"Il faut qu’on impose à nos partenaires de produire en Europe, s’ils veulent accéder au marché européen", défend Édouard Philippe

L’ancien Premier ministre Édouard Philippe a plaidé ce jeudi sur BFM Business pour une refonte en profondeur de la politique commerciale européenne, en proposan
L’ancien Premier ministre Édouard Philippe a plaidé ce jeudi sur BFM Business pour une refonte en profondeur de la politique commerciale européenne, en proposant de conditionner l’accès au marché unique à une obligation de production sur le sol européen. Selon lui, cette mesure permettrait de renforcer la souveraineté industrielle du continent face à la concurrence mondiale et de répondre aux enjeux de sécurité économique.
## Une proposition protectionniste assumée
« Il faut qu’on impose à nos partenaires de produire en Europe, s’ils veulent accéder au marché européen », a déclaré Édouard Philippe, reprenant une idée qui gagne du terrain dans les cercles économiques et politiques. Cette déclaration intervient dans un contexte où l’Union européenne cherche à réduire sa dépendance vis-à-vis de chaînes d’approvisionnement jugées trop exposées, notamment dans les secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs, les batteries ou les technologies vertes. L’ancien locataire de Matignon estime que l’Europe dispose d’un pouvoir de négociation considérable grâce à son marché de 450 millions de consommateurs, qu’elle devrait utiliser comme levier pour imposer des normes de production locales. Cette approche, si elle était mise en œuvre, marquerait un tournant par rapport aux principes de libre-échange qui ont longtemps prévalu au sein de l’Union.
## Les implications économiques d’une telle mesure
Une obligation de production en Europe pour accéder au marché unique aurait des conséquences majeures sur les échanges commerciaux. Les entreprises étrangères, notamment chinoises et américaines, devraient investir dans des usines et des infrastructures sur le territoire européen, ce qui pourrait stimuler l’emploi et la croissance industrielle locale. Toutefois, cette mesure risquerait de renchérir les coûts de production pour certains biens, potentiellement répercutés sur les consommateurs. Les secteurs les plus concernés seraient l’automobile, l’électronique et les équipements médicaux, où la production asiatique domine actuellement. Édouard Philippe a également souligné que cette stratégie s’inscrit dans une logique de réciprocité : « Si nos partenaires veulent vendre chez nous, qu’ils produisent chez nous », a-t-il résumé, appelant à une politique commerciale plus offensive de la part de Bruxelles.
## Un débat qui divise la classe politique
Cette proposition intervient alors que la montée des populismes en Europe et les tensions géopolitiques, notamment avec les États-Unis et la Chine, poussent les dirigeants à repenser leurs alliances économiques. Dans l’interview diffusée par BFM Business, Édouard Philippe a également abordé la question de la dette française, en lien avec les priorités de dépenses publiques. Il a notamment été interrogé sur l’arbitrage entre le financement du réarmement et les dépenses sociales, un sujet brûlant alors que la France doit faire face à des défis budgétaires croissants. L’ancien Premier ministre a estimé que l’Europe devait se doter d’une véritable stratégie industrielle commune, plutôt que de laisser chaque État membre agir en ordre dispersé. Ses déclarations pourraient alimenter les débats en vue des prochaines échéances électorales, où la question de la souveraineté économique sera centrale.
## Vers une nouvelle doctrine commerciale européenne ?
La position d’Édouard Philippe s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question du libre-échange, portée par plusieurs figures politiques européennes. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a récemment estimé que l’Europe était « indispensable » aux géants de la tech américains, soulignant l’asymétrie des relations commerciales transatlantiques. Parallèlement, des voix s’élèvent pour demander une meilleure protection des industries européennes face à la concurrence déloyale. Si la proposition d’Édouard Philippe venait à être adoptée par les institutions européennes, elle nécessiterait une révision profonde des traités commerciaux et pourrait provoquer des tensions avec les partenaires de l’Organisation mondiale du commerce. L’enjeu est de taille : concilier la défense des intérêts économiques européens avec le maintien de relations commerciales ouvertes et équilibrées.