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"Il est très important d'avoir un yen stable": le secrétaire au Trésor américain justifie l'intervention américaine sur la devise japonaise par sa crainte d'une "déstabilisation" de l'Asie

Economie · · Par Julie MOREAU

La décision est historique. Pour la première fois depuis 1998, les États-Unis et le Japon sont intervenus conjointement, vendredi, sur le marché des changes afi

La décision est historique. Pour la première fois depuis 1998, les États-Unis et le Japon sont intervenus conjointement, vendredi, sur le marché des changes afin d’acheter des yens et d’enrayer la chute de la devise nippone face au dollar. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a justifié cette action coordonnée par la crainte d’une « déstabilisation » de l’Asie, établissant un parallèle direct avec la crise financière qui avait frappé la région à la fin des années 1990. ### Une intervention motivée par le précédent de 1997-1998 Interrogé mardi sur la chaîne CNBC, Scott Bessent a explicitement évoqué le précédent historique pour expliquer la décision de Washington. « La crise financière asiatique (des années 1990) a été en partie déclenchée par un yen excessivement faible. Je pense donc qu’un yen stable n’est pas seulement important pour les États-Unis, mais aussi très important pour la région », a-t-il déclaré. Le secréateur au Trésor a également pointé la « volatilité excessive » du won sud-coréen, signe que l’administration américaine surveille de près l’ensemble des devises asiatiques. Cette référence à la fin des années 1990 n’est pas anodine. À l’époque, la dépréciation en cascade des monnaies régionales — du baht thaïlandais au won coréen — avait provoqué une contagion financière majeure, contraignant plusieurs pays à solliciter l’aide du Fonds monétaire international. En soulignant ce précédent, Scott Bessent cherche à démontrer que l’intervention américaine relève moins d’un soutien ponctuel au Japon que d’une stratégie de prévention des risques systémiques pour l’ensemble de la zone. ### Un enjeu direct pour la dette américaine Au-delà de la stabilité régionale, l’administration américaine poursuit un objectif plus concret : protéger le marché des bons du Trésor. Le Japon est en effet le premier détenteur étranger de dette américaine. Or, un yen faible incite mécaniquement les investisseurs nippons à rapatrier leurs capitaux pour acheter des devises nationales, ce qui pourrait les contraindre à vendre massivement leurs obligations américaines. Un tel scénario accentuerait la pression sur les rendements obligataires américains, déjà sous tension. En soutenant le yen, Washington limite donc ce risque de vente forcée et préserve l’attractivité de sa propre dette souveraine. Scott Bessent a d’ailleurs insisté sur les « contributions » du Japon « au marché mondial de l’épargne », rappelant que la santé de la devise nippone conditionne en partie l’équilibre des flux financiers internationaux. ### Un levier commercial pour réduire le déficit américain L’intervention américaine comporte également une dimension commerciale explicite. En renforçant le yen, les États-Unis soutiennent les exportateurs japonais, ce qui contribue à limiter le déficit commercial américain. Une devise nippone plus forte rend en effet les produits japonais plus chers à l’importation, réduisant mécaniquement l’écart entre les achats et les ventes bilatérales. Cette logique s’inscrit dans la volonté affichée de l’administration de rééquilibrer ses échanges avec ses partenaires asiatiques. Les investissements japonais sur le sol américain, particulièrement dans les secteurs industriels et technologiques, sont également cités comme un motif de soutien à la stabilité du yen. Le secrétaire au Trésor voit dans cette coordination monétaire un outil au service d’une relation économique bilatérale équilibrée. ### Une première depuis 1998 aux conséquences durables La portée symbolique de cette action conjointe ne doit pas être sous-estimée. Depuis 1998, les autorités monétaires américaines s’étaient abstenues de toute intervention coordonnée sur le marché des changes, privilégiant une approche fondée sur les taux d’intérêt et la communication. Le retour à une action directe marque un précédent important, susceptible d’influencer les anticipations des investisseurs dans les semaines à venir. La question reste ouverte de savoir si cette intervention ponctuelle suffira à stabiliser durablement le yen, alors que l’écart de politique monétaire entre la Banque du Japon et la Réserve fédérale demeure considérable. Les marchés surveilleront désormais les prochaines déclarations des responsables américains et japonais pour évaluer si cette coordination pourrait être réitérée en cas de nouvelles pressions baissières sur la devise nippone.