Elles pourraient polluer autant que l'Espagne: les géants de la tech installent leurs propres centrales à gaz à côté d'une soixantaine de data centers et dopent le retour aux énergies fossiles

# Les géants de la tech se tournent vers le gaz : des centrales privées qui pourraient émettre autant que l'Espagne Face à l'explosion des besoins électriques g
# Les géants de la tech se tournent vers le gaz : des centrales privées qui pourraient émettre autant que l'Espagne
Face à l'explosion des besoins électriques générés par l'intelligence artificielle, les géants américains de la technologie construisent désormais leurs propres centrales à gaz pour alimenter leurs centres de données. Portée par Amazon, Meta ou encore xAI, cette dynamique inquiète fortement les défenseurs de l'environnement : aux États-Unis, une soixantaine de projets de ce type sont en préparation, menaçant de générer plus de 200 millions de tonnes de CO₂ par an, selon des données relayées par BFM Business.
## Une capacité équivalente à la production électrique totale du Mexique
### Des infrastructures dédiées, déconnectées du réseau électrique
Selon une analyse réalisée par le cabinet Cleanview et consultée par l'AFP, une soixantaine de centres de données avec centrales électriques dédiées doivent être construits dans les années à venir sur le territoire américain. Ces installations représenteraient, à elles seules, la capacité de production électrique totale du Mexique. Particularité notable : aucun de ces sites ne sera connecté au réseau électrique public. Les entreprises technologiques choisissent ainsi l'autonomie énergétique complète, une stratégie qui leur permet de sécuriser leur approvisionnement face à la croissance exponentielle de la demande en calcul intensif liée au développement de l'IA.
Cette solution, qualifiée de "hâtive" par les observateurs, marque un tournant dans la stratégie énergétique des grandes firmes de la Silicon Valley. Longtemps présentées comme des championnes de la transition écologique, ces entreprises privilégient désormais la rapidité d'exécution à la durabilité environnementale. Les délais de construction d'une centrale à gaz sont en effet nettement plus courts que ceux d'un parc solaire ou éolien, et la production reste constante, indépendamment des conditions météorologiques.
## Des émissions comparables à celles de pays entiers
### L'équivalent de 45 millions de voitures chaque année
Les implications climatiques de ces projets sont considérables. Selon les calculs communiqués à l'AFP par l'Union of Concerned Scientists et le Natural Resources Defense Council, ces centrales construites spécialement pour les data centers pourraient facilement dépasser les 200 millions de tonnes d'émissions de dioxyde de carbone par an. Ce chiffre dépendra toutefois du nombre de turbines construites et de leur fréquence de fonctionnement, précisent les organisations.
Pour donner une échelle de comparaison, ce volume d'émissions équivaut à peu près aux rejets annuels de plus de 45 millions de voitures particulières, soit les émissions annuelles de dioxyde de carbone du Pakistan. Si les rejets dépassent effectivement le seuil des 200 millions de tonnes, la pollution générée serait alors comparable à celle de l'Espagne. Ces centrales émettent également des particules fines, associées à toute une série de troubles cardiaques et pulmonaires, des oxydes d'azote qui aggravent les maladies respiratoires, ainsi que des polluants atmosphériques dangereux pour la santé, comme le mercure.
## Une dynamique qui interroge les engagements climatiques du secteur
### Des contradictions avec les objectifs affichés de neutralité carbone
Cette évolution soulève des questions sur la cohérence des stratégies climatiques affichées par les géants de la tech. Ces entreprises, qui ont massivement communiqué sur leurs objectifs de neutralité carbone et leurs investissements dans les énergies renouvelables, se trouvent aujourd'hui confrontées à la réalité matérielle de la croissance de l'IA. Les besoins énergétiques des modèles d'intelligence artificielle, en particulier pour l'entraînement et l'inférence, ont explosé ces dernières années, poussant les acteurs du secteur à rechercher des solutions immédiates.
Cette dynamique "aggrave le changement climatique", alertent les défenseurs de l'environnement, alors même que le secteur technologique américain s'était engagé dans des programmes ambitieux de réduction de son empreinte carbone. La contradiction entre ces nouveaux projets gaziers et les engagements antérieurs des entreprises concernées n'échappe pas aux observateurs, qui y voient un signal préoccupant pour la trajectoire climatique globale des États-Unis.
Si cette tendance se confirme, elle pourrait également avoir des répercussions sur la perception du secteur technologique dans son ensemble, traditionnellement associé à l'innovation verte. Les prochaines années seront décisives pour déterminer si ces infrastructures privées constituent une solution transitoire ou si elles s'inscrivent durablement dans le paysage énergétique américain, avec les conséquences environnementales que cela implique.