« Hongkong sous stéroïdes » : Chongqing, la mégapole vitrine du soft power chinois à l’ère de TikTok

# Chongqing, la mégapole qui défie l'ordre urbain mondial Longtemps considérée comme une simple périphérie industrielle du sud-ouest chinois, Chongqing s'impose
# Chongqing, la mégapole qui défie l'ordre urbain mondial
Longtemps considérée comme une simple périphérie industrielle du sud-ouest chinois, Chongqing s'impose aujourd'hui comme un laboratoire du soft power de Pékin à l'ère des réseaux sociaux. Surnommée « Hongkong sous stéroïdes » par certains observateurs, cette cité de trente-deux millions d'habitants attire les influenceurs du monde entier, avec l'appui discret des autorités, dans un contexte de rivalité géopolitique croissante avec les États-Unis.
Selon un reportage du Figaro publié le 17 juillet 2026 et signé par Sébastien Falletti, envoyé spécial à Chongqing, la métropole du Sichuan constitue un terrain privilégié pour la mise en scène d'une modernité chinoise spectaculaire. Les gratte-ciel accrochés aux montagnes, les ponts suspendus et les artères lumineuses offrent un décor que les créateurs de contenu du monde entier s'arrachent. « À Pékin ou Shenzhen, les grandes tours ont quelque chose d'oppressant. Mais ici, elles sont accrochées aux montagnes, et cela devient romantique », confie Sheyue, jeune influenceuse fraîchement arrivée du nord-est de la Chine, dans les colonnes du quotidien français.
## Une vitrine du soft power chinois à l'ère numérique
### L'attraction des influenceurs internationaux
Le reportage du Figaro décrit une scène emblématique : une jeune femme, talons aiguilles beiges et minijupe assortie, filmée dans la nuit tiède de Chongqing par Jayoomoto, un pilote intrépide aux 110 000 followers. Ce miniclip d'une vingtaine de secondes, tourné face aux gratte-ciel scintillants se reflétant dans la rivière Jialing, illustre la manière dont la mégapole devient un plateau de tournage à ciel ouvert pour les créateurs de contenu. « Il est beau gosse. Et la façon dont il retire mes chaussures en me portant dans ses bras est tellement sensuelle ! », s'enflamme Sheyue, vendeuse dans un laboratoire pharmaceutique, citée par le journaliste.
Cette scène n'est pas anodine. Elle s'inscrit dans une stratégie plus large de communication publique, où les autorités locales favorisent discrètement la production de contenus viraux. Chongqing, longtemps périphérique, capitalise désormais sur son esthétique urbaine unique pour séduire une audience mondiale, en particulier sur des plateformes comme TikTok. Le contraste avec Pékin ou Shenzhen, perçues comme plus oppressantes, renforce l'attrait de cette métropole du sud-ouest.
### Un enjeu géopolitique sous-jacent
Ce phénomène intervient dans un contexte de bras de fer géopolitique avec l'Amérique de Donald Trump, comme le souligne Le Figaro. Chongqing incarnerait ainsi une alternative crédible aux grandes métropoles occidentales, une vitrine du modèle chinois de développement urbain et technologique. Les influenceurs, qu'ils soient chinois ou étrangers, deviennent des vecteurs involontaires de ce soft power, en diffusant des images de modernité, de prospérité et de romantisme urbain.
Par ailleurs, la ville du Sichuan bénéficie d'une attention renouvelée de la part des autorités centrales. Xi Jinping lui-même a multiplié les déplacements dans la région, soulignant l'importance stratégique de cette mégapole dans le rééquilibrage territorial du pays. Chongqing, autrefois symbole de l'industrie lourde, se mue en pôle d'attraction pour les talents et les capitaux, tout en restant un laboratoire de la communication d'influence chinoise.
## Des implications pour la perception internationale de la Chine
### Un récit urbain en pleine construction
Le reportage du Figaro met en lumière une transformation profonde : Chongqing n'est plus seulement une ville-usine, mais un espace de narration où se joue une partie de l'image de la Chine contemporaine. Les influenceurs, en filmant leurs virées nocturnes à moto ou leurs selfies devant les néons, participent à la construction d'un récit où la modernité chinoise se veut attractive, accessible et désirable.
Cependant, cette mise en scène n'est pas exempte de paradoxes. Derrière les images romantiques des gratte-ciel illuminés, se dessine une réalité plus complexe : celle d'une mégapole en pleine mutation, confrontée aux défis de la pollution, des inégalités territoriales et d'un développement parfois brutal. Le Figaro, en envoyant son correspondant sur place, contribue à documenter ces tensions.
### Une stratégie de communication qui interroge
L'appui discret des autorités à cette effervescence créative pose question. Si Chongqing devient une destination prisée des influenceurs, c'est aussi parce que les conditions de tournage y sont facilitées, et que le récit qui en émerge sert les intérêts de la communication publique chinoise. Dans un monde où les réseaux sociaux dictent largement les perceptions, chaque vidéo virale devient un instrument de soft power.
À l'ère de TikTok, où l'image prime sur le discours, Chongqing pourrait bien incarner la nouvelle frontière de l'influence chinoise à l'étranger. Une mégapole qui, loin des stéréotypes, cherche à séduire par le spectacle de sa modernité. Reste à savoir si cette stratégie suffira à contrebalancer les tensions géopolitiques qui traversent la région, et à convaincre une audience occidentale de plus en plus méfiante.