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Affaire Lyhanna : la colère est «très mauvaise conseillère», prévient le président de la conférence nationale des procureurs Alors que l’émotion suscitée par l’
Affaire Lyhanna : la colère est «très mauvaise conseillère», prévient le président de la conférence nationale des procureurs
Alors que l’émotion suscitée par l’affaire Lyhanna ne retombe pas, le président de la conférence nationale des procureurs a tenu à mettre en garde contre les risques d’une réaction purement émotionnelle. « La colère est très mauvaise conseillère », a-t-il déclaré, dans un contexte de tensions croissantes entre l’opinion publique et l’institution judiciaire. Ce lundi 8 juin 2026, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a convoqué les procureurs généraux des 36 cours d’appel de France pour une « réunion de travail » programmée à 8h30, visant à faire le point sur le traitement judiciaire des violences faites aux mineurs.
Une réunion d’urgence sous haute tension
Selon des informations rapportées par Le Figaro, cette réunion intervient dans un climat particulièrement tendu, marqué par la tenue d’une marche blanche à Fleurance, dans le Gers, le dimanche 7 juin. La mobilisation citoyenne, organisée en hommage à la jeune Lyhanna, a rassemblé plusieurs centaines de personnes, témoignant d’une indignation croissante face à ce que certains dénoncent comme une « impunité » des auteurs de violences sexuelles sur mineurs. Le président de la conférence nationale des procureurs a ainsi cherché à tempérer les ardeurs, estimant que la pression médiatique et populaire ne devait pas dicter l’action judiciaire. « Il faut que la justice puisse travailler sereinement, sans être soumise à la pression des réseaux sociaux ou des mouvements d’opinion », a-t-il souligné, appelant à une « approche rationnelle et méthodique » des dossiers.
Les critiques d’Edouard Durand sur le « déni institutionnel »
Parallèlement, l’ancien président de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), Edouard Durand, a livré une analyse particulièrement sévère de la situation. Au micro de France Inter ce lundi matin, il a estimé que l’affaire Lyhanna révélait un « déni extrêmement puissant dans la société et dans le fonctionnement des institutions ». Pour le juge, les pédocriminels ne sont pas de simples délinquants mais « des tueurs, avec une stratégie », capables de faire « jusqu’à 150 enfants victimes, ou aller jusqu’à commettre 2 000 viols ». Il a également interpellé directement le ministère public : « Comment expliquer que plus des deux-tiers des plaintes aboutissent à un classement sans suite au motif que l’infraction est insuffisamment caractérisée ? », s’est-il interrogé, pointant du doigt un système qui, selon lui, peinerait à prendre la mesure de la « grande criminalité » que constituent les violences sexuelles.
Les enjeux d’une réforme judiciaire en perspective
Au-delà de la gestion de l’émotion immédiate, cette réunion des procureurs généraux pourrait poser les jalons d’une réforme plus profonde du traitement judiciaire des affaires de violences sur mineurs. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, serait notamment attendu sur des annonces concernant le renforcement des moyens d’enquête, la spécialisation des magistrats et l’amélioration du recueil de la parole des enfants victimes. D’après des sources proches du dossier, le taux de classement sans suite, qui dépasse les 66 % dans certaines juridictions, serait au cœur des discussions. Le président de la conférence nationale des procureurs a toutefois rappelé que toute réforme devait se faire « dans le respect du contradictoire et des droits de la défense », afin de ne pas tomber dans une « justice d’exception » qui pourrait fragiliser les garanties fondamentales du procès équitable. L’issue de cette réunion pourrait ainsi déterminer la capacité de l’institution judiciaire à répondre à la fois à l’exigence de fermeté réclamée par l’opinion et à la nécessité de préserver l’indépendance et la sérénité de la Justice.