Onyx Infos

Fini l'état de sidération: les chocs provoqués par Donald Trump ont enfin réveillé les patrons français mais ils ne savent pas encore comment s'armer face au risque géopolitique

Economie · · Par Claire BERNARD

Fini l'état de sidération: les chocs provoqués par Donald Trump ont enfin réveillé les patrons français mais ils ne savent pas encore comment s'armer face au risque géopolitique

Selon le dernier baromètre de l'Institut Géopolitique & Business de l'ESSEC, réalisé en partenariat avec L'Express, les dirigeants d'entreprise français seraien

Selon le dernier baromètre de l'Institut Géopolitique & Business de l'ESSEC, réalisé en partenariat avec L'Express, les dirigeants d'entreprise français seraient sortis de leur état de sidération face au risque géopolitique. Une prise de conscience qui, si elle marque un tournant, ne se traduirait pas encore par des stratégies concrètes d'armement face aux menaces internationales. ## Un réveil stratégique après des années d'attentisme D'après les données rapportées par BFM Business, le risque géopolitique est désormais jugé au moins aussi important que l'intelligence artificielle par les dirigeants d'entreprises de plus de 250 salariés. Un basculement notable, puisqu'il y a encore un an, ces mêmes dirigeants étaient décrits comme désemparés, dans une posture attentiste, en attente de directives. Le baromètre de l'Institut Géopolitique & Business de l'ESSEC souligne ainsi un changement de paradigme : les guerres et les tensions commerciales auraient provoqué un réveil stratégique, là où les crises précédentes n'avaient pas suffi à déclencher une réaction d'ampleur. En effet, les chocs géopolitiques ne datent pas d'hier. Il y a six ans, la pandémie de Covid claquemurait l'humanité en quelques semaines. Il y a bientôt cinq ans, la Russie envahissait l'Ukraine. Pourtant, selon cette étude, c'est bien l'onde de choc provoquée par Donald Trump qui semblerait avoir sorti les dirigeants français de leur torpeur. Un constat d'autant plus surprenant que les menaces russes ou l'agressivité commerciale chinoise, pourtant bien documentées, semblent sous-estimées par les chefs d'entreprise interrogés. ## Les États-Unis de Trump perçus comme menace principale Un point saillant du baromètre : 30 % des dirigeants interrogés jugent les États-Unis de Donald Trump comme la première menace économique, très loin devant la menace russe ou l'agressivité commerciale chinoise. Cette hiérarchisation des risques pourrait refléter une lecture immédiate des tensions commerciales et des revirements politiques américains, plus qu'une analyse structurelle des vulnérabilités européennes. Toutefois, cette perception ne se traduirait pas encore par une intégration effective du risque géopolitique dans les stratégies d'entreprise, selon les conclusions du baromètre. Par ailleurs, l'exemple du détroit d'Ormuz, où de simples embarcations archaïques, en semant le doute sur un minage, peuvent faire flamber les primes d'assurance à Londres et gripper le commerce international, illustre la complexité des menaces contemporaines. Ces événements, difficilement anticipables par les modèles économiques traditionnels, exigeraient des entreprises une capacité d'adaptation et une veille géopolitique renforcée. ## Une intégration encore incomplète dans les stratégies Cependant, la prise de conscience ne suffirait pas. D'après les enseignements du baromètre, le risque géopolitique resterait insuffisamment intégré dans les stratégies d'entreprise, les dirigeants ne sachant pas encore comment s'armer face à ces menaces. Cette lacune pourrait s'expliquer par l'absence d'outils adaptés, par la difficulté à traduire un risque diffus en décisions opérationnelles, ou encore par la priorité donnée à des enjeux plus immédiats comme l'intelligence artificielle ou la transition énergétique. Le contexte actuel, marqué par la multiplication des tensions commerciales et des conflits régionaux, rendrait pourtant cette intégration d'autant plus nécessaire que les interdépendances économiques exposent les entreprises françaises à des chocs exogènes. Selon des sources proches du secteur, certaines grandes entreprises commenceraient à structurer des cellules de veille géopolitique, mais ces initiatives resteraient marginales à l'échelle des entreprises de plus de 250 salariés. La question demeure donc ouverte : ce réveil stratégique se traduira-t-il par des investissements concrets, ou restera-t-il au stade de la prise de conscience ? Les prochains baromètres de l'Institut Géopolitique & Business de l'ESSEC permettront peut-être de mesurer si les dirigeants français passent enfin de l'alerte à l'action.