Florence Bergeaud-Blackler : « Le référendum du RN sur l’interdiction du port du voile risquerait-il de faire le jeu des islamistes ? »

Voile dans l’espace public : les réserves d’une anthropologue face à la proposition référendaire du RN La proposition du Rassemblement national d’organiser un r
Voile dans l’espace public : les réserves d’une anthropologue face à la proposition référendaire du RN
La proposition du Rassemblement national d’organiser un référendum visant à sanctionner d’une amende le port du voile dans l’espace public suscite des interrogations quant à sa faisabilité et à ses conséquences politiques. Dans un entretien accordé au Figaro et publié le 1er septembre 2026, Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue et présidente du Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme (Cerif), analyse les risques d’une telle mesure, notamment celui de « faire le jeu des islamistes ».
Une mesure « pas en ordre de marche » selon la chercheuse
Florence Bergeaud-Blackler, docteure en anthropologie et auteure de l’enquête « Le Frérisme et ses réseaux » (Odile Jacob, 2023), revient d’abord sur la genèse de cette proposition. Selon ses déclarations rapportées par Le Figaro, la mesure serait arrivée dans le débat « par la réponse de M. Tanguy à un journaliste », ce qui suggère que le parti n’était « manifestement pas en ordre de marche » pour défendre un point qui ne constituait qu’« un item parmi d’autres ». Cette mise en contexte, issue de l’entretien mené par Alexandre Devecchio, tend à indiquer que la proposition n’aurait pas fait l’objet d’une préparation approfondie en amont de son annonce publique.
Des obstacles concrets à l’application de l’amende
Sur le plan pratique, l’anthropologue souligne des difficultés majeures. Elle évoque notamment l’hypothèse de quartiers où les femmes concernées représenteraient la majorité de la population féminine. Dans un tel scénario, verbaliser ne constituerait pas une opération marginale mais bien « une opération de police massive et quotidienne ». Elle ajoute que « les hommes ne laisseront pas faire », laissant entendre que des tensions sociales et communautaires pourraient émerger de l’application d’une telle mesure. Ces éléments, rapportés par Le Figaro, mettent en lumière l’écart potentiel entre l’intention politique et la réalité du terrain.
Une alternative préconisée : l’interdiction pour les mineures
Face à ces difficultés, Florence Bergeaud-Blackler préconise une approche différente. Selon l’entretien publié par le quotidien, elle recommande plutôt d’interdire le port du voile aux mineures. Cette position, qui cible un public spécifique, pourrait présenter l’avantage d’une application plus aisée et d’un consensus social plus large, tout en répondant à l’objectif affiché de lutte contre l’influence islamiste. La chercheuse, dont les travaux portent notamment sur les réseaux du frérisme, inscrit cette recommandation dans une analyse plus large des dynamiques à l’œuvre dans la diffusion de pratiques religieuses radicales.
Un débat politique aux implications multiples
Cette prise de position intervient dans un contexte où la question du voile dans l’espace public demeure un sujet sensible du débat politique français. La proposition du RN, qui viserait à consulter directement les citoyens par la voie référendaire, soulève des questions sur la méthode et sur les conséquences potentielles d’une telle consultation. Les réserves exprimées par l’anthropologue, telles que rapportées par Le Figaro, pourraient alimenter les réflexions des décideurs politiques quant à la pertinence et à la faisabilité de cette mesure. La suite du débat dépendra notamment de la capacité des différents acteurs à concilier impératifs sécuritaires, cohésion sociale et respect des libertés individuelles.