« Gueules cassées », traumatismes invisibles... Au cœur de la MAB, la discrète unité au service des policiers blessés

En 2024, 6 625 policiers nationaux ont été blessés en mission du fait d’un tiers, un chiffre qui illustre l’ampleur d’un phénomène souvent réduit à ses seules s
En 2024, 6 625 policiers nationaux ont été blessés en mission du fait d’un tiers, un chiffre qui illustre l’ampleur d’un phénomène souvent réduit à ses seules statistiques. Derrière ces données se cachent des trajectoires individuelles brisées, des familles ébranlées et un appareil administratif contraint de s’adapter. Depuis 2018, la mission d’accompagnement des blessés (MAB) tente de répondre à cet enjeu en déployant un suivi sur mesure pour les agents victimes d’accidents et d’agressions, selon des informations rapportées par *Le Figaro*.
## Une structure discrète mais essentielle au cœur de l’administration policière
Installée dans les locaux de la direction des ressources humaines, des finances et des soutiens (DRHFS), dans le 12e arrondissement de Paris, la MAB opère dans une relative discrétion. En ce mois d’août, le calme apparent des couloirs contraste avec l’activité soutenue des agents qui assurent, tout au long de l’année, le suivi administratif de centaines de policiers. Créée en 2018 pour faire face à la hausse des violences, puis renforcée en 2020 par la création d’un groupe d’assistance dédié aux policiers victimes (GAPV), la mission agit selon sa chef de service comme un « Samu administratif et psychologique ». Cette formule traduit une approche globale : « Quand un policier est blessé, c’est tout son environnement qui vacille, notamment familial. Nous sommes là pour prendre en charge l’intégralité de la personne, avec un accompagnement au long cours, jusqu’à son retour au service », a-t-elle expliqué.
## Près de 15 000 dossiers suivis en permanence
L’ampleur de la tâche est considérable. Au total, ce sont près de 15 000 dossiers de blessures en service qui seraient suivis en permanence à l’échelle nationale, d’après les éléments communiqués par la mission. Ce chiffre, qui englobe des situations très diverses allant des accidents de trajet aux agressions physiques, témoigne de la charge pesant sur les équipes. La MAB ne se limite pas à un traitement administratif des dossiers : elle intervient également sur les aspects psychologiques, juridiques et sociaux, en lien avec les familles et les services de santé. Cette prise en charge holistique viserait à éviter que les blessés ne se retrouvent isolés face à des procédures complexes, un risque d’autant plus prégnant que les parcours de reconstruction peuvent s’étendre sur plusieurs mois, voire plusieurs années.
## Des traumatismes invisibles au cœur des préoccupations
Parmi les blessés suivis, une part importante souffre de traumatismes dits « invisibles », tels que les états de stress post-traumatique. Ces pathologies, moins visibles que les blessures physiques, n’en demeurent pas moins invalidantes et nécessitent une prise en charge spécifique. Selon les informations rapportées par *Le Figaro*, la MAB aurait développé des protocoles particuliers pour ces cas, en collaboration avec des psychologues et des médecins. L’enjeu est de taille : permettre aux agents de retrouver un équilibre, tout en préservant leur capacité à reprendre le service dans des conditions acceptables. Toutefois, la question du retour à l’emploi reste délicate, chaque situation étant évaluée au cas par cas, en fonction des aptitudes résiduelles et des souhaits des intéressés.
## Un dispositif en constante évolution face à des défis persistants
Depuis sa création, la MAB a vu ses missions s’élargir et ses effectifs se renforcer, traduisant une prise de conscience institutionnelle de l’importance de ce volet. La création du GAPV en 2020 a notamment permis d’apporter une réponse plus rapide et plus ciblée aux victimes d’agressions. Cependant, des défis demeurent, qu’il s’agisse de la formation des personnels, de la coordination avec les autres services de l’État ou encore de la reconnaissance des pathologies psychiques. Le dispositif, bien que salué par les syndicats, pourrait encore évoluer pour s’adapter à la nature changeante des violences subies par les forces de l’ordre. L’accompagnement des blessés s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur la condition policière et la nécessité de préserver l’intégrité physique et mentale de ceux qui servent au quotidien.