Hedwig Fijen, fondatrice de la biennale Manifesta : « L’art peut vraiment jouer un rôle de signal d’alarme »

Hedwig Fijen, fondatrice de la biennale Manifesta : « L’art peut vraiment jouer un rôle de signal d’alarme » La fondatrice de Manifesta, la biennale nomade euro
Hedwig Fijen, fondatrice de la biennale Manifesta : « L’art peut vraiment jouer un rôle de signal d’alarme »
La fondatrice de Manifesta, la biennale nomade européenne d’art contemporain, s’apprête à passer la main. Pour Hedwig Fijen, la 16e édition, qui se tient jusqu’en octobre, sera la dernière qu’elle dirige. Dans un entretien accordé au Monde Culture, elle revient sur deux décennies de pérégrinations artistiques à travers le continent, et sur le rôle singulier que sa manifestation a joué dans une Europe confrontée à la guerre en Ukraine et à la montée des droites radicales. Un héritage complexe, entre engagement civique et affirmation d’une certaine idée de la culture.
Une biennale nomade au service des territoires
Depuis sa création en 1996, Manifesta s’est distinguée par son format atypique : plutôt que de s’ancrer dans une ville unique, la biennale se déplace à chaque édition, investissant des cités souvent périphériques ou en mutation. Rotterdam, Ljubljana, Saint-Sébastien, Palerme, Pristina… Autant de territoires qui ont accueilli cette manifestation itinérante, avec l’ambition affichée d’y stimuler un dialogue entre les artistes et les réalités locales. Pour Hedwig Fijen, ce choix du nomadisme n’a jamais été un simple parti pris esthétique. Il s’agissait, selon elle, de créer des conditions propices à une rencontre authentique, loin des circuits institutionnels traditionnels. La biennale se voulait un laboratoire, un espace où les œuvres puissent entrer en résonance avec les enjeux sociaux, politiques et environnementaux propres à chaque lieu d’accueil.
Face aux crises, un rôle de vigie
L’actualité européenne des dernières années a conféré à cette démarche une acuité particulière. Interrogée sur la fonction de l’art dans un contexte marqué par le retour de la guerre sur le sol européen et la poussée des extrémismes, Hedwig Fijen est formelle : « L’art peut vraiment jouer un rôle de signal d’alarme ». La fondatrice estime que les artistes, par leur capacité à déplacer le regard et à questionner les évidences, peuvent contribuer à révéler des tensions que les discours politiques peinent parfois à formuler. Manifesta, en s’installant dans des villes souvent confrontées à des fragilités économiques ou à des héritages historiques douloureux, aurait ainsi joué ce rôle de vigie, offrant une caisse de résonance à des voix qui, sans cela, demeureraient marginalisées. Une mission que la directrice semble revendiquer avec une certaine fierté, tout en mesurant les limites de l’exercice.
Une transition délicate pour l’avenir de la manifestation
Le départ d’Hedwig Fijen, annoncé à l’occasion de cette 16e édition, ouvre une période d’incertitude pour la biennale. La question de la succession se pose avec acuité : comment pérenniser un projet si intimement lié à la vision de sa fondatrice ? Comment préserver l’esprit d’audace et d’expérimentation qui a fait sa marque, tout en s’adaptant à un paysage culturel et géopolitique en constante évolution ? Les réponses à ces interrogations détermineront sans doute l’avenir de cette institution singulière. Alors que la manifestation se poursuit jusqu’au mois d’octobre, les regards se tournent déjà vers l’après. L’héritage d’Hedwig Fijen restera, en tout état de cause, celui d’une aventure intellectuelle et artistique qui aura tenté, avec constance, de faire de l’art un outil de compréhension du monde. Une ambition dont les prochains chapitres, portés par d’autres mains, devront désormais s’emparer pour que le signal d’alarme continue de résonner.