Onyx Infos

Fermer des petits hôpitaux pour faire des économies, cette proposition taboue qui pourrait bientôt agiter les débats

Une · · Par Claire BERNARD

Fermer des petits hôpitaux pour faire des économies, cette proposition taboue qui pourrait bientôt agiter les débats

Alors que le gouvernement s’apprête à arbitrer sur le budget de la Sécurité sociale pour 2027, une proposition jusqu’ici jugée taboue refait surface dans le déb

Alors que le gouvernement s’apprête à arbitrer sur le budget de la Sécurité sociale pour 2027, une proposition jusqu’ici jugée taboue refait surface dans le débat public : la fermeture ou la restructuration de certains petits hôpitaux de proximité. L’idée, portée par le rapporteur général de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Philippe Juvin, pourrait cristalliser les tensions entre impératifs budgétaires et aménagement du territoire. ## Une sortie médiatique qui relance le débat C’est lors d’une intervention sur CNews le 24 juillet dernier que le député Les Républicains et médecin Philippe Juvin a réaffirmé une position qu’il défend de longue date. Selon des propos rapportés par Le Figaro, l’élu a estimé qu’« il y a aujourd’hui des endroits en France où on n’est pas bien soignés », évoquant des établissements de petite taille « qu’il faut probablement fermer » ou dont il faut au moins « regrouper les moyens ». Des déclarations d’autant plus remarquées que leur auteur occupe une position stratégique dans le processus budgétaire. En effet, en tant que rapporteur général du budget à l’Assemblée nationale, Philippe Juvin dispose d’une vision précise des finances publiques. Il a d’ailleurs justifié sa proposition par la nécessité de « tirer les leçons de ce que nous savons sur l’inefficacité de la dépense publique et en particulier des soins ». Cette sortie intervient dans un contexte où l’Assurance-maladie promeut le principe du « juste soin au juste prix », suggérant une convergence de vues sur la nécessité de rationaliser l’offre de soins. ## Un accès aux soins contrasté selon les territoires Les données objectives disponibles sur l’accès aux soins hospitaliers nuancent toutefois le tableau. D’après les informations relayées par Le Figaro, plus de 90 % de la population française peut aujourd’hui accéder à un hôpital en moins de 15 minutes en voiture. Ce chiffre, issu d’une photographie de Pascal Pochard-Casabianca, tombe toutefois à 75 % pour les zones rurales, illustrant les disparités territoriales qui pourraient alimenter les oppositions à une telle mesure. Le débat s’inscrit également dans un contexte plus large de tension sur l’offre de soins de ville. Le rapporteur général pointe en effet une situation paradoxale : alors que 6,4 millions de Français se trouvent sans médecin traitant et que la désertification médicale s’accentue, la question de la qualité des soins dans les petits hôpitaux s’immisce dans le débat public. Pour les défenseurs de la proposition, maintenir des plateaux techniques sous-dimensionnés pourrait présenter un risque pour la sécurité des patients, même si cet argument demeure difficile à vérifier en l’état. ## Des implications politiques et territoriales majeures La proposition de Philippe Juvin soulève des enjeux politiques considérables. Historiquement, toute annonce de fermeture d’hôpital de proximité déclenche des mobilisations locales importantes, quel que soit le bord politique des élus concernés. La question pourrait donc devenir un sujet sensible pour l’exécutif, d’autant plus que la carte hospitalière française est le fruit d’une sédimentation historique complexe, chaque territoire revendiquant son établissement comme un rempart contre le déclin démographique et économique. Par ailleurs, les implications financières d’une telle restructuration restent à préciser. Si les économies potentielles pour l’Assurance-maladie pourraient sembler substantielles à première vue, les coûts induits par les transferts de patients vers des centres plus importants, notamment en termes de transports sanitaires et de prise en charge des urgences, devraient être intégrés dans l’équation. Le rapporteur général du budget n’a, à ce stade, pas fourni d’estimation chiffrée des gains attendus, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. La trajectoire de cette proposition dépendra également de la capacité de ses promoteurs à démontrer une amélioration mesurable de la qualité des soins pour les patients concernés. Le débat, qui ne fait que commencer, pourrait s’inviter dans la discussion budgétaire de l’automne, avec son lot de crispations politiques et d’inquiétudes citoyennes.