Élues voilées contre «Je vous salue Marie» : à Ivry-sur-Seine, la laïcité à géométrie variable du maire communiste

Élues voilées contre «Je vous salue Marie» : à Ivry-sur-Seine, la laïcité à géométrie variable du maire communiste Le conseil municipal d’Ivry-sur-Seine a été l
Élues voilées contre «Je vous salue Marie» : à Ivry-sur-Seine, la laïcité à géométrie variable du maire communiste
Le conseil municipal d’Ivry-sur-Seine a été le théâtre d’un vif incident jeudi 11 juin, lorsque l’élu d’opposition Kevin Nader (RN) a récité la prière «Je vous salue Marie» en plein hémicycle pour protester contre la présence d’élues de la majorité portant le voile islamique. Le maire Philippe Bouyssou, membre du Parti communiste français, a suspendu la séance et promis de saisir le préfet, dénonçant une «provocation inacceptable». Cette séquence relance le débat sur l’application de la laïcité dans les assemblées locales, entre revendications d’interdiction du voile et accusations d’instrumentalisation politique.
Un amendement refusé et une prière en réaction
Selon des informations rapportées par Le Figaro, Kevin Nader, élu RN et collaborateur parlementaire du député Emmanuel Fouquart, avait déposé un amendement visant à réviser le règlement intérieur du conseil municipal pour interdire le port de signes religieux ostensibles, dont le voile, par les élues de la majorité. Cet amendement aurait été rejeté par la majorité communiste, conduisant l’élu à réciter la prière mariale «Je vous salue Marie» depuis son siège. Le maire Philippe Bouyssou aurait alors immédiatement suspendu la séance, qualifiant ce geste de «provocation» et annonçant son intention de saisir le préfet du Val-de-Marne pour faire cesser ce qu’il considère comme une atteinte à la dignité de l’assemblée.
Cette action intervient dans un contexte où, depuis le précédent mandat, deux élues de gauche siègent voilées au sein du conseil municipal d’Ivry-sur-Seine, sans que cela n’ait suscité, jusqu’à présent, de modification du règlement intérieur. La question de la laïcité dans les enceintes municipales reste un sujet sensible, d’autant plus que le Conseil d’État, dans une jurisprudence constante, rappelle que les élus locaux, contrairement aux agents publics, ne sont pas soumis à une obligation de neutralité religieuse stricte dans l’exercice de leur mandat, sous réserve de ne pas troubler l’ordre public.
Une laïcité «à géométrie variable» dénoncée par l’opposition
L’opposition municipale, notamment le groupe RN mais également certains élus de droite, dénonce une «laïcité à géométrie variable» de la part de la majorité communiste. Selon eux, le maire Philippe Bouyssou tolérerait le port du voile par ses propres élues tout en réprimant sévèrement une prière chrétienne prononcée par un élu d’opposition. Kevin Nader aurait justifié son geste en affirmant vouloir «défendre la laïcité» et «protester contre l’entrisme islamiste» dans les institutions locales. Il a également indiqué, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, que son amendement visait à «appliquer la même règle pour tous», en référence à l’interdiction des signes religieux dans les écoles publiques.
De son côté, le maire Philippe Bouyssou aurait rétorqué que la récitation d’une prière en séance constituait une «provocation intolérable» et une «atteinte à la laïcité», tout en justifiant le port du voile par les élues de sa majorité comme relevant de leur liberté individuelle et de leur mandat électif. Cette position, qui distingue entre le geste d’un élu d’opposition et la tenue vestimentaire d’élues de la majorité, alimente les critiques sur une application différenciée des principes républicains.
Une saisine du préfet aux implications juridiques incertaines
Philippe Bouyssou a annoncé son intention de saisir le préfet du Val-de-Marne pour faire constater le trouble à l’ordre public provoqué par la prière de Kevin Nader. Cette saisine pourrait déboucher sur une procédure disciplinaire ou une action en justice, bien que la qualification juridique exacte reste incertaine. La récitation d’une prière dans une enceinte municipale pourrait être considérée comme une violation du principe de neutralité des services publics, mais la jurisprudence tend à protéger la liberté d’expression des élus, sauf en cas de trouble manifeste.
Par ailleurs, la question du port du voile par des élues dans les assemblées locales n’a pas fait l’objet d’une décision claire du Conseil constitutionnel. Si la loi de 1905 interdit les signes religieux dans les bâtiments publics pour les agents de l’État, les élus, en tant que représentants du peuple, bénéficient d’une protection plus large de leur liberté religieuse. Cette affaire pourrait donc relancer le débat sur une éventuelle loi spécifique encadrant la tenue des élus dans les enceintes municipales, à l’image de ce qui existe déjà pour les agents publics.
Des précédents et une polarisation croissante
Ce n’est pas la première fois que la question du voile dans les conseils municipaux suscite des tensions en France. En 2020, une élue de la majorité à Grenoble avait été exclue de séance pour avoir refusé d’ôter son voile, provoquant une polémique nationale. Le Conseil d’État avait alors rappelé que le port du voile par une élue n’est pas, en soi, incompatible avec l’exercice de son mandat, mais que le maire peut prendre des mesures pour garantir le bon déroulement des séances.
À Ivry-sur-Seine, cette affaire illustre la polarisation croissante autour de la laïcité, utilisée comme un outil politique par les différentes parties. D’un côté, l’opposition RN instrumentalise la question pour dénoncer un supposé «communautarisme» de la gauche ; de l’autre, la majorité communiste défend une laïcité «ouverte» qui tolère les signes religieux discrets, tout en réprimant ce qu’elle considère comme des provocations. Le préfet du Val-de-Marne devra trancher entre ces deux interprétations, dans un contexte