«Il faut intervenir rapidement sinon c’est perdu» : après les incendies, que faire du bois brûlé ?

Les pluies récentes ont apporté un répit bienvenu aux pompiers, mais elles ne marquent pas la fin des défis posés par les incendies qui ont ravagé la Gironde. A
Les pluies récentes ont apporté un répit bienvenu aux pompiers, mais elles ne marquent pas la fin des défis posés par les incendies qui ont ravagé la Gironde. Alors que plus de 40 000 hectares de forêt sont partis en fumée, une nouvelle urgence émerge : la gestion de millions de tonnes de bois brûlé. La filière bois française, confrontée à un risque de saturation, doit désormais décider du sort de ces arbres noircis, entre valorisation économique et contraintes industrielles.
## ### Une ressource en péril à la valeur incertaine
Selon les informations rapportées par Le Figaro, la question de l'exploitation du bois brûlé se posera avec acuité dès la fin de l'été pour les gestionnaires forestiers. Loin d'être systématiquement condamné, ce bois pourrait conserver une partie de sa valeur marchande. « L'écorce protège le bois. Donc même après un incendie, le bois d'œuvre reste du bois d'œuvre, avec une dégradation de ses caractéristiques mécaniques », explique Aymeric Albert, directeur commercial Bois et Services à l'Office national des forêts (ONF), cité par nos confrères.
Cette analyse est nuancée par l'intensité variable des feux. La vitesse de propagation et la chaleur dégagée influencent directement la qualité du matériau restant. Toutefois, l'expérience acquise lors des incendies de 2022 semble encourageante. « Cela dépend de la vitesse du feu et de son intensité, mais notre expérience de 2022 nous a montré qu'une grande partie du bois reste valorisable », souligne Jean de Falandre, délégué général de la filière, dans les colonnes du quotidien.
## ### Une course contre la montre pour les industriels
Le principal enjeu réside désormais dans la rapidité d'intervention. Le bois brûlé, s'il n'est pas traité rapidement, pourrait se dégrader et devenir impropre à toute valorisation. « Il faut intervenir rapidement sinon c'est perdu », prévient un professionnel du secteur cité par Le Figaro. Cette urgence s'explique par la fragilisation des arbres, dont la structure interne devient vulnérable aux attaques d'insectes et de champignons une fois l'écorce protectrice consumée.
Cependant, la capacité d'absorption de la filière industrielle pourrait constituer un goulot d'étranglement. Les scieries et les usines de transformation, déjà sollicitées par les volumes exceptionnels issus des précédents sinistres, risquent de saturer face à l'afflux massif de bois à traiter. Cette situation pourrait contraindre les gestionnaires à prioriser certaines parcelles au détriment d'autres, selon des critères économiques et logistiques encore à définir.
## ### Des implications économiques et environnementales majeures
Au-delà de l'aspect purement industriel, la gestion de ces millions de tonnes de bois brûlé revêt une dimension environnementale significative. L'abandon sur place des arbres morts pourrait favoriser la propagation d'épidémies de scolytes, ces insectes qui prolifèrent dans les bois affaiblis, menaçant les peuplements sains adjacents. À l'inverse, une exploitation massive et rapide pourrait perturber les écosystèmes locaux et les sols fragilisés par le passage du feu.
La filière devra également composer avec les contraintes budgétaires et les délais administratifs inhérents à ce type d'opération. Les enseignements tirés des incendies de 2022, qui avaient déjà touché la même région, devraient toutefois permettre d'affiner les protocoles d'intervention. Les acteurs institutionnels, dont l'ONF, disposent en effet d'un retour d'expérience précieux pour anticiper les besoins logistiques et organiser la chaîne de traitement.
La question du bois brûlé s'annonce ainsi comme un dossier structurant pour les prochains mois, dont les arbitrages détermineront à la fois la santé économique de la filière et la résilience des massifs forestiers sinistrés. Les décisions prises à l'automne prochain pourraient également influencer les stratégies de prévention et de gestion des crises futures dans un contexte où les incendies de grande ampleur semblent appelés à se multiplier.