Onyx Infos

Fumées toxiques, brûlures, cancers... Que risquent les pompiers en luttant contre les feux de forêt ?

Une · · Par Claire BERNARD

Fumées toxiques, brûlures, cancers... Que risquent les pompiers en luttant contre les feux de forêt ?

Depuis plusieurs semaines, les incendies qui ravagent la Gironde mobilisent plus de 2 500 sapeurs-pompiers venus de toute la France, engagés jour et nuit dans u

Depuis plusieurs semaines, les incendies qui ravagent la Gironde mobilisent plus de 2 500 sapeurs-pompiers venus de toute la France, engagés jour et nuit dans une lutte acharnée contre les flammes. Si l’attention du public se concentre sur les dégâts environnementaux et les évacuations, une question cruciale émerge concernant la santé à long terme de ces soldats du feu. Selon un décryptage publié par *Le Figaro*, les risques encourus par ces professionnels dépassent largement les brûlures immédiates, exposant les équipes à des fumées toxiques dont les effets pourraient se manifester des années après l’intervention. ### Une exposition chronique aux substances cancérogènes Les fumées dégagées par les feux de forêt ne se limitent pas à de simples particules de carbone. D’après les informations rapportées par le quotidien national, elles contiennent un cocktail complexe de substances chimiques, notamment des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), du benzène et du formaldéhyde. Ces composés, issus de la combustion incomplète de la végétation mais aussi des matières plastiques et autres déchets présents dans les zones périurbaines, sont classés comme cancérogènes avérés ou probables par les instances sanitaires internationales. Les sapeurs-pompiers intervenant sur les fronts de flammes inhalent ces particules fines en concentrations élevées, souvent sans protection respiratoire adaptée lors des phases les plus intenses de leur mission. Par ailleurs, les équipements de protection individuels, bien qu’efficaces contre la chaleur radiante, ne filtrent pas l’ensemble des polluants gazeux. Selon des études citées par des spécialistes de la médecine du travail, les pompiers forestiers présenteraient un risque accru de développer certains types de cancers, notamment ceux des voies respiratoires et de la peau, par rapport à la population générale. Cette exposition répétée, combinée aux pics d’intensité lors des feux de grande ampleur comme celui de la Gironde, pourrait expliquer une surmortalité observée dans plusieurs cohortes internationales de soldats du feu. ### Des brûlures et des traumatismes physiques sous-estimés Au-delà de la toxicité chimique, les risques physiques immédiats demeurent considérables. Les brûlures, qu’elles soient thermiques ou chimiques, constituent la première cause d’accident grave sur les zones d’intervention. Selon les données du service de santé des sapeurs-pompiers, les lésions cutanées peuvent survenir malgré les vêtements ignifugés, notamment au niveau des zones non protégées comme le visage et les mains. Les chutes de branches, les effondrements de terrain et les déshydratations sévères complètent le tableau des traumatismes fréquents, sans compter les troubles musculo-squelettiques liés aux longues heures de port d’équipements lourds. Les feux de forêt de cette intensité génèrent également des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les embrasements généralisés éclair, qui peuvent piéger les équipes dans des zones où la température dépasse les 1 000 degrés. Dans ces conditions, la marge de manœuvre des pompiers est réduite à quelques secondes, rendant chaque intervention particulièrement périlleuse. Les témoignages recueillis auprès des vétérans de la lutte contre les incendies évoquent des séquelles psychologiques tout aussi préoccupantes, avec des syndromes de stress post-traumatique de plus en plus documentés par la recherche médicale. ### Un suivi médical renforcé en question Face à ces constats, les autorités sanitaires et les directions départementales des services d’incendie et de secours (SDIS) s’interrogent sur l’efficacité des dispositifs de surveillance actuels. D’après des sources proches du ministère de l’Intérieur, des réflexions seraient en cours pour instaurer un suivi médical post-exposition systématique, incluant des examens pulmonaires et dermatologiques réguliers. Toutefois, la mise en place de tels protocoles se heurte à des contraintes budgétaires et organisationnelles, alors que le nombre de feux de forêt augmente chaque année en raison du dérèglement climatique. Par ailleurs, la reconnaissance des pathologies professionnelles liées à ces expositions reste un parcours semé d’obstacles pour les pompiers concernés. Selon des associations de défense des sapeurs-pompiers, les tableaux de maladies professionnelles ne couvriraient qu’une partie des affections constatées, laissant de nombreux agents sans indemnisation adéquate. Cette situation pourrait évoluer dans les prochaines années, sous la pression des retours d’expérience et des études épidémiologiques en cours, mais les délais administratifs demeurent un frein majeur à une prise en charge rapide et équitable. ### Une prise de conscience collective nécessaire L’épisode girondin, qui s’inscrit dans une série d’incendies records en Europe, agit comme un révélateur des lacunes structurelles dans la protection des intervenants. Les pompiers, souvent salués pour leur courage, apparaissent également comme des victimes silencieuses d’un phénomène dont l’ampleur ne cesse de croître. Les données compilées par les observatoires européens indiquent une augmentation de 40 % des surfaces brûlées sur le continent depuis 2020, ce qui accroît mécaniquement la fréquence des expositions pour les équipes au sol. Alors que les discussions sur les moyens alloués à la prévention et à la lutte s’intensifient, la question de la santé des sapeurs-pompiers devrait occuper une place centrale dans les futures politiques publiques. Les recherches en cours, notamment celles portant sur les biomarqueurs d’exposition, pourraient permettre d’identifier plus précocement les risques individuels et d’adapter les protocoles de sécurité. Toutefois, sans une volonté politique affirmée et des financements dédiés, ces avancées risquent de rester lettre morte, laissant les soldats du feu exposés à des dangers dont l’ampleur ne fait que se préciser au fil des études scientifiques.