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"En France, on n'accepte pas l'inflation, on est en train de tuer l'agroalimentaire": le patron des industriels répond à Leclerc et alerte sur le décrochage français face à l'Italie et l'Espagne

Economie · · Par Julie MOREAU

L'industrie agroalimentaire française traverse une zone de turbulence inédite. Selon les résultats de l'Observatoire du commerce extérieur agricole et alimentai

L'industrie agroalimentaire française traverse une zone de turbulence inédite. Selon les résultats de l'Observatoire du commerce extérieur agricole et alimentaire publiés mardi par le Centre national pour la promotion des produits agricoles et alimentaires (CNPA), la France, quatrième exportateur mondial de produits alimentaires transformés, se voit de plus en plus talonnée par ses concurrents européens, l'Italie et l'Espagne en tête. Sa balance commerciale agroalimentaire, au plus bas depuis cinquante ans en 2025, peine à se relever. Un constat qui pousse Jean-François Loiseau, président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), à appeler à un sursaut, alors que s'ouvre samedi à Paris le Salon international de l'alimentation (Sial). ## Une pression déflationniste de quinze ans Interrogé par BFM Business, Jean-François Loiseau dresse un diagnostic sans concession. « Depuis 15 ans en France, l'agroalimentaire subit de la déflation tous les ans », affirme-t-il. Les seules exceptions, rappelle-t-il, ont été les deux années de guerre en Ukraine, lorsqu'il a fallu répercuter les hausses des matières premières. Cette pression permanente affaiblit les entreprises du secteur, qui peinent à reconstituer leurs marges. Et le contexte actuel n'arrange rien : la guerre au Moyen-Orient fait exploser les prix de l'énergie et des emballages, deux postes de coûts structurants pour les industriels. ## Le bras de fer avec la grande distribution Le débat sur les prix s'est invité cette semaine dans les négociations commerciales à venir. Michel-Édouard Leclerc, patron des enseignes du même nom, a prévenu que les industriels allaient « demander des augmentations de leurs tarifs bien supérieures à 4% ». Une mise en garde qui fait écho aux appels des distributeurs à étaler l'inflation, en particulier vis-à-vis des multinationales. La réponse du président de l'Ania est directe : « En France, on n'accepte pas l'inflation. Mais si on ne peut pas répercuter les charges sociales, l'énergie, les taxes, les entreprises meurent. » Selon lui, le refus persistant de répercuter ces coûts menace directement la survie d'une filière déjà fragilisée. ## Un décrochage face à l'Italie et l'Espagne Au-delà de la question des prix, c'est la compétitivité française à l'export qui inquiète. Quatrième exportateur mondial de produits transformés, la France voit ses positions grignotées par ses voisins du Sud. Une présence faible à l'export comme au Sial, le plus grand rendez-vous mondial du secteur, illustre ce recul. L'Italie et l'Espagne, elles, gagnent du terrain sur les marchés internationaux, portées par des stratégies de valorisation de leurs produits et une meilleure acceptation de la répercussion des coûts dans les prix de vente. Ce différentiel de compétitivité interroge la capacité de la France à défendre ses parts de marché dans un commerce mondial de plus en plus disputé. ## Un sursaut attendu Pour Jean-François Loiseau, l'équation est simple : sans possibilité de répercuter les charges sociales, l'énergie et les taxes, les entreprises du secteur ne pourront pas tenir. Le rendez-vous du Sial, qui ouvre samedi à Paris, constitue une vitrine autant qu'un test pour une filière qui emploie des centaines de milliers de salariés et pèse lourd dans la balance commerciale du pays. Reste à savoir si le message du patron des industriels sera entendu par les distributeurs et par les pouvoirs publics, alors que les négociations commerciales sur les grandes marques s'annoncent particulièrement tendues.