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"Honte des outils de travail": les contrôleurs aériens admettent certaines critiques du Sénat et de la Cour des comptes mais rejettent les solutions préconisées

Economie · · Par Julie MOREAU

# Contrôle aérien : les syndicats admettent des "constats inquiétants" mais rejettent les solutions du Sénat et de la Cour des comptes Deux rapports officiels v

# Contrôle aérien : les syndicats admettent des "constats inquiétants" mais rejettent les solutions du Sénat et de la Cour des comptes Deux rapports officiels viennent de porter un diagnostic sévère sur le contrôle aérien français, pointant du doigt des retards massifs et une obsolescence technique préoccupante. Le syndicat majoritaire des contrôleurs aériens (SNCTA) reconnaît une partie des critiques, notamment sur l'état des outils de travail, mais refuse les pistes de réforme proposées par les institutions. ## Un bilan chiffré accablant pour la France Selon un rapport de la commission des Finances du Sénat, la France serait "la moins performante dans le domaine du contrôle aérien en Europe". Les sénateurs ont chiffré à 6,6 millions de minutes de retards de vols en 2025 les conséquences de ces dysfonctionnements, entraînant une perte estimée à 800 millions d'euros pour les compagnies aériennes et des "désagréments forts pour les passagers". Le rapport critique également "l'obsolescence de l'architecture technique" utilisée par les contrôleurs. La Cour des comptes a également épinglé, dans un rapport distinct, les dérives de ce service relevant de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). Les magistrats estiment que "la capacité à écouler ce trafic sans retards ou annulations de vols s'est dégradée depuis la fin de la période du Covid au point de poser un problème européen et un risque de sanctions pour la France". ## Le SNCTA admet "l'honte des outils de travail" La réaction du SNCTA, syndicat majoritaire des contrôleurs du trafic aérien, était très attendue. Dans un communiqué, l'organisation dit "rejoindre certains constats inquiétants et récurrents", notamment concernant les problèmes d'effectifs, de recrutements et de départs à la retraite. Le syndicat reconnaît que "le retard accumulé depuis plus de quinze ans en matière de modernisation technologique des outils de contrôle aérien place la France au dernier rang de l'Europe". Le ton du communiqué est particulièrement dur sur l'état du matériel : "Si les contrôleurs aériens français demeurent fiers de leurs missions de sécurité, ils ont honte de leurs outils de travail." Le SNCTA décrit une réalité où "les contrôleurs aériens des tours et des approches n'ont pour seule aide que le papier (strip) et des logiciels datant, dans le meilleur des cas, des années 2000". Pour les centres en-route, la migration vers un nouveau système de contrôle serait également problématique. ## Un rejet des solutions préconisées malgré le constat partagé Malgré cette convergence sur le diagnostic, le SNCTA exprime des réserves sur les solutions avancées par les rapports. Le syndicat dénonce un "manque de sérieux et données erronées" dans certaines propositions, sans toutefois préciser quelles mesures seraient contestées. Cette position illustre la complexité des négociations autour de la modernisation du contrôle aérien français, où le constat d'échec partagé ne débouche pas sur un consensus opérationnel. ## Un enjeu européen et des sanctions potentielles Les retards accumulés par la France dans la modernisation de son contrôle aérien ne sont pas seulement un problème national. La Cour des comptes alerte sur le fait que cette situation "pose un problème européen", la France étant un hub majeur du trafic aérien continental. Des sanctions financières pourraient être envisagées par les instances européennes si la situation ne s'améliore pas. Alors que le trafic aérien continue de croître après la pandémie, l'urgence d'une modernisation des outils et des effectifs se fait chaque jour plus pressante, même si les voies pour y parvenir restent profondément divisées entre les parties prenantes.