"Il a été conçu en temps de paix, sur la base d'hypothèses qui ne sont plus valables aujourd'hui": le patron d'Airbus appelle à corriger le Scaf pour tenir compte des enseignements de la guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : le patron d’Airbus appelle à une refonte en profondeur du SCAF Le programme du futur avion de combat européen, le SCAF (Système de combat aé
Guerre en Ukraine : le patron d’Airbus appelle à une refonte en profondeur du SCAF
Le programme du futur avion de combat européen, le SCAF (Système de combat aérien du futur), serait-il déjà obsolète avant même d’avoir volé ? C’est, en substance, le constat posé par Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, lors de l’« Airbus Defence Summit » organisé ce mercredi 20 mai à Manching, en Allemagne. Selon des propos rapportés par BFM Business, le dirigeant a estimé que le programme, lancé avant le conflit ukrainien, reposait sur « un certain nombre d’hypothèses qui ne sont plus valables aujourd’hui ».
« Ce programme a été conçu en temps de paix », a-t-il déclaré. « Il vaut mieux affronter dès maintenant les difficultés et les réalités auxquelles le SCAF devra faire face au cours de la prochaine décennie, plutôt que de devoir corriger le tir plus tard, une fois le programme déjà très avancé. »
Un programme pensé pour un autre monde
Le SCAF, qui doit remplacer à l’horizon 2040 les Rafale français et les Eurofighter allemands et espagnols, est un système complexe articulé autour d’un avion de combat de nouvelle génération, de drones « loyal wingman » et d’un cloud de combat numérique. Or, la guerre en Ukraine a profondément bouleversé les paradigmes de la guerre aérienne. L’utilisation massive de drones, le brouillage des communications, la saturation des défenses antiaériennes et la nécessité d’une interopérabilité totale entre les plateformes ont mis en lumière des lacunes dans la conception initiale du programme.
« Les enseignements du champ de bataille ukrainien, mais aussi du conflit au Moyen-Orient, imposent de reconsidérer la place centrale de l’avion de combat tel qu’il était envisagé dans les années 2010 », a souligné Guillaume Faury. De nombreux experts s’interrogent désormais sur la capacité du futur chasseur à opérer dans un environnement où la supériorité aérienne ne peut plus être garantie sans une flotte de drones et une guerre électronique très avancée.
Des tensions industrielles persistantes
Ce constat stratégique intervient alors que le programme est déjà enlisé dans des désaccords industriels et de gouvernance entre les deux partenaires principaux : Dassault Aviation, maître d’œuvre côté français, et Airbus, qui représente les intérêts allemands et espagnols. Les divergences portent notamment sur la répartition des tâches, la propriété intellectuelle et le leadership technologique. « Nous rencontrons une difficulté sur l’un des piliers du programme. Ce n’est pas le plus simple », a reconnu Guillaume Faury, en référence à l’avion de combat lui-même. « Travailler ensemble avec des méthodes de fonctionnement similaires reste un autre défi. »
Une médiation est en cours pour tenter de débloquer la situation, mais les appels à une refonte conceptuelle pourraient compliquer encore les discussions. Si les industriels s’entendent sur le constat d’un monde qui a changé, les solutions techniques et industrielles pour y répondre risquent de raviver les rivalités.
Un calendrier sous pression
Le SCAF est l’un des programmes d’armement les plus ambitieux et les plus coûteux d’Europe, avec un budget de développement estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros. Sa phase de démonstration, qui devait aboutir à un premier vol d’un prototype vers 2027, est déjà considérée comme un jalon critique. L’appel de Guillaume Faury à « corriger le tir » pourrait se traduire par des retards supplémentaires, mais aussi par une réorientation majeure des spécifications techniques.
Pour l’instant, ni Dassault Aviation ni les autorités françaises et allemandes n’ont officiellement réagi à ces déclarations. Mais le signal est clair : pour le patron d’Airbus, le SCAF ne peut plus être le programme conçu en 2017. Il doit devenir un système de combat adapté à une guerre de haute intensité, où le drone n’est plus un simple accessoire, mais un élément central de la doctrine. Une remise en cause qui, si elle est confirmée, pourrait redessiner le visage de l’aviation de combat européenne pour les décennies à venir.