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Hervé Lehman : «Invoquer le manque de moyens permet surtout à la justice de ne rien changer à ses modes de fonctionnement»

Une · · Par Claire BERNARD

Hervé Lehman : «Invoquer le manque de moyens permet surtout à la justice de ne rien changer à ses modes de fonctionnement»

Hervé Lehman : «Invoquer le manque de moyens permet surtout à la justice de ne rien changer à ses modes de fonctionnement» Dans une tribune publiée le 12 juin 2

Hervé Lehman : «Invoquer le manque de moyens permet surtout à la justice de ne rien changer à ses modes de fonctionnement»

Dans une tribune publiée le 12 juin 2026 par Le Figaro, l’ancien juge d’instruction et avocat au barreau de Paris Hervé Lehman livre une analyse tranchante sur les dysfonctionnements de l’institution judiciaire française. Alors que l’affaire du meurtre de la petite Lyhanna suscite une vive émotion nationale, il dénonce ce qu’il considère comme un « discours misérabiliste » sur le manque de moyens, qui servirait surtout à éviter de remettre en cause les pratiques et responsabilités individuelles des magistrats.

Un constat accablant sur le traitement des plaintes pour viol sur mineur

Hervé Lehman s’appuie sur un cas concret pour étayer son propos. Selon lui, neuf mois après le dépôt d’une « plainte circonstanciée pour plusieurs viols sur une enfant », étayée par des certificats médicaux concluants et visant une personne déjà inscrite au fichier des antécédents judiciaires pour des agressions sexuelles sur mineurs, aucune mesure d’intervention n’a été prise. « C’est inimaginable », écrit-il, soulignant l’absence de réaction face à un probable prédateur sexuel. Cette situation, ajoute-t-il, « est aussi insupportable » que le crime lui-même, car elle aurait pu être évitée si les acteurs concernés avaient accompli leur devoir.

La responsabilité individuelle des magistrats au cœur du débat

Pour l’auteur de Justice, une lenteur coupable (PUF, 2002), le discours syndical sur le manque de moyens constitue une « façade » commode. Il estime que ce prétexte permet d’éluder la question centrale de la responsabilité individuelle des magistrats. « Il n’est pas besoin d’une circulaire pour savoir qu’un crime sur un enfant est prioritaire », affirme-t-il, suggérant que des choix d’organisation et de priorisation internes aux tribunaux expliqueraient en partie les retards et les manquements constatés. Cette critique vise directement les pratiques professionnelles, au-delà des seules contraintes budgétaires.

Une réaction syndicale jugée « insupportable »

Hervé Lehman ne mâche pas ses mots à l’égard des syndicats et organisations de magistrats, qui, selon lui, entonnent systématiquement « l’air habituel du “ce n’est pas notre faute, on manque de moyens” ». Il considère cette réaction comme « insupportable » dans un contexte où la mort d’un enfant aurait pu être évitée. Pour l’ancien juge, cette posture empêche toute réflexion profonde sur les modes de fonctionnement de la justice, qu’il juge trop souvent sclérosés et peu réactifs face aux urgences les plus graves.

Une tribune qui relance le débat sur la réforme de la justice

Cette prise de position intervient dans un climat de fortes tensions autour de l’institution judiciaire. Les appels à une réforme en profondeur se multiplient, tant du côté des professionnels que de la classe politique. Hervé Lehman, fort de son expérience d’ancien juge d’instruction, propose une piste radicale : cesser d’invoquer le manque de moyens comme unique explication pour repenser en profondeur les modes de travail, les priorités et les responsabilités au sein des tribunaux. Une perspective qui pourrait nourrir les débats à venir, alors que l’affaire Lyhanna continue de susciter l’indignation et l’incompréhension dans l’opinion publique.