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Il envoie des SMS à sa femme enceinte et se fait virer: au travail, le smartphone perso devient envahissant et rend fou les dirigeants, certains veulent l'interdire, d'autres y voit un avantage

Economie · · Par Julie MOREAU

Il envoie des SMS à sa femme enceinte et se fait virer: au travail, le smartphone perso devient envahissant et rend fou les dirigeants, certains veulent l'interdire, d'autres y voit un avantage

# Smartphone au travail : la tentation numérique qui divise les dirigeants Un employé licencié pour avoir envoyé des SMS à sa femme enceinte pendant son service

# Smartphone au travail : la tentation numérique qui divise les dirigeants Un employé licencié pour avoir envoyé des SMS à sa femme enceinte pendant son service, des cadres qui observent une baisse de productivité, des patrons qui hésitent entre interdiction pure et simple et assouplissement des règles : le smartphone personnel s'impose comme un sujet brûlant dans les entreprises françaises. Entre addiction numérique et brouillage des frontières entre vie professionnelle et vie privée, les dirigeants peinent à trouver la bonne équation. ## Un fléau qui inquiète 9 dirigeants sur 10 "Franchement le téléphone, c'est un fléau, un enfer", confie Nicolas*, directeur d'Ehpad dans le sud de la France, interrogé par BFM Business. "Dans les couloirs, je vois très souvent les employés avec leur téléphone, ils checkent leurs messages, ils répondent rapidement...", témoigne-t-il. Ce constat n'est pas isolé. Selon un sondage mené en juin 2025 par l'Observatoire Santé Pro BTP et l'Ifop, plus de 9 dirigeants sur 10 se disent préoccupés par l'usage personnel du smartphone en entreprise. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 70% des dirigeants observent des conséquences négatives sur la performance des salariés, 63% sur la qualité de leur travail et 61% sur leurs capacités cognitives. Cette emprise du smartphone ne doit pas être sous-estimée. Selon une autre étude citée dans l'enquête, 57% des adultes présenteraient un usage compulsif de leur smartphone, dont 38% un usage proche de l'addiction. Le phénomène grignote tous les espaces : le temps de sommeil, les loisirs, et désormais le temps de travail. Nombreux sont ceux qui checkent leurs notifications ou scrollent machinalement aux toilettes ou sur leur lieu de travail, transformant chaque moment d'inactivité en opportunité de connexion. ## Entre tentation d'interdiction et pragmatisme Face à cette situation, certains dirigeants envisagent des mesures radicales. Nicolas, le directeur d'Ehpad, a un temps pensé à interdire les téléphones portables personnels dans son établissement. Il a aussi réfléchi à donner une prime à ceux qui le laisseraient au casier. Mais ces deux solutions se sont avérées trop compliquées à mettre en œuvre. "D'autant, avoue-t-il, qu'il est très difficile de recruter dans le médico-social." Cette difficulté à recruter dans certains secteurs complique la donne. Les employeurs doivent composer entre la nécessité de maintenir la productivité et celle de rester attractifs sur un marché du travail tendu. Interdire le smartphone pourrait être perçu comme une mesure liberticide par des salariés déjà peu enclins à accepter des contraintes supplémentaires. Pourtant, les cas de licenciement pour usage abusif du smartphone personnel se multiplient, comme celui de cet employé qui envoyait des SMS à sa femme enceinte pendant son service et s'est fait virer. ## Le brouillage des frontières : menace ou opportunité ? Paradoxalement, certains patrons voient aussi leur intérêt dans ce brouillage des frontières entre vie professionnelle et vie privée. Si le smartphone personnel grignote le temps de travail, il permet aussi aux employés d'être joignables en dehors des heures de bureau, de répondre à des mails urgents le soir ou le week-end, et de maintenir une forme de réactivité permanente. Cette porosité croissante entre les sphères professionnelle et personnelle interroge : jusqu'où les entreprises peuvent-elles tolérer l'usage du smartphone personnel sans compromettre leur productivité ? Les dirigeants se trouvent face à un dilemme : faut-il durcir les règles, quitte à froisser les salariés, ou au contraire intégrer cette nouvelle réalité dans l'organisation du travail ? Certains optent pour des chartes d'utilisation, d'autres pour des formations à la déconnexion. Mais la solution miracle n'existe pas, tant le smartphone est devenu un objet omniprésent, posé sur le bureau ou dans une poche, qui accompagne chaque instant de la journée. ## Une addiction aux conséquences multiples L'impact du smartphone ne se limite pas à la productivité. Les dirigeants interrogés pointent également des conséquences sur la qualité du travail et les capacités cognitives des salariés. La multiplication des interruptions liées aux notifications, la tentation de consulter les réseaux sociaux ou les messages personnels fragmentent l'attention et nuisent à la concentration nécessaire pour les tâches complexes. Dans les Ehpad, les hôpitaux ou les services à la personne, l'enjeu est d'autant plus critique que la sécurité des patients ou des résidents peut être en jeu. Un soignant qui consulte son téléphone au mauvais moment, c'est un risque d'erreur médicamenteuse ou de chute non détectée. Les employeurs doivent donc trouver un équilibre délicat entre la confiance accordée aux salariés et la nécessité de garantir la qualité des prestations. À l'heure où le smartphone est devenu une extension de nous-mêmes, la question de sa régulation en entreprise reste ouverte. Les dirigeants qui souhaitent l'interdire se heurtent à des contraintes pratiques et sociales, tandis que ceux qui l'acceptent doivent composer avec une baisse de productivité potentielle. Une chose est sûre : le sujet est loin d'être tranché.