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Emmanuel Lechypre face à Raphaël Legendre : Corée, faut-il faire payer les robots ? - 13/05

Economie · · Par Julie MOREAU

Emmanuel Lechypre face à Raphaël Legendre : Corée, faut-il faire payer les robots ? - 13/05

## L'essentiel Le débat sur la taxation des robots, soulevé par Emmanuel Lechypre et Raphaël Legendre dans l'émission diffusée sur BFM Business le 13 mai, illus

L'essentiel

Le débat sur la taxation des robots, soulevé par Emmanuel Lechypre et Raphaël Legendre dans l'émission diffusée sur BFM Business le 13 mai, illustre une question cruciale à l'ère de l'automatisation croissante : faut-il imposer des taxes sur les robots pour compenser la perte d'emplois humains et générer des revenus pour l'État ?

Contexte de la discussion

Ce débat sur le financement public fait écho à la stratégie d'investissement de la SNCF en Bretagne, où l'augmentation de l'offre ferroviaire nécessite des ressources fiscales.

Cette interrogation sur la taxation des robots fait écho à la baisse des recettes fiscales sur les carburants, un autre exemple de l'impact des mutations économiques sur les finances publiques.

La montée en puissance de l'automatisation et de la robotique a suscité des inquiétudes quant à son impact sur l'emploi. Selon une étude du McKinsey Global Institute, environ 375 millions de travailleurs dans le monde pourraient être concernés par une transition vers des emplois automatisés d'ici 2030. Ce phénomène pourrait créer des déséquilibres économiques, en augmentant le taux de chômage et en réduisant les contributions fiscales des travailleurs. Face à cette réalité, la question de la taxation des robots est devenue un sujet de débat.

Arguments en faveur de la taxation des robots

  1. Compensation des pertes d'emplois : Lechypre a soutenu que si les robots remplacent les travailleurs humains, il est juste que les entreprises qui en bénéficient contribuent financièrement à l'État. Cela pourrait aider à financer des programmes de reconversion professionnelle ou des aides aux chômeurs. Les recettes fiscales générées pourraient permettre de compenser les pertes d'emploi dues à l'automatisation, tout en soutenant les travailleurs affectés.

  2. Équité fiscale : Legendre a fait valoir qu'une taxation des robots pourrait également contribuer à une plus grande équité fiscale. En effet, les entreprises qui investissent massivement dans l'automatisation pourraient voir leurs bénéfices augmenter, mais sans que cela ne se traduise par une augmentation correspondante des impôts. Taxer les robots pourrait donc permettre de rétablir un équilibre.

  3. Soutien à l'innovation : Une autre approche consiste à taxer les robots pour réinvestir ces fonds dans la recherche et le développement. Une telle stratégie pourrait encourager l'innovation tout en compensant les effets négatifs de l'automatisation sur le marché du travail.

Arguments contre la taxation des robots

  1. Frein à l'innovation : Les opposants à la taxation des robots, comme Legendre, craignent que cela n'entrave l'innovation. Taxer les robots pourrait décourager les entreprises d'investir dans de nouvelles technologies, ralentissant ainsi la progression économique. Dans un contexte de mondialisation, où la concurrence est féroce, cela pourrait également nuire à la compétitivité des entreprises françaises sur le marché international.

  2. Complexité de la mise en œuvre : Définir ce qu'est un robot et comment le taxer pourrait s'avérer complexe. Les entreprises utilisent des technologies variées, et une taxation mal conçue pourrait entraîner des abus ou des contournements. Cela soulève des questions sur la manière dont les gouvernements peuvent administrer une telle taxe de manière juste et efficace.

  3. Conséquences sur l'emploi : Certains experts estiment que plutôt que de taxer les robots, il serait plus judicieux de se concentrer sur la formation des travailleurs pour les préparer à des emplois qui nécessitent des compétences que les robots ne peuvent pas remplacer. Cela pourrait s'avérer plus bénéfique à long terme pour l'économie.

Le modèle coréen

La Corée du Sud a été mentionnée comme un exemple de pays où la robotisation est en plein essor. Selon les données de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Corée du Sud a l'un des taux de robotisation les plus élevés au monde, avec environ 855 robots pour 10 000 travailleurs. Cette situation a conduit à des discussions sur la nécessité d'une taxation des robots, bien que le gouvernement sud-coréen ait jusqu'à présent évité d'imposer une telle taxe, privilégiant plutôt des politiques incitatives pour encourager l'innovation.

Conclusion

Le débat sur la taxation des robots soulève des questions complexes et variées. Si certains estiment qu'il s'agit d'une mesure nécessaire pour compenser la perte d'emplois et assurer une équité fiscale, d'autres craignent qu'elle n'entrave l'innovation et la compétitivité. À l'heure où la robotisation continue d'évoluer, il est crucial que les décideurs politiques évaluent soigneusement les implications de telles mesures. La solution pourrait résider dans un équilibre entre taxation, soutien à l'innovation et formation des travailleurs, afin de répondre aux défis posés par l'automatisation.

Contexte

La controverse sur la taxation des robots ne surgit pas ex nihilo. Elle s'inscrit dans une séquence historique marquée par l'accélération des mutations technologiques depuis la fin des années 2000, avec l'essor de l'intelligence artificielle et de l'automatisation industrielle. Le débat, bien que relancé par les chroniqueurs de BFM Business, trouve ses racines dans des propositions formulées dès 2017 par des économistes comme Bill Gates, qui suggérait une "taxe robot" pour ralentir le rythme de l'automatisation et financer la protection sociale.

