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Est de la RDC: le M23 redevient le principal auteur de violences contre les civils, indique un rapport

Monde · · Par Claire BERNARD

Est de la RDC: le M23 redevient le principal auteur de violences contre les civils, indique un rapport

Est de la RDC : le M23 redevient le principal auteur de violences contre les civils, indique un rapport Alors que le nombre d’incidents sécuritaires a globaleme

Est de la RDC : le M23 redevient le principal auteur de violences contre les civils, indique un rapport

Alors que le nombre d’incidents sécuritaires a globalement diminué au mois de juin dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), une analyse plus fine des données révèle une inquiétante recomposition de la violence. Selon le dernier rapport du Baromètre sécuritaire du Kivu, un projet de recherche indépendant qui suit en continu les incidents sécuritaires dans cette région, le groupe rebelle du M23 (Mouvement du 23 mars) serait redevenu la principale source de violences contre les civils, dépassant d’autres groupes armés historiquement actifs.

Une baisse globale trompeuse des incidents

Le Baromètre sécuritaire du Kivu, cité par RFI, indique que le nombre total d’incidents sécuritaires a reculé en juin dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri. Cette tendance, a priori positive, pourrait toutefois masquer une réalité plus complexe. En effet, la diminution des affrontements directs entre factions armées ne signifierait pas une pacification du territoire, mais plutôt une mutation des modes opératoires des groupes armés. Les violences, bien que moins fréquentes en nombre, seraient devenues plus ciblées et plus meurtrières pour les populations civiles, notamment dans les zones rurales et les périphéries des grandes villes comme Goma.

Le rapport souligne que cette baisse apparente pourrait également résulter d’une stratégie délibérée de certains groupes de réduire leur visibilité militaire tout en maintenant une pression constante sur les communautés locales. Les déplacements forcés, les exactions et les enlèvements continueraient d’alimenter une crise humanitaire déjà catastrophique, avec plus de 6,5 millions de personnes déplacées dans l’est du pays, selon les données des Nations unies.

Le M23, une résurgence meurtrière

Le M23, qui avait connu une accalmie relative après sa défaite militaire en 2013, a connu une résurgence spectaculaire depuis fin 2021. Selon les analyses du Baromètre sécuritaire du Kivu, ce groupe armé, soutenu selon plusieurs rapports de l’ONU par le Rwanda voisin (ce que Kigali dément), serait désormais responsable de la majorité des violences documentées contre les civils en juin. Les attaques, souvent menées dans les territoires de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo, viseraient aussi bien les villages que les axes routiers stratégiques.

Le rapport précise que le M23 aurait intensifié ses opérations de représailles contre les populations accusées de collaborer avec les Forces armées de la RDC (FARDC) ou les groupes d’autodéfense locaux. Des témoignages recueillis par les chercheurs du Baromètre évoquent des exécutions sommaires, des pillages systématiques et des violences sexuelles utilisées comme arme de guerre. Cette recrudescence intervient alors que les processus de paix régionaux, notamment la feuille de route de Luanda et le processus de Nairobi, peinent à aboutir à un cessez-le-feu durable.

L’expansion des ADF vers de nouvelles zones

Parallèlement à la résurgence du M23, le rapport met en lumière une dynamique inquiétante du côté des Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé d’origine ougandaise actif dans la région depuis les années 1990. Les ADF, qui avaient concentré leurs activités dans le territoire de Beni (Nord-Kivu) et en Ituri, seraient en train d’étendre leur influence vers des zones jusqu’alors épargnées, notamment dans le sud de la province du Nord-Kivu et le nord du Sud-Kivu.

Cette expansion géographique, documentée par le Baromètre sécuritaire, semblerait liée à la pression militaire conjointe des FARDC et de l’armée ougandaise dans le cadre de l’opération Shujaa. Face à cette pression, les ADF auraient fragmenté leurs cellules et dispersé leurs combattants dans des zones moins surveillées, rendant leur traque plus difficile. Les civils de ces nouvelles zones, souvent dépourvus de protection militaire, seraient particulièrement vulnérables aux enlèvements, aux extorsions et aux massacres ciblés.

Le rapport note également que les ADF entretiendraient des liens complexes avec d’autres groupes armés locaux, parfois pour des alliances tactiques, parfois pour un partage de ressources. Cette recomposition des alliances pourrait compliquer davantage les efforts de stabilisation menés par la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) et les forces régionales de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC). La situation sécuritaire dans l’est de la RDC, bien que moins intense en volume d’incidents, demeure ainsi extrêmement volatile et préoccupante pour les populations civiles, prises en étau entre plusieurs groupes armés aux stratégies en mutation.