Français détenus au Togo: le gouvernement assure que la justice locale détient des "indices graves" contre les deux hommes

Le gouvernement togolais a indiqué, samedi 22 août, que la justice locale détiendrait des « indices graves » à l’encontre des deux réalisateurs français arrêtés
Le gouvernement togolais a indiqué, samedi 22 août, que la justice locale détiendrait des « indices graves » à l’encontre des deux réalisateurs français arrêtés le 27 juillet dans le pays. Les deux ressortissants, en tournage pour l’émission « Les routes de l’impossible » diffusée sur France Télévisions, sont poursuivis dans le cadre d’une information judiciaire, selon les autorités. Cette affaire intervient dans un contexte sécuritaire tendu, le Togo étant placé sous état d’urgence depuis 2022.
### Des accusations d’espionnage abandonnées
Les deux hommes avaient initialement été accusés d’espionnage, une qualification pénale qui a depuis été retirée, comme l’a précisé Patrice Lucchini, directeur général de Tony Comiti Productions, la société de production mandatée pour le tournage. « Ils ont été accusés d’espionnage au début puis l’accusation a été enlevée », a-t-il détaillé mercredi. Les faits reprochés concernent désormais l’utilisation d’un drone dans des zones « soumises à un régime de sensibilité sécuritaire particulier », selon un communiqué conjoint des ministères togolais de la Justice et de la Sécurité.
Le tournage s’est déroulé dans la région des Savanes, à l’extrême nord du pays, une zone placée sous état d’urgence en raison de menaces jihadistes. Les deux réalisateurs auraient également dépassé une zone qui leur avait été conseillée, du côté de Kara, a concédé Patrice Lucchini, tout en affirmant que l’équipe était « en règle ». La production n’a pas, à ce stade, fourni de détails supplémentaires sur les autorisations obtenues.
### Une procédure judiciaire en cours
Le Quai d’Orsay a confirmé mardi 18 que les deux hommes faisaient « l’objet d’une information judiciaire conduite par un juge d’instruction ». Ils ont reçu, depuis leur arrestation, trois visites consulaires, a précisé le ministère français des Affaires étrangères. La France suit donc de près cette procédure, sans pour autant commenter le fond des accusations portées par la justice togolaise.
Le Togo est en état d’urgence depuis 2022, à la suite d’incursions jihadistes dans l’extrême-nord du pays, à quelques dizaines de kilomètres de Kara. La plupart de ces incursions proviendraient du Burkina Faso voisin, où des groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique mènent de nombreuses attaques. Ce contexte sécuritaire explique la sensibilité particulière des zones survolées par le drone des deux réalisateurs.
### Un précédent qui interroge
Cette affaire relance les questions sur les conditions de tournage dans les zones sous tension en Afrique de l’Ouest. Les productions françaises, notamment les documentaires, sont de plus en plus confrontées à des restrictions locales, parfois difficiles à anticiper. Tony Comiti Productions, qui a une longue expérience des tournages à l’étranger, n’a pas souhaité commenter l’évolution de la procédure, renvoyant à la justice togolaise.
Les deux réalisateurs restent détenus en attendant la suite de l’enquête. La durée de leur détention n’a pas été précisée, et aucune date d’audience n’a été annoncée à ce jour. La France, par la voix de ses diplomates, se dit « mobilisée » pour assurer le suivi consulaire et juridique de ses ressortissants, sans évoquer pour l’instant une éventuelle procédure de rapatriement ou d’entraide judiciaire.
L’issue de cette affaire dépendra des conclusions du juge d’instruction, qui devra déterminer si les « indices graves » évoqués par le gouvernement togolais justifient un renvoi devant un tribunal. En attendant, la production et les familles des deux hommes restent dans l’attente, tandis que la région des Savanes demeure sous haute surveillance sécuritaire.