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Ibeyi, musiciennes : « La musique, ça a toujours été un moyen de se soigner et de se faire plaisir »

Culture · · Par Emma ROUSSEAU

Ibeyi, musiciennes : « La musique, ça a toujours été un moyen de se soigner et de se faire plaisir »

Ibeyi, la musique comme thérapie et célébration Le duo franco-cubain Ibeyi, formé par les sœurs jumelles Lisa-Kaindé et Naomi Diaz, continue de séduire un publi

Ibeyi, la musique comme thérapie et célébration

Le duo franco-cubain Ibeyi, formé par les sœurs jumelles Lisa-Kaindé et Naomi Diaz, continue de séduire un public toujours plus large avec une œuvre où se mêlent héritage afro-cubain, spiritualité et modernité sonore. Dans le cadre de la rediffusion estivale du podcast « Le Goût de M », présenté par Géraldine Sarratia et disponible en accès libre dès le vendredi sur toutes les plateformes, les deux artistes se sont confiées sur leur rapport intime à la création musicale. Une déclaration résonne avec une acuité particulière : « La musique, ça a toujours été un moyen de se soigner et de se faire plaisir. »

Une pratique héritée d’un héritage familial douloureux

Pour les sœurs Diaz, la musique n’a jamais été un simple divertissement ou une carrière envisagée par pur opportunisme. Elle s’inscrit dans une lignée familiale marquée par le deuil et la résilience. Leur père, le percussionniste vénézuélien Miguel "Angá" Díaz, figure majeure du groupe Irakere et du Buena Vista Social Club, est décédé brutalement en 2006, alors que les jumelles n’avaient que onze ans. Cet événement fondateur a profondément influencé leur approche artistique. Dans l’entretien rediffusé, elles évoquent comment la pratique du chant et des percussions, notamment la cajón et la batterie pour Naomi, leur a permis de transformer la douleur en une force créatrice. La musique est devenue, selon leurs termes, un espace de dialogue avec l’absent, un rituel de guérison qui dépasse la simple performance scénique.

Une spiritualité au cœur du processus créatif

Le nom du duo, « Ibeyi », qui signifie « jumeaux » en langue yoruba, n’est pas anodin. Il renvoie aux divinités jumelles de la santería, religion syncrétique afro-cubaine. Cette dimension spirituelle imprègne chaque composition, chaque arrangement. Dans le podcast, les artistes expliquent que leur processus d’écriture s’apparente souvent à une forme de méditation ou d’invocation. Elles décrivent des séances où les textes, écrits en anglais, en français ou en espagnol, émergent de manière quasi intuitive, comme si elles canalisaient des énergies qui les dépassent. Ce rapport au sacré, loin de les éloigner du public, crée au contraire une connexion émotionnelle puissante lors de leurs concerts, où le public est invité à participer à un moment de communion collective. Cette approche, à la fois intime et universelle, explique en partie la fidélité de leur audience, qui perçoit dans leur musique une authenticité rare dans le paysage pop contemporain.

La rediffusion estivale : une porte d’entrée vers leur univers

La décision du podcast « Le Goût de M » de rediffuser cet épisode durant l’été n’est pas anodine. Elle offre aux auditeurs une seconde chance de découvrir ou redécouvrir la profondeur du discours des deux sœurs, souvent masquée par la sophistication de leurs productions. Géraldine Sarratia, connue pour ses entretiens intimistes et sa capacité à révéler la vulnérabilité de ses invités, crée ici un cadre propice à la confidence. On y apprend par exemple comment les jumelles naviguent entre leurs racines caribéennes et leur vie parisienne, entre tradition et expérimentation électronique. Ce témoignage, diffusé en accès libre, s’inscrit dans une démarche de démocratisation culturelle, permettant à un large auditoire de saisir les nuances d’un parcours artistique singulier.

Un message d’espoir et de résilience

Au-delà de l’anecdote biographique, ce que retiennent les auditeurs, c’est une philosophie de vie. Affirmer que la musique « soigne » et « fait plaisir » est un positionnement presque subversif dans une industrie souvent régie par la performance et les chiffres de streaming. Ibeyi rappelle avec élégance que l’art, avant d’être un produit, est un besoin vital. Leur parcours, jalonné de collaborations prestigieuses (notamment avec le producteur Richard Russell ou le rappeur Chance the Rapper), n’a jamais dévié de cette ligne directrice. La rediffusion de cet entretien, alors que l’été invite à la contemplation, agit comme une piqûre de rappel bienveillante : la créativité est un refuge, une fête, et parfois, une thérapie. Une perspective que le duo incarne avec une grâce infinie, et que chacun peut s’approprier, même sans monter sur scène.