitue un enjeu stratégique pour les SDIS de l’ensemble du territoire. La situation à Saumos, par son ampleur, pourrait servir de cas d’école pour affiner ces dispositifs de prévention et de suivi médical.