Il n'a pas une goutte de pétrole mais son essence est à 1,08 euro le litre: le Japon a une astuce pour maintenir son carburant abordable (il paie des milliards)

## Le Japon, sans pétrole, maintient son essence à 1,08 euro le litre grâce à un fonds public massif Le Japon ne dispose d'aucune ressource pétrolière sur son s
## Le Japon, sans pétrole, maintient son essence à 1,08 euro le litre grâce à un fonds public massif
Le Japon ne dispose d'aucune ressource pétrolière sur son sol, et pourtant l'essence y est vendue en moyenne autour de 1,08 euro le litre, soit le tarif le plus bas du G7 derrière les États-Unis et le Canada. Selon un article des Échos relayé par BFM Business, Tokyo parvient à ce résultat grâce à un dispositif budgétaire massif de subventions aux carburants, qui devrait approcher les 10 milliards d'euros d'ici à la fin de l'année.
## Une exception japonaise dans le paysage du G7
À l'échelle mondiale, deux logiques dominent pour amortir la facture des ménages à la pompe. La première consiste à exploiter une production nationale : c'est le cas des États-Unis, du Canada ou des pays du Golfe, où le litre oscille entre 0,60 et 1,10 euro grâce à un brut abondant. La seconde repose sur une intervention publique directe sur les prix. Le Japon a choisi cette voie, alors même qu'il importe la quasi-totalité de son pétrole. Résultat : l'archipel affiche une essence moins chère que la plupart des grandes économies européennes, où la fiscalité pèse lourdement sur le prix final. Ce positionnement singulier démontre, selon les Échos, qu'un État peut faire baisser la facture à la pompe sans posséder la moindre goutte de brut.
## Un fonds de « mitigation » alimenté par des rallonges budgétaires
Le mécanisme japonais repose sur un fonds spécial dit « de mitigation », régulièrement abondé par des rallonges budgétaires votées par le gouvernement. D'après les chiffres cités par BFM Business, plus de 1.070 milliards de yens — soit près de 6 milliards d'euros — ont déjà été engagés depuis le printemps. La facture globale devrait avoisiner les 10 milliards d'euros d'ici à la fin de l'année 2024. Cette somme colossale est assumée sans véritable controverse politique, dans un pays où la dette publique dépasse pourtant 200 % du PIB. Le contraste est frappant avec la France, où le moindre dérapage budgétaire déclenche des débats houleux et où les hausses de fiscalité sur les carburants ont provoqué des crises sociales majeures, comme celle des « gilets jaunes » en 2018.
## Pourquoi cette dépense passe sans débat au Japon
Plusieurs facteurs expliquent cette acceptation. D'abord, la structure de la dette japonaise : elle est majoritairement détenue par des résidents et des institutions nationales, ce qui la rend moins vulnérable aux humeurs des marchés. Ensuite, la culture politique nippone privilégie traditionnellement la stabilité et la continuité sur la confrontation budgétaire. Enfin, le coût de la vie et la dépendance à l'automobile dans les zones rurales rendent toute hausse du carburant particulièrement impopulaire. Le gouvernement préfère donc absorber la charge plutôt que d'affronter un mécontentement électoral. Cette stratégie a toutefois un revers : elle pèse sur les finances publiques et crée une dépendance à une subvention dont la sortie serait politiquement douloureuse.
## Un modèle difficilement transposable en Europe
Le cas japonais illustre une alternative à la fiscalité carbone européenne, mais il n'est pas directement exportable. Le Japon finance son dispositif par l'endettement, dans un contexte monétaire spécifique où la Banque du Japon maintient des taux très bas. Un pays comme la France, soumis aux règles budgétaires européennes et à une dette déjà élevée, disposerait de marges de manœuvre bien plus réduites. La question reste donc ouverte : faut-il subventionner massivement le carburant au risque d'alourdir la dette, ou accepter des prix élevés au nom de la transition écologique ? Le Japon a tranché en faveur de la première option, sans que cela ne suscite pour l'instant de crise politique. Une sérénité que peu de démocraties européennes peuvent aujourd'hui s'offrir.