Eva Berneke (Ancienne directrice générale d’Eutelsat) : Pourquoi l'Europe doit devenir une superpuissance spatiale - 09/06

# L’Europe face à l’urgence spatiale : l’appel d’Eva Berneke à bâtir une superpuissance Alors que la concurrence s’intensifie entre les États-Unis et la Chine d
# L’Europe face à l’urgence spatiale : l’appel d’Eva Berneke à bâtir une superpuissance
Alors que la concurrence s’intensifie entre les États-Unis et la Chine dans le domaine spatial, l’ancienne directrice générale d’Eutelsat, Eva Berneke, a lancé un avertissement clair lors de son intervention sur BFM Business le 9 juin : l’Europe doit impérativement se hisser au rang de superpuissance spatiale sous peine de perdre sa souveraineté technologique et économique. Un appel qui résonne alors que le secteur des télécommunications par satellite connaît une mutation profonde, portée par des acteurs privés comme SpaceX et des ambitions étatiques renouvelées.
## Un constat alarmant sur le retard européen
### ### Une compétition dominée par les géants américains et chinois
Eva Berneke, qui a dirigé Eutelsat, l’un des principaux opérateurs de satellites au monde, a souligné que l’Europe se trouve aujourd’hui dans une position précaire face à des rivaux bien mieux dotés. Selon elle, les investissements massifs des États-Unis via la NASA et des entreprises comme SpaceX, couplés aux ambitions affichées de la Chine avec son programme spatial national, créent un déséquilibre croissant. L’ancienne dirigeante a estimé que sans une stratégie coordonnée et des moyens financiers à la hauteur, le Vieux Continent risque de devenir un simple spectateur dans la conquête des orbites basses, pourtant cruciales pour les communications, l’observation terrestre et la défense.
### ### Un enjeu de souveraineté technologique et économique
Au-delà de la course à l’espace, Eva Berneke a insisté sur les implications directes pour l’économie européenne. Les satellites ne sont plus seulement des outils de télévision ou de téléphonie : ils sont devenus l’épine dorsale de l’Internet mondial, de la navigation GPS, de la surveillance climatique et des infrastructures critiques. Perdre cette bataille reviendrait, selon elle, à dépendre de puissances étrangères pour des services essentiels. L’ancienne directrice générale a cité l’exemple des constellations de satellites en orbite basse, comme Starlink, qui pourraient capter une part significative du marché des télécommunications, au détriment des opérateurs historiques européens.
## Les leviers d’action pour une ambition renouvelée
### ### Une nécessaire coordination entre États et industriels
Pour inverser la tendance, Eva Berneke a plaidé pour une approche unifiée, mêlant fonds publics et privés. Elle a rappelé que l’Europe dispose déjà d’atouts solides, avec des acteurs comme Airbus, Thales Alenia Space ou Arianespace, mais que leur fragmentation limite leur impact. L’ancienne dirigeante a suggéré la création d’un programme spatial européen comparable à ce qu’a été Galileo pour la navigation, avec des objectifs clairs de souveraineté et d’innovation. Elle a également évoqué la nécessité de simplifier les processus réglementaires et d’accélérer les cycles de développement, souvent trop longs face à la rapidité des concurrents américains.
### ### L’urgence d’investir dans les nouvelles technologies
L’ancienne patronne d’Eutelsat a également mis en avant l’importance de miser sur les technologies de rupture, comme les satellites reprogrammables, l’intelligence artificielle embarquée ou les lanceurs réutilisables. Elle a souligné que l’Europe doit rattraper son retard dans le domaine des micro-lanceurs et des constellations, tout en préservant son leadership dans les satellites géostationnaires. Selon elle, le budget alloué à l’Agence spatiale européenne (ESA) devrait être significativement augmenté, et les synergies entre programmes civils et militaires renforcées pour mutualiser les coûts.
## Un message d’espoir et d’urgence
Eva Berneke a conclu son intervention sur une note d’optimisme mesuré : l’Europe a encore une fenêtre de tir pour s’imposer, mais celle-ci se referme rapidement. Si les décisions ne sont pas prises dans les prochains mois, le fossé avec les leaders mondiaux deviendra difficile à combler. L’ancienne directrice générale d’Eutelsat appelle donc les décideurs politiques et industriels à faire de l’espace une priorité stratégique, au même titre que l’énergie ou le numérique. Une transformation qui passe par une volonté politique forte et des investissements à la hauteur des enjeux, pour que l’Europe ne soit pas reléguée au rang de simple passager dans la nouvelle ère spatiale.