«Il a fait le malin, alors ils ne vont pas le lâcher» : à Alès, une étonnante banalisation de la violence après les menaces de mort répétées contre le maire

# À Alès, la banalisation inquiétante des menaces de mort contre le maire Dans la nuit du lundi 21 au mardi 22 juillet 2025, le maire d'Alès Christophe Rivenq (
# À Alès, la banalisation inquiétante des menaces de mort contre le maire
Dans la nuit du lundi 21 au mardi 22 juillet 2025, le maire d'Alès Christophe Rivenq (LR) a été exfiltré de son domicile par les policiers du Raid, après avoir reçu des menaces de mort répétées. Quelques jours plus tôt, son épouse avait découvert des balles de calibre 9mm dans la boîte aux lettres de leur habitation. Un reportage du Figaro, signé Guillaume Mollaret, révèle une étonnante banalisation de ces violences parmi certains habitants, notamment des jeunes du quartier du Prés-Saint-Jean, régulièrement associé au trafic de stupéfiants.
## Un sentiment d'impunité face aux trafiquants
Selon les informations rapportées par Le Figaro, trois adolescents rencontrés devant la Maison de la jeunesse du centre d'Alès ont tous entendu parler des menaces visant l'édile, élu pour la première fois en mars 2025 après un an d'intérim à l'hôtel de ville. L'un d'eux, Lorenzo, un jeune majeur, a déclaré : « Il a fait le malin alors ils ne vont pas le lâcher. En plus, il a répondu. Faut pas faire ça ». Ce propos illustrerait une forme d'acceptation de la loi du silence et une normalisation des représailles violentes, où tenir tête à des trafiquants serait perçu comme une provocation dangereuse. « Lui, frère, il les provoque. La DZ, ils n'aiment pas l'insolence. Il reçoit des menaces et juste après il sort aux halles de l'Abbaye comme… », a ajouté un autre adolescent, sans achever sa phrase.
Cette attitude, rapportée par le journaliste en mission spéciale à Alès, contraste avec la gravité des faits. Les menaces de mort et les balles retrouvées dans la boîte aux lettres constituent des actes criminels relevant du droit pénal. Pourtant, dans certains quartiers, le regard porté sur ces événements semblerait marqué par une forme de résignation, voire de complicité implicite avec les auteurs présumés, souvent liés au trafic de stupéfiants.
## Une exfiltration sous haute tension
L'intervention du Raid, unité d'élite de la police nationale, témoigne du niveau de menace jugé suffisamment élevé pour justifier une mesure exceptionnelle. Christophe Rivenq, qui avait succédé à la tête de la municipalité après un intérim d'un an, n'en est pas à sa première alerte. Selon des sources proches du dossier, plusieurs menaces de mort auraient été proférées à son encontre ces dernières semaines, sans que leurs auteurs n'aient été identifiés à ce stade. L'édile, qui s'était montré ferme dans sa lutte contre le trafic de stupéfiants, aurait, d'après les témoignages recueillis par Le Figaro, répondu verbalement à ses détracteurs, ce qui lui est reproché par certains jeunes.
L'exfiltration nocturne de sa famille et de lui-même par le Raid rappelle des précédents similaires dans d'autres communes françaises confrontées à la violence des réseaux criminels. À Alès, ville du Gard comptant environ 42 000 habitants, le quartier du Prés-Saint-Jean est régulièrement pointé du doigt pour son implication dans le trafic de stupéfiants. La situation semble s'être aggravée depuis l'élection de Christophe Rivenq, qui aurait adopté une ligne dure en matière de sécurité.
## Une banalisation qui interroge
Le reportage du Figaro met en lumière un phénomène préoccupant : la banalisation des menaces de mort et des violences à l'encontre des élus locaux. Alors que les trois adolescents croisés devant la Maison de la jeunesse divergent sur l'importance à accorder à ces menaces, aucun d'eux n'a exprimé d'indignation ou de soutien explicite à l'édile. « Entre les trois camarades, l'avis diverge sur l'importance à accorder aux menaces de morts subies par l'élu », précise l'article. Cette absence de réprobation morale pourrait refléter une forme de normalisation de la violence dans certains milieux, où le trafic de stupéfiants impose ses propres règles et où les élus sont perçus comme des cibles légitimes.
Cette situation n'est pas isolée. Plusieurs maires français, notamment dans les zones urbaines sensibles, ont été victimes de menaces, d'intimidations ou d'agressions physiques ces dernières années. Le cas d'Alès s'inscrit dans une tendance plus large de fragilisation des élus locaux, qui peinent parfois à obtenir des réponses judiciaires rapides face à des réseaux criminels bien implantés. Les balles de 9mm retrouvées dans la boîte aux lettres du maire constituent un message sans équivoque, dont la banalisation par certains jeunes interroge sur l'état de la société et sur l'efficacité des politiques de prévention.
## Des suites judiciaires incertaines
À ce stade, aucune information n'a été communiquée sur l'identité des auteurs présumés des menaces. Les enquêteurs du Raid et les services de police locaux poursuivent leurs investigations, tandis que Christophe Rivenq bénéficie d'une protection renforcée. La question de la réponse pénale se pose avec acuité : dans un contexte où les trafiquants de stupéfiants disposent de moyens importants et d'une capacité d'intimidation réelle, les poursuites judiciaires pourraient s'avérer complexes.
L'affaire d'Alès illustre également les difficultés rencontrées par les maires qui s'attaquent au trafic de drogue. Christophe Rivenq, en adoptant une posture ferme, aurait selon certains témoignages « provoqué » les trafiquants, mais cette lecture des événements ne saurait justifier des menaces de mort. La banalisation observée chez certains jeunes, qui considèrent que l'élu « a fait le malin », révèle une forme de culture de l'omerta et de respect des règles imposées par les réseaux criminels. Cette situation pourrait appeler une réponse politique et sécuritaire plus large, au-delà du seul cas d'Alès.