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Frappes en Iran : «Les États-Unis peuvent tenir sur la durée mais utilisent des stocks attribués à des théâtres d’opérations plus prioritaires»

Une · · Par Claire BERNARD

Frappes en Iran : «Les États-Unis peuvent tenir sur la durée mais utilisent des stocks attribués à des théâtres d’opérations plus prioritaires»

Le conflit entre les États-Unis et l’Iran, ouvert le 28 février dernier, a connu une nouvelle escalade cette semaine. Après que Washington a frappé mardi des ci

Le conflit entre les États-Unis et l’Iran, ouvert le 28 février dernier, a connu une nouvelle escalade cette semaine. Après que Washington a frappé mardi des cibles des Gardiens de la Révolution en réponse à des attaques contre la circulation navale dans le détroit d’Ormuz, Téhéran a lancé mercredi une «opération décisive» contre les «bases et les intérêts» américains au Moyen-Orient. Cette surenchère militaire soulève une question stratégique centrale pour l’armée américaine : celle de la pérennité de ses stocks de munitions, analyse Étienne Marcuz, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS) et spécialiste des armements stratégiques, dans un entretien accordé au Figaro. ## Une capacité de tenue dans la durée, mais à quel prix ? Selon les informations rapportées par Le Figaro, Étienne Marcuz estime que «les États-Unis peuvent tenir sur la durée» dans ce conflit, mais avec une réserve de taille. L’analyste souligne en effet que Washington «utilise des stocks attribués à des théâtres d’opérations plus prioritaires». Cette situation impliquerait un arbitrage délicat pour le Pentagone, qui doit jongler entre les besoins immédiats de la campagne contre l’Iran et les réserves stratégiques destinées à d’autres zones de tension, notamment la région indo-pacifique où la pression chinoise ne faiblit pas. Cette analyse intervient dans un contexte où les frappes se multiplient depuis plusieurs semaines. Le conflit, qui a débuté fin février, semble s’enliser dans une logique de représailles croisées. Les attaques contre la circulation navale dans le détroit d’Ormuz, voie de passage stratégique pour environ 20 % du pétrole mondial, constituent un facteur aggravant qui pourrait expliquer la vigueur de la réponse américaine. Toutefois, la question des stocks ne se limite pas à la seule capacité offensive. ## La problématique des munitions guidées et des systèmes de défense Le spécialiste des armements stratégiques pointe également une dimension moins visible mais tout aussi cruciale : celle des munitions à guidage de précision et des systèmes de défense antiaérienne. Ces équipements, particulièrement sollicités lors des frappes contre les installations des Gardiens de la Révolution, représentent un coût unitaire élevé et un temps de production long. Or, selon plusieurs observateurs cités par Le Figaro, l’industrie de défense américaine fonctionne déjà à un rythme soutenu pour reconstituer les arsenaux entamés par le soutien apporté à l’Ukraine depuis 2022. Cette double pression sur les chaînes d’approvisionnement pourrait, à terme, contraindre Washington à hiérarchiser ses engagements. Les déclarations de Donald Trump, qui avait prévenu Téhéran des conséquences de ses actions, laissent entendre que la détermination américaine reste intacte. Cependant, la capacité à soutenir un effort prolongé sur plusieurs théâtres simultanément dépendra de la résilience industrielle et logistique du pays, un paramètre que les stratèges du Pentagone suivent avec une attention particulière. ## Un précédent historique qui interroge Par ailleurs, cette situation rappelle les enseignements des campagnes militaires récentes. Lors des opérations en Libye en 2011 ou en Syrie contre l’organisation État islamique, les forces américaines avaient épuisé une part significative de leurs stocks de munitions de précision, nécessitant plusieurs années pour reconstituer les niveaux préconisés. Selon des rapports du Government Accountability Office (GAO) cités par des experts, ces épisodes avaient mis en lumière la fragilité des réserves américaines face à des engagements simultanés. Dans le cas présent, l’éloignement géographique du théâtre moyen-oriental et la proximité de l’Iran avec ses propres capacités de production ajoutent une complexité supplémentaire. Les Gardiens de la Révolution disposent en effet d’un arsenal de missiles balistiques et de drones qui leur permet de maintenir une pression continue, sans dépendre de chaînes logistiques externes. Cette asymétrie pourrait influencer l’évolution du conflit dans les semaines à venir, même si les responsables américains affirment disposer des moyens nécessaires pour répondre à toute éventualité. ## Une équation stratégique ouverte Au-delà des déclarations officielles, l’équation stratégique qui se dessine à Téhéran et à Washington demeure incertaine. La capacité américaine à «tenir sur la durée» évoquée par Étienne Marcuz ne saurait être dissociée des priorités globales de défense des États-Unis, ni des contraintes budgétaires et industrielles qui pèsent sur la reconstitution des arsenaux. Les prochaines semaines devraient permettre de mesurer si cette escalade se traduit par une intensification durable des frappes ou si des canaux de dialogue, même indirects, parviennent à émerger. En attendant, les observateurs s’accordent sur un point : la gestion des stocks militaires américains constituera un facteur déterminant de l’issue de ce conflit.