Face à la menace chinoise et aux industriels qui fuient l'Europe, Bruxelles prête à reculer sur le "Green Deal" en prolongeant les quotas carbone gratuits

Bruxelles prête à assouplir le coût du carbone : un recul stratégique du Pacte vert face à la concurrence chinoise La Commission européenne a proposé ce vendred
Bruxelles prête à assouplir le coût du carbone : un recul stratégique du Pacte vert face à la concurrence chinoise
La Commission européenne a proposé ce vendredi 17 juillet de ralentir la hausse du coût du carbone pour les industriels, en prolongeant jusqu'en 2038 les quotas gratuits pour les entreprises qui s'engagent dans la décarbonation. Cet assouplissement du Pacte vert, destiné à préserver la compétitivité de l'industrie européenne, intervient alors que la menace chinoise et les délocalisations d'usines vers des régions aux normes environnementales moins strictes pèsent lourd sur l'économie du continent. Parallèlement, Bruxelles a réaffirmé son objectif de porter la part de l'électricité à 46 % de la consommation énergétique d'ici 2040, contre environ 23 % actuellement.
Un calendrier repoussé pour les quotas gratuits
Le système d'échange de quotas d'émission (ETS) de l'Union européenne, en vigueur depuis 2005, impose aux grandes industries – acier, ciment, chimie, engrais – d'acheter des droits à polluer pour couvrir leurs rejets de CO2. Face aux protestations de l'industrie chimique, des pays d'Europe centrale et de l'Italie, la Commission propose désormais un assouplissement notable : les entreprises qui s'engagent à se décarboner pourront bénéficier plus longtemps de quotas gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel, soit un délai supplémentaire de quatre ans.
Cette réforme, soumise aux États membres et aux eurodéputés pour plusieurs mois de négociations, vise à éviter ce que les experts appellent la "fuite de carbone". Ce phénomène, redouté par Bruxelles, décrit le risque que des entreprises européennes ne délocalisent leur production vers des pays aux normes environnementales moins strictes, comme la Chine ou l'Inde, où le coût du carbone est quasi inexistant. En prolongeant les quotas gratuits, la Commission espère maintenir la compétitivité des industriels tout en les incitant à investir dans des technologies vertes.
Un objectif électrique ambitieux mais indicatif
Parallèlement à cette mesure, l'Union européenne a annoncé son intention de doubler la part de l'électricité dans sa consommation d'énergie d'ici 2040. Selon Bruxelles, l'électricité devrait représenter 46 % de la consommation finale d'énergie en 2040, contre environ 23 % aujourd'hui. Cependant, cet objectif est qualifié d'"indicatif" et ne sera pas contraignant légalement, ce qui laisse une marge de manœuvre aux États membres.
L'UE peine depuis plusieurs années à se passer des énergies fossiles dans les secteurs des transports et du chauffage des bâtiments, où l'électrification progresse lentement. Cette stagnation souligne les défis techniques et économiques de la transition énergétique, alors que la Chine investit massivement dans les énergies renouvelables et les véhicules électriques. L'assouplissement du marché carbone pourrait toutefois ralentir l'innovation en réduisant la pression financière sur les industries les plus polluantes.
Un équilibre délicat entre climat et compétitivité
La proposition de la Commission intervient dans un contexte de tensions commerciales croissantes avec la Chine, qui inonde le marché européen de produits manufacturés à bas coût, souvent produits avec des énergies fossiles subventionnées. Les industriels européens, confrontés à des coûts énergétiques élevés et à des normes environnementales strictes, réclament depuis des mois un rééquilibrage. L'Italie et les pays d'Europe centrale, particulièrement dépendants de l'industrie lourde, ont été parmi les plus virulents à dénoncer le rythme trop rapide de la transition.
Ce recul sur le Green Deal, bien que partiel, pourrait avoir des répercussions sur la crédibilité climatique de l'UE. Les ONG environnementales dénoncent déjà un "cadeau aux pollueurs", tandis que les industriels saluent une "bouffée d'oxygène". Les négociations à venir entre les États membres et le Parlement européen s'annoncent tendues, chaque camp cherchant à peser sur le calendrier final. En attendant, la Commission tente de concilier deux impératifs apparemment contradictoires : réduire les émissions de CO2 et préserver une industrie européenne menacée par la concurrence mondiale.