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"En 43 ans, c'est la première fois que je vendange en juillet": en Occitanie, le changement climatique transforme les cultivateurs de vignes en "cultivateurs d'eau"

Economie · · Par Julie MOREAU

# Vendanges en juillet en Occitanie : quand les viticulteurs deviennent des "cultivateurs d'eau" Les records de chaleur qui s'enchaînent depuis des mois à l'est

# Vendanges en juillet en Occitanie : quand les viticulteurs deviennent des "cultivateurs d'eau" Les records de chaleur qui s'enchaînent depuis des mois à l'est de l'Occitanie bouleversent le calendrier traditionnel des vendanges. Pour la première fois en 43 ans de métier, certains viticulteurs de l'Aude et des Pyrénées-Orientales ont commencé leurs récoltes fin juillet, une anomalie qui illustre l'ampleur du dérèglement climatique et la course à l'adaptation que mènent les exploitations face au manque d'eau. ## Une précocité historique qui bouscule les habitudes Alain Gleyzes, viticulteur à La Palme (Aude) et président de l'appellation Fitou, a entamé ses vendanges le 30 juillet dernier, de nuit, pour récolter du raisin muscat petit grain destiné à l'élaboration d'un vin blanc pétillant. "C'est plus qu'exceptionnel, il y a quand même 43 ans que je suis dans la vigne, c'est la première fois de ma vie que je vendange au mois de juillet", témoigne-t-il. Le choix de travailler de nuit n'est pas anodin : il permet de préserver la fraîcheur du raisin et de limiter l'évaporation, mais surtout d'offrir des conditions de travail supportables aux équipes de vendangeurs. Le phénomène ne se limite pas à un seul exploitant. Sur les coteaux de Narbonne, le domaine Lalaurie, porté par les sœurs jumelles Camille et Audrey, dixième génération de viticulteurs, s'apprête également à vendanger avec dix jours d'avance sur son calendrier habituel. "Il y a 20 ans, c'était autour du 25 août", rappelle Camille. Plus au sud, dans les Pyrénées-Orientales, le domaine Lafage a donné le coup d'envoi de ses récoltes vers le 24-25 juillet, avec une précocité estimée entre une semaine et dix jours par rapport aux habitudes de la maison. ## Une sécheresse dévastatrice pour le capital végétal Cette avance dans le calendrier n'est pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe de mois de températures records et d'une aridité sans précédent. "La vigne a poussé très tôt, dès mars", constate Camille Lalaurie, illustrant un cycle végétatif accéléré par la chaleur. Mais le véritable drame se joue dans les sols, où la ressource en eau se fait cruellement rare. Alain Gleyzes a dû se résoudre à une décision douloureuse : arracher fin 2025 une vingtaine d'hectares sur les plus de soixante que compte son exploitation, après deux années d'aridité aiguë. "On a perdu 30% du capital végétal mort de sécheresse, j'avais jamais connu ça non plus de ma vie", confie-t-il. Un chiffre qui donne la mesure des dégâts : près d'un tiers du vignoble de ce domaine du littoral méditerranéen a succombé au manque d'eau, une hécatombe silencieuse qui fragilise durablement la pérennité des exploitations. ## La gestion de l'eau, nouveau cœur du métier Face à cette réalité, le métier de viticulteur se transforme en profondeur. Les producteurs d'Occitanie ne se contentent plus de cultiver la vigne : ils doivent désormais gérer chaque goutte d'eau comme une ressource précieuse et stratégique. L'irrigation, autrefois marginale dans une région où la vigne était réputée pour sa résistance à la sécheresse, devient un enjeu central. Les vendanges nocturnes, l'adaptation des cépages, la replantation de variétés plus résistantes ou encore la modification des techniques culturales font partie des pistes explorées par les professionnels. Le domaine Lafage, qui a débuté ses récoltes avec une précocité record, illustre cette nouvelle donne : chaque décision, du choix du moment de la récolte à la gestion des sols, doit désormais intégrer la contrainte climatique. Les vendanges de juillet, autrefois impensables, pourraient bien devenir une nouvelle normalité pour les viticulteurs d'Occitanie. La question n'est plus de savoir si le climat change, mais comment les exploitations pourront survivre à cette transformation accélérée de leur environnement, et à quel prix pour la qualité et la typicité des vins de la région.