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Guerre hybride : cet adversaire qui cherche à « nous soumettre sans nécessairement nous combattre »

Une · · Par Claire BERNARD

Guerre hybride : cet adversaire qui cherche à « nous soumettre sans nécessairement nous combattre »

La France face au « déferlement d’attaques hybrides » : les patrons du contre-espionnage civil et militaire alertent les députés Alors que la menace se diffuse

La France face au « déferlement d’attaques hybrides » : les patrons du contre-espionnage civil et militaire alertent les députés Alors que la menace se diffuse sur les plans numérique, économique et social, les responsables français du renseignement ont livré, le 3 juin dernier, une audition rare devant la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale. Céline Berthon, directrice générale de la sécurité intérieure (DGSI), et le général de corps d’armée Aymeric Bonnemaison, directeur du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), ont détaillé la stratégie d’un adversaire qui chercherait à « nous soumettre sans nécessairement nous combattre ». Selon des informations rapportées par Le Figaro, le verbatim de ces échanges, mis en ligne le 7 juillet, révèle une préparation active de l’État face à un éventuel « déferlement d’attaques hybrides sur le territoire ». ### Une parole rare et un contexte sécuritaire tendu L’audition conjointe de la DGSI et du DRSD devant la commission de la défense nationale sort de l’ordinaire à plusieurs titres. D’abord, la prise de parole publique de ces deux services de contre-espionnage demeure exceptionnelle, leurs directeurs s’exprimant rarement sur les menaces en cours. Ensuite, le choix du thème — la « guerre hybride » — témoigne d’une prise de conscience institutionnelle face à des modes d’action qui brouillent les frontières entre paix et conflit. Enfin, le contexte géopolitique général, marqué par des tensions persistantes aux portes de l’Europe, confère à ces déclarations une portée particulière. Les deux responsables ont insisté sur la nécessité d’anticiper des scénarios de déstabilisation massive, combinant cyberattaques, désinformation et ingérences économiques. Selon le verbatim cité par Le Figaro, Céline Berthon a identifié deux États comme particulièrement actifs sur le sol national : la Russie et l’Iran. Ces deux pays « se sont distingués en faisant preuve d’agressivité sur notre territoire », a-t-elle souligné. Cette déclaration, sans précédent dans sa précision, suggère une intensification des opérations d’influence et de renseignement menées par ces puissances à l’encontre des intérêts français. Le général Bonnemaison aurait, pour sa part, évoqué les risques pesant sur les industries de défense et les personnels militaires, cibles privilégiées de ces stratégies hybrides. ### Des modes d’action protéiformes et une réponse en préparation La guerre hybride se caractérise par l’utilisation combinée d’outils conventionnels et non conventionnels, visant à affaiblir un État sans déclencher de conflit armé ouvert. D’après les éléments rapportés lors de cette audition, les services français observent une multiplication des tentatives d’ingérence dans les secteurs sensibles, tels que la recherche, les infrastructures critiques ou encore les processus électoraux. Les méthodes employées incluraient la manipulation de l’information, le recrutement d’agents d’influence et des cyberattaques ciblées contre des administrations publiques. Cette doctrine, théorisée par certains états-majors étrangers, viserait à créer un rapport de force asymétrique où la France serait contrainte de céder sur des points stratégiques sans jamais avoir été militairement vaincue. Face à cette menace diffuse, l’appareil d’État français semble engagé dans une phase de préparation. L’audition parlementaire, qui s’inscrit dans un cycle de travaux sur la résilience nationale, pourrait déboucher sur des recommandations législatives ou organisationnelles. Les députés membres de la commission ont, selon les informations disponibles, interrogé les deux responsables sur les moyens humains et techniques nécessaires pour contrer ces menaces. La coopération entre la DGSI, compétente sur le territoire civil, et le DRSD, chargé de la protection du ministère des Armées, apparaît comme un pilier central de cette stratégie défensive. ### Un enjeu de souveraineté et de vigilance citoyenne La notion de « guerre hybride » implique également une dimension sociétale, où chaque citoyen peut devenir une cible ou un vecteur de déstabilisation, parfois à son insu. Les propos rapportés de Céline Berthon et du général Bonnemaison suggèrent que la réponse ne pourra être exclusivement étatique. La résilience nationale, évoquée dans les travaux parlementaires, reposerait en partie sur la capacité des institutions à sensibiliser les publics aux risques de manipulation informationnelle. Les services de renseignement français, tout en restant discrets sur leurs opérations, semblent vouloir établir un dialogue plus transparent avec les élus et, indirectement, avec la population. Alors que le contexte international demeure incertain, cette audition marque une étape dans la prise en compte publique d’une menace longtemps cantonnée aux cercles spécialisés. Les développements futurs, qu’ils soient législatifs ou opérationnels, détermineront la capacité de la France à préserver sa souveraineté face à des adversaires qui privilégient la soumission à l’affrontement direct. La vigilance des services, couplée à une nécessaire adaptation des outils juridiques, constituerait un premier rempart face à ces stratégies d’un nouveau genre.