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Envies suicidaires, pénurie d’eau, santé mentale... La vie à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln, déployé au Moyen-Orient, suscite de vives inquiétudes

Une · · Par Claire BERNARD

Envies suicidaires, pénurie d’eau, santé mentale... La vie à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln, déployé au Moyen-Orient, suscite de vives inquiétudes

Deux cent soixante-sept jours. C’est la durée, quasi inédite, du déploiement du porte-avions nucléaire USS Abraham Lincoln et de ses quelque 5 000 marins dans l

Deux cent soixante-sept jours. C’est la durée, quasi inédite, du déploiement du porte-avions nucléaire USS *Abraham Lincoln* et de ses quelque 5 000 marins dans les eaux du Moyen-Orient. Alors que la mission, initialement prévue pour s’achever en mai, s’étire dans le cadre des opérations américaines contre l’Iran, des témoignages alarmants sur la santé mentale de l’équipage, évoquant notamment des envies suicidaires et une pénurie d’eau potable, ont été relayés par la presse américaine et ont saisi les élus du Congrès. ### Un déploiement prolongé qui interroge Appareillé de sa base de San Diego le 21 novembre, le bâtiment de guerre devait initialement rentrer au port au mois de mai. Or, selon les informations rapportées par *Le Figaro*, le conflit entre Washington et Téhéran, déclenché avec l’opération « Epic Fury » le 28 février dernier, a bouleversé le calendrier. Les négociations piétinant, le groupe aéronaval a vu sa mission prolongée sine die, portant l’absence des marins à près de neuf mois. Cette situation, décrite comme « inédite » par plusieurs observateurs, soulève la question des limites physiologiques et psychologiques des équipages de la marine américaine, d’autant plus que le rythme des opérations en mer Rouge et dans le golfe d’Oman ne faiblit pas. Selon des témoignages recueillis par des médias américains, certains marins auraient « tenté de se jeter par-dessus bord ». Si ces affirmations ne sont pas officiellement confirmées par le Pentagone, elles s’ajoutent à une litanie de plaintes concernant les conditions de vie à bord. Des problèmes d’approvisionnement en eau potable auraient également été signalés, contraignant l’équipage à des rationnements stricts. Ces éléments, s’ils étaient vérifiés, mettraient en lumière une dégradation significative des conditions de vie sur un navire pourtant conçu pour des missions longues, mais rarement à une telle intensité et sur une telle durée. ### La pression politique monte sur l’Administration Face à ces révélations, la classe politique américaine commence à réagir. Dans une lettre adressée le 12 août au secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, et au secrétaire de la Marine, Hung Cao, le sénateur démocrate du Connecticut, Richard Blumenthal, a exprimé ses « profondes préoccupations concernant l’allongement croissant des déploiements des groupes aéronavals ». Le parlementaire demande des comptes sur la gestion des ressources humaines et sur les mesures prises pour préserver la santé mentale des troupes. Cette initiative intervient alors que les familles des marins, de plus en plus organisées, multiplient les prises de parole publiques pour réclamer un retour des bâtiments à quai. L’Administration Trump, pour sa part, balaie ces accusations. Selon des sources proches du dossier citées par *Le Figaro*, les responsables militaires affirment que « le moral est bon » et que « toutes les difficultés logistiques ont été résolues ». Une version des faits qui contraste fortement avec les récits des marins et de leurs proches, créant un fossé de confiance grandissant. Il semblerait que la communication officielle cherche à minimiser l’impact d’un déploiement qui s’éternise, dans un contexte électoral où la gestion du conflit iranien est devenue un enjeu majeur. ### Un précédent historique lourd de conséquences Cette situation rappelle les dérives observées lors de la guerre du Vietnam ou plus récemment lors des longues rotations en Afghanistan, où l’usure des troupes avait fini par peser lourdement sur l’efficacité opérationnelle. Les spécialistes de la santé militaire soulignent que le stress post-traumatique et l’épuisement peuvent entraîner des erreurs de jugement fatales sur un navire de guerre, où la moindre défaillance technique ou humaine peut avoir des conséquences catastrophiques en zone de combat. La question de la rotation des équipages, pourtant une doctrine établie de l’US Navy, semble ici mise à mal par les impératifs géopolitiques. Alors que les négociations entre Washington et Téhéran semblent dans l’impasse, la question du retour de l’USS *Abraham Lincoln* demeure posée. Le secrétaire à la Défense n’a, à ce jour, communiqué aucune date de relève. Pour les 5 000 marins à bord, chaque jour supplémentaire accroît la pression psychologique. Les élus, de leur côté, menacent de convoquer des auditions publiques si des réponses concrètes ne sont pas apportées rapidement. L’issue de ce déploiement pourrait bien devenir un test majeur pour la gestion des ressources humaines militaires de l’ère Trump, et un indicateur de la soutenabilité à long terme de l’engagement américain dans la région.