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Frédéric Dabi: «C’est la première fois que le RN gagne chez les retraités au second tour»

Une · · Par Claire BERNARD

Frédéric Dabi: «C’est la première fois que le RN gagne chez les retraités au second tour»

Le RN séduit une nouvelle catégorie d’électeurs : les retraités, un basculement inédit au second tour Selon une enquête Ifop réalisée pour Le Figaro et publiée

Le RN séduit une nouvelle catégorie d’électeurs : les retraités, un basculement inédit au second tour

Selon une enquête Ifop réalisée pour Le Figaro et publiée le 10 juillet, Marine Le Pen serait donnée gagnante au second tour de l’élection présidentielle de 2027 face à plusieurs candidats potentiels, une première historique. Frédéric Dabi, directeur général de l’institut de sondage, a souligné un phénomène particulièrement frappant : pour la première fois, le Rassemblement national (RN) remporterait le suffrage des retraités au second tour. Ce basculement, analysé dans un entretien accordé à nos confrères, interroge sur l’évolution des dynamiques électorales et la capacité du parti à élargir sa base traditionnelle.

Un score inédit chez les seniors

« C’est la première fois que le RN gagne chez les retraités au second tour », a déclaré Frédéric Dabi, cité par Le Figaro. Ce constat, tiré de l’enquête Ifop réalisée après l’annonce de la candidature de Marine Le Pen, marque une rupture avec les scrutins précédents. Historiquement, les électeurs âgés, souvent perçus comme plus conservateurs et attachés aux partis traditionnels, constituaient un bastion difficile à conquérir pour le RN. Or, selon les données de l’institut, Marine Le Pen devancerait ses adversaires — qu’il s’agisse d’Édouard Philippe (54 % des intentions de vote), de Gabriel Attal (55 %) ou de Jean-Luc Mélenchon (70 %) — au second tour, y compris auprès de cette tranche d’âge.

Ce résultat, qualifié d’« historique » par le directeur de l’Ifop, s’inscrit dans une tendance plus large : la progression du RN dans des catégories sociodémographiques qui lui étaient jusqu’alors moins favorables. Les retraités, qui représentent une part importante de l’électorat (environ un tiers des inscrits), pourraient ainsi jouer un rôle clé dans une éventuelle victoire de Marine Le Pen en 2027. Toutefois, Frédéric Dabi a précisé que ce basculement ne s’explique pas uniquement par des facteurs sociologiques, mais aussi par un contexte politique et judiciaire particulier.

L’impact de la condamnation de Marine Le Pen

L’enquête a été réalisée après la condamnation en appel de Marine Le Pen, une affaire qui aurait pu, selon certains observateurs, affaiblir sa candidature. Pourtant, les résultats de l’Ifop montrent l’inverse : la candidate du RN gagne des points, notamment chez les retraités. « On aurait pu s’attendre à ce que la condamnation en appel de Marine Le Pen joue en sa défaveur dans l’opinion », a noté le sondeur, interrogé par Le Figaro. Au contraire, cette décision judiciaire semble avoir renforcé le sentiment d’injustice parmi ses électeurs potentiels, tout en attirant de nouveaux soutiens.

Ce phénomène, déjà observé lors de précédentes affaires judiciaires impliquant des responsables politiques, pourrait s’expliquer par une perception de « persécution » politique chez une partie de l’électorat. Les retraités, souvent plus sensibles aux questions de sécurité et de stabilité, pourraient voir dans cette condamnation une atteinte à la démocratie, les poussant à se rallier à Marine Le Pen. Cependant, Frédéric Dabi a souligné que cette dynamique reste fragile et dépendra de l’évolution de la campagne électorale.

Une logique de report de voix favorable au RN

L’enquête Ifop met également en lumière une logique de report de voix qui profite au RN. Au premier tour, Marine Le Pen obtiendrait 36 % des intentions de vote, un score qui lui permettrait d’aborder le second tour en position de force. Face à des candidats comme Édouard Philippe ou Gabriel Attal, elle bénéficierait d’un réservoir de voix important, notamment de la part des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, qui se reporteraient massivement sur elle pour faire barrage à la droite modérée.

Ce mécanisme, bien connu des analystes politiques, s’explique par la polarisation croissante du paysage politique français. Les retraités, traditionnellement plus modérés, semblent désormais prêts à franchir le pas, séduits par le discours sécuritaire et identitaire du RN. « C’est la première fois que le RN gagne chez les retraités au second tour », a insisté Frédéric Dabi, soulignant le caractère inédit de cette évolution. Si cette tendance se confirme dans les mois à venir, elle pourrait redessiner les équilibres électoraux pour l’élection présidentielle de 2027.

Une perspective incertaine mais révélatrice

Ce sondage, bien que marquant, doit être interprété avec prudence. Les intentions de vote à plus d’un an du scrutin restent volatiles, et de nombreux paramètres — comme l’évolution de la situation économique, les crises internationales ou les candidatures surprises — pourraient modifier la donne. Toutefois, l’enquête Ifop pour Le Figaro révèle une tendance lourde : la normalisation du RN dans l’électorat français, y compris chez les seniors. Frédéric Dabi a d’ailleurs rappelé qu’il s’agit d’un « historique » qui interroge sur la capacité des partis traditionnels à reconquérir cette catégorie d’électeurs. L’avenir dira si ce basculement est conjoncturel ou structurel, mais il témoigne d’une recomposition politique en cours.