Équateur: en quête de popularité, le président fait baisser le prix de la bière pour la Coupe du monde

Équateur : le pari risqué de Daniel Noboa sur le prix de la bière pour doper sa popularité En Équateur, alors que la popularité du président Daniel Noboa vacill
Équateur : le pari risqué de Daniel Noboa sur le prix de la bière pour doper sa popularité
En Équateur, alors que la popularité du président Daniel Noboa vacille face à une crise sécuritaire et économique persistante, le chef de l’État a annoncé une mesure choc à quelques semaines de la Coupe du monde de football 2026. Selon des informations rapportées par RFI, le président a décidé de supprimer temporairement un impôt sur la bière et les boissons alcoolisées de plus de 5 degrés, et ce, jusqu’à la fin du tournoi. Une décision qui, si elle pourrait ravir les consommateurs équatoriens, interroge sur ses véritables motivations électoralistes et son impact réel sur le pouvoir d’achat.
Une mesure fiscale ciblée en pleine campagne implicite
La fin d’une taxe sur l’alcool fort
La mesure annoncée par Daniel Noboa porte sur la suppression d’un impôt spécifique frappant la bière et les boissons titrant plus de 5 degrés d’alcool. D’après des sources gouvernementales citées par RFI, cette exemption s’appliquerait jusqu’à la conclusion de la Coupe du monde, prévue pour juillet 2026. L’objectif affiché serait de permettre une baisse du prix de la bière pour les consommateurs, dans un contexte où l’inflation et la hausse du coût de la vie pèsent lourdement sur les ménages équatoriens. Cette décision intervient alors que le pays traverse une période de turbulences politiques, marquée par une érosion de la confiance envers l’exécutif. Le président Noboa, élu en 2023 sur un programme de lutte contre la criminalité et de relance économique, chercherait ainsi à regagner une base électorale fragilisée par des résultats mitigés sur le front de la sécurité.
Un timing politique qui interroge
Le choix du moment n’est pas anodin. En liant une mesure fiscale à un événement sportif mondial, le président équatorien semble vouloir capitaliser sur la ferveur populaire autour du football. La Coupe du monde est en effet un moment de rassemblement national, où la consommation de bière augmente traditionnellement. En supprimant un impôt sur ce produit, Noboa espère probablement créer un effet d’aubaine psychologique, même si l’impact réel sur le prix final reste incertain. Selon des analystes politiques, cette initiative pourrait être perçue comme un geste populiste visant à détourner l’attention des problèmes structurels du pays, notamment la violence liée aux gangs et la stagnation économique. Cependant, la mesure pourrait aussi être interprétée comme une tentative de séduire les classes populaires et les jeunes, segments clés de l’électorat.
Un impact économique immédiat à nuancer
Une baisse de prix pas forcément automatique
Si la suppression de l’impôt est une réalité administrative, sa traduction directe sur les étiquettes des supermarchés et des bars équatoriens n’est pas garantie. En effet, les brasseurs et les distributeurs pourraient ne pas répercuter intégralement cette baisse d’impôt sur le consommateur final, préférant améliorer leurs marges. Selon des experts économiques, le marché de la bière en Équateur est fortement concentré, dominé par quelques grands groupes qui fixent leurs prix en fonction de leurs stratégies commerciales. Par ailleurs, d’autres coûts (transport, distribution, TVA) continuent de peser sur le prix final. De nombreux consommateurs pourraient donc ne pas constater de différence significative à la caisse, ce qui réduirait l’efficacité politique de la mesure. Le gouvernement, de son côté, n’a pas précisé de mécanisme de contrôle pour s’assurer que la baisse d’impôt bénéficie bien aux acheteurs.
Un manque à gagner pour les finances publiques
En contrepartie, cette décision représente un manque à gagner pour le budget de l’État équatorien, déjà sous pression. La taxe supprimée constituait une source de revenus non négligeable, et son abolition, même temporaire, pourrait creuser le déficit public. Selon des estimations d’économistes locaux, le coût de cette mesure se chiffrerait en millions de dollars. Dans un pays où les dépenses sécuritaires et sociales sont élevées, ce choix fiscal pourrait être critiqué par les opposants politiques, qui y verront un cadeau fait aux industriels de l’alcool plutôt qu’une aide directe aux plus vulnérables. Le président Noboa devra donc gérer l’équation délicate entre la quête de popularité à court terme et la soutenabilité des finances publiques à moyen terme.
Une stratégie risquée dans un climat politique tendu
Un pari sur l’émotion collective
Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de reconquête de l’opinion. Le football étant un vecteur d’unité nationale, associer son nom à une fête populaire pourrait renforcer l’image de Daniel Noboa comme un président proche des préoccupations quotidiennes. Cependant, cette approche comporte des risques. Si les consommateurs ne constatent pas de baisse réelle des prix, la manœuvre pourrait se retourner contre lui, renforçant le sentiment que le gouvernement est déconnecté des réalités. Par ailleurs, la question de la santé publique n’est pas à négliger : en réduisant le coût des boissons alcoolisées, le gouvernement pourrait indirectement encourager une consommation excessive, dans un pays où les problèmes d’alcoolisme ne sont pas inexistants.
Une opposition qui guette
Les adversaires politiques de Daniel Noboa n’ont pas tardé à réagir. Certains dénoncent une mesure électoraliste et irresponsable, tandis que d’autres pointent du doigt l’absence de consultation des acteurs économiques et sociaux. Le débat sur l’efficacité de cette politique devrait animer la scène politique équatorienne dans les semaines à venir. Alors que la Coupe du monde approche, le gouvernement mise sur un effet d’entraînement psychologique, mais l’issue de ce pari reste incertaine. L’Équateur, pays où le football est une passion nationale, pourrait bien être le théâtre d’une expérience politique inédite, où le prix de la bière devient un enjeu de pouvoir