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Hors-Série Les Dossiers BFM Business : La nouvelle vague des voitures électriques de luxe - Lundi 12 octobre

Economie · · Par Julie MOREAU

Hors-Série Les Dossiers BFM Business : La nouvelle vague des voitures électriques de luxe - Lundi 12 octobre

La montée en gamme des véhicules électriques chinois redessine les contours du marché du luxe automobile. Selon les intervenants de l'émission « Hors-Série Les

La montée en gamme des véhicules électriques chinois redessine les contours du marché du luxe automobile. Selon les intervenants de l'émission « Hors-Série Les Dossiers BFM Business » diffusée le lundi 12 octobre, cette nouvelle vague ne se contente plus de concurrencer les constructeurs historiques sur le seul terrain du prix. Elle s'attaque désormais frontalement au segment premium, longtemps chasse gardée des marques allemandes et des constructeurs de niche. Dorothée Bonassies, directrice générale de BYD/Denza France, Maher Oudwan, responsable des projets DSP et acoustiques chez Devialet, et Alexandre Bonhomme, responsable du marketing produit chez BYD, ont exposé les ressorts de cette mutation. ## Une stratégie de marque distincte Le groupe BYD, premier constructeur mondial de véhicules électrifiés en volume, a choisi de ne pas porter son offensive haut de gamme sous son propre nom. Denza, sa marque premium, dispose de sa propre direction en France, dirigée par Dorothée Bonassies. Cette séparation n'est pas anodine : elle traduit la volonté de créer un univers de marque distinct, avec ses codes, ses points de vente et son positionnement tarifaire. Le marché européen, et particulièrement français, reste marqué par une forte hiérarchie symbolique entre les marques généralistes et les marques de luxe. Introduire un véhicule à plus de 60 000 euros sous un nom associé à des citadines accessibles aurait brouillé le message. La création d'une entité dédiée permet de contourner cet obstacle et de s'adresser à une clientèle qui n'achète pas seulement un véhicule, mais une identité. ## L'expérience à bord comme nouveau champ de bataille L'intervention de Maher Oudwan, en charge des projets DSP et acoustiques chez Devialet, illustre un glissement stratégique majeur. La performance brute — autonomie, puissance, temps de charge — devient un standard partagé par l'ensemble des acteurs. Dès lors, la différenciation se déplace vers l'expérience sensorielle à bord. Le partenariat entre un constructeur automobile et un spécialiste du son haut de gamme s'inscrit dans cette logique : transformer l'habitacle en espace de restitution acoustique de qualité studio. Cette approche rappelle la stratégie adoptée par plusieurs constructeurs européens, qui multiplient les collaborations avec des maisons de luxe dans l'horlogerie, la maroquinerie ou l'audio. Pour les marques chinoises, ces alliances servent aussi de caution culturelle sur un marché où la légitimité premium se construit lentement. ## Un marketing produit repensé Alexandre Bonhomme, responsable du marketing produit chez BYD, a pour sa part insisté sur la nécessité d'adapter le discours aux attentes spécifiques de la clientèle européenne. Là où le marché chinois valorise l'innovation technologique visible — écrans multiples, assistants vocaux avancés, connectivité poussée —, le consommateur européen du segment premium reste attaché à des critères plus traditionnels : qualité des matériaux, finition, comportement routier, mais aussi histoire de la marque. Le travail marketing consiste donc à traduire les atouts technologiques en bénéfices perçus comme premium, sans tomber dans la démonstration gadget. Cette gymnastique est d'autant plus délicate que les délais de constitution d'une image de luxe se comptent en décennies, pas en cycles de production. ## Les défis d'une conquête annoncée L'émission, présentée par Julien Bonnet, met en lumière un paradoxe : la vague des électriques de luxe issus de constructeurs chinois est annoncée comme inéluctable, mais sa concrétisation commerciale en Europe reste soumise à plusieurs incertitudes. Les droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois, en vigueur depuis 2024, renchérissent mécaniquement les prix et compliquent l'équation du rapport valeur-prix. À cela s'ajoutent la densité du réseau de distribution, la capacité à assurer un service après-vente à la hauteur des exigences du segment, et la fidélisation d'une clientèle habituée à des marques établies. Le rythme d'adoption dépendra de la capacité de ces nouveaux entrants à tenir la promesse d'une expérience sans compromis, du premier essai jusqu'à la revente. La nouvelle vague des voitures électriques de luxe ne se résume donc pas à une bataille de spécifications techniques. Elle engage une recomposition des hiérarchies symboliques du marché automobile, où la technologie chinoise rencontre l'exigence européenne de raffinement et de légitimité. Le rendez-vous est pris, mais l'issue commerciale reste, à ce stade, ouverte.