Sur le plan géographique, la référence à la Corée du Sud n'est pas anodine. Ce pays, qui compte parmi les nations les plus robotisées au monde, constitue un laboratoire pour observer les effets de l'automatisation sur le marché du travail. Son choix de ne pas imposer de taxe spécifique, au profit de subventions à l'innovation, contraste avec les approches plus interventionnistes envisagées ailleurs, notamment en Europe.

Sur la scène politique française, la question a été abordée à plusieurs reprises sans jamais aboutir à une législation concrète. En 2018, un rapport parlementaire sur l'impact de la robotisation sur l'emploi avait évoqué la piste d'une contribution assise sur la valeur ajoutée des équipements automatisés, sans suite. Les positions restent clivées : la gauche y voit un instrument de justice sociale, tandis que la droite et le patronat y perçoivent un frein à la compétitivité.

Le contexte macroéconomique actuel, marqué par des tensions sur les finances publiques et une inflation persistante, rend cette discussion d'autant plus sensible. La baisse des recettes fiscales liées aux carburants, évoquée dans l'article, illustre la nécessité pour l'État de trouver de nouvelles sources de financement face à des transitions qui érodent les bases fiscales traditionnelles.

Analyse

La proposition de taxer les robots soulève une tension fondamentale entre deux logiques économiques. D'un côté, une approche redistributive qui vise à corriger les déséquilibres créés par l'automatisation : si les machines remplacent les travailleurs, elles doivent contribuer au financement des filets de sécurité sociale. De l'autre, une logique de compétitivité qui considère que toute taxe supplémentaire pénalise l'investissement dans un secteur clé pour la croissance future.

Cette opposition n'est pas nouvelle. Elle rappelle les débats du XIXe siècle autour de la mécanisation, où les luddites s'opposaient à l'introduction des métiers à tisser. Mais la différence de nature est sensible : là où la machine industrielle augmentait la productivité humaine, les robots et l'IA tendent à substituer purement et simplement le travail humain dans certaines tâches.

Un point souvent négligé dans la discussion est la définition même de ce qu'est un "robot". Faut-il taxer uniquement les bras mécaniques dans les usines, ou également les logiciels d'automatisation des processus, les algorithmes de trading, les chatbots ? Une définition trop large risquerait de freiner l'innovation dans des secteurs entiers, tandis qu'une définition trop étroite créerait des niches d'évitement fiscal.

Par ailleurs, la taxation des robots pourrait avoir des effets pervers. En augmentant le coût du capital automatisé, elle pourrait inciter les entreprises à délocaliser leur production vers des pays où la main-d'œuvre est moins chère, ce qui irait à l'encontre de l'objectif de protection de l'emploi local. Une analyse coût-bénéfice rigoureuse serait nécessaire pour évaluer l'impact net d'une telle mesure.

Enfin, le précédent coréen mérite d'être examiné avec prudence. Si la Corée du Sud n'a pas instauré de taxe robot, elle a mis en place un système de formation professionnelle intensive et de soutien à la reconversion. Ce modèle suppose un investissement public massif, que tous les pays ne sont pas en mesure de financer.

Implications

À court terme, le débat relancé par Lechypre et Legendre pourrait influencer les positions des candidats aux prochaines élections législatives ou présidentielles. Si la question de la taxation des robots n'est pas encore centrale dans le débat public, elle pourrait le devenir à mesure que les effets de l'automatisation se feront sentir sur le marché du travail. On peut s'attendre à ce que des think tanks et des syndicats produisent des études chiffrées sur le sujet dans les mois à venir.

Pour les entreprises, l'incertitude réglementaire constitue un risque. Les sociétés qui investissent dans l'automatisation pourraient être tentées de ralentir leurs projets en attendant de connaître le cadre fiscal applicable. À l'inverse, les secteurs où la main-d'œuvre est abondante et peu qualifiée pourraient voir leur compétitivité se dégrader si aucune mesure de compensation n'est prise.

À moyen terme, plusieurs scénarios sont envisageables. Le premier serait l'adoption d'une taxe modulée, indexée sur le degré de substitution des emplois, afin de cibler les secteurs les plus touchés sans pénaliser l'innovation. Le deuxième serait la mise en place d'un mécanisme de "crédit d'impôt formation" : les entreprises qui automatisent devraient consacrer une partie de leurs gains à la formation de leurs salariés. Le troisième, plus radical, consisterait à réformer en profondeur le système de protection sociale en le déconnectant du travail salarié, via un revenu universel financé par une taxe sur l'automatisation.

Quelle que soit l'option retenue, elle devra s'inscrire dans une coordination internationale pour éviter les distorsions de concurrence. L'Union européenne pourrait jouer un rôle moteur, comme elle l'a fait pour la taxation des géants du numérique.

Pour aller plus loin

La question de la taxation des robots ouvre plusieurs pistes de réflexion qui mériteraient d'être approfondies. L'une d'elles concerne l'articulation entre automatisation et fiscalité écologique : pourrait-on imaginer une taxe carbone sur les robots pour inciter à des modes de production plus durables ? Une autre interroge le rôle des syndicats dans la négociation des conditions de l'automatisation, à l'image des accords conclus dans certains secteurs industriels allemands.

Sur le plan académique, les travaux de l'économiste Daron Acemoglu sur l'impact de l'automatisation sur les inégalités salariales constituent une référence incontournable. Les publications de l'OCDE et de la Banque mondiale sur l'avenir du travail offrent également des données comparatives précieuses. Enfin, le suivi des expérimentations menées dans des pays comme la Finlande ou le Canada, où des projets de revenu universel ont