Fiscalité immobilière, résidences secondaires, LMNP... Le chamboule-tout du RN pour «restaurer le droit de propriété»

La fiscalité immobilière, les résidences secondaires et le statut de loueur en meublé non professionnel (LMNP) figurent parmi les cibles prioritaires du Rassemb
La fiscalité immobilière, les résidences secondaires et le statut de loueur en meublé non professionnel (LMNP) figurent parmi les cibles prioritaires du Rassemblement national dans son programme pour l'élection présidentielle de 2027. Selon un décryptage publié par *Le Figaro*, le parti dirigé par Jordan Bardella entend s'attaquer au « maquis des normes et mesures » qui, selon ses cadres, auraient progressivement grignoté le droit de propriété en France. Cette offensive programmatique intervient dans un contexte de recul marqué de l'offre locative et de la production de logements neufs, deux phénomènes que le RN impute partiellement à l'empilement législatif des dernières décennies.
## Un diagnostic partagé sur la crise du logement, des remèdes clivants
Le constat dressé par le Rassemblement national rejoint en partie celui de nombreux professionnels du secteur immobilier. D'après les données compilées par les fédérations de promoteurs et les observatoires de la construction, la production de logements neufs n'a cessé de décroître depuis 2017, passant sous le seuil symbolique des 400 000 unités par an. Parallèlement, les annonces de locations longues durée se sont raréfiées dans les grandes agglomérations, tandis que les locations touristiques de courte durée ont proliféré. Le RN propose toutefois des réponses qui tranchent avec les orientations gouvernementales actuelles, en plaçant la restauration du droit de propriété au cœur de sa doctrine.
Le programme du mouvement d'extrême droite prévoirait notamment un allègement significatif des contraintes pesant sur les propriétaires bailleurs, qu'il s'agisse des plafonds de loyers applicables dans les zones tendues ou des obligations de performance énergétique imposées progressivement aux logements classés G, F puis E. Selon des éléments rapportés par *Le Figaro*, le parti souhaiterait également réviser les conditions d'encadrement des résidences secondaires, que certaines municipalités touristiques soumettent à des quotas ou à des autorisations préalables. Cette volonté de dérégulation pourrait toutefois entrer en conflit avec les prérogatives des collectivités territoriales, qui disposent depuis la loi Alur de 2014 d'outils de régulation locaux.
## Le statut LMNP dans la ligne de mire du futur gouvernement ?
La question du statut de loueur en meublé non professionnel constitue l'un des points les plus sensibles de cette refonte annoncée. Ce régime fiscal avantageux, qui permet aux particuliers de louer des biens meublés en bénéficiant d'abattements substantiels et d'un amortissement du bien, a été partiellement encadré par la loi de finances pour 2025. Celle-ci a notamment réduit l'avantage fiscal applicable aux locations meublées de courte durée dans les zones où la tension locative est avérée. Le Rassemblement national, selon les informations relayées par le quotidien conservateur, envisagerait d'aller plus loin en harmonisant les régimes fiscaux du meublé et du nu, supprimant de fait l'un des principaux vecteurs de développement des locations type Airbnb.
Cette orientation pourrait surprendre de la part d'un parti qui se présente volontiers comme le défenseur des propriétaires et des classes moyennes patrimoniales. Toutefois, les stratèges du RN semblent considérer que le développement massif de la location courte durée a contribué à réduire l'offre locative traditionnelle, alimentant la crise du logement dans les métropoles et les zones touristiques. Le programme présidentiel du mouvement inclurait également des mesures de simplification administrative pour accélérer les permis de construire et réduire les délais de recours des associations de riverains, jugés dissuasifs pour les promoteurs immobiliers.
## Une stratégie politique à double tranchant pour la présidentielle de 2027
L'ambition affichée par le Rassemblement national de « restaurer le droit de propriété » s'inscrit dans une stratégie électorale plus large visant à capter un électorat de propriétaires, traditionnellement ancré à droite, mais sensible aux discours sur la défense du patrimoine et du pouvoir d'achat immobilier. Selon plusieurs sondeurs, la propriété immobilière constitue en effet un marqueur politique de plus en plus discriminant dans l'électorat français, les propriétaires étant statistiquement plus enclins à voter pour les partis de droite et d'extrême droite que les locataires. Le parti de Marine Le Pen chercherait ainsi à capitaliser sur ce clivage émergent.
Toutefois, ce positionnement comporte des risques politiques non négligeables. Les associations de locataires et une partie de la gauche pourraient dénoncer un programme favorable aux intérêts patrimoniaux au détriment des ménages modestes, d'autant que le RN n'a pas précisé, à ce stade, les modalités de compensation budgétaire de ces allègements fiscaux. Par ailleurs, la mise en œuvre d'une telle refonte supposerait une confrontation directe avec les maires des grandes villes, majoritairement opposés à la dérégulation du marché locatif, ainsi qu'avec Bruxelles, la Commission européenne surveillant les régimes d'aide susceptibles de fausser la concurrence entre États membres. Le calendrier, enfin, interroge : une partie des mesures annoncées pourrait être anticipée dès l'examen du prochain budget si le parti obtenait une majorité relative à l'Assemblée nationale, mais leur traduction législative complète n'interviendrait, dans le meilleur des cas, qu'après le scrutin présidentiel de 2027.