«Elle m’a dit : “là-bas, on fait ça à toutes les petites filles”» : ces jeunes Françaises victimes d’excision dans le pays d’origine de leurs parents

Excision : le calvaire silencieux des jeunes Françaises lors des séjours familiaux à l’étranger Alors que des millions de familles s’apprêtent à prendre la dire
Excision : le calvaire silencieux des jeunes Françaises lors des séjours familiaux à l’étranger
Alors que des millions de familles s’apprêtent à prendre la direction des pays d’origine durant la période estivale, une problématique sanitaire et sociétale refait surface avec acuité. Selon des informations rapportées par Le Figaro, près de 139 000 femmes excisées vivraient aujourd’hui en France, et si aucune pratique active n’est recensée sur le territoire national, certaines jeunes filles demeureraient exposées lors de séjours à l’étranger. Face à ce constat, le gouvernement aurait lancé une campagne nationale de prévention de ces violences, ciblant spécifiquement les départs en vacances.
Un phénomène migratoire aux conséquences durables
L’Afrique reste le continent le plus touché par l’excision, avec plus de 144 millions de filles et de femmes concernées, selon les données évoquées par le quotidien. Ce chiffre, vertigineux, contraste avec la situation française où la pratique est formellement interdite et pénalement répréhensible. Toutefois, la porosité des frontières et la persistance de traditions familiales profondément ancrées créeraient une zone grise juridique et humaine, particulièrement visible pendant les périodes de vacances scolaires.
En effet, le phénomène ne relèverait pas d’une pratique organisée sur le sol français, mais plutôt d’un contournement des règles par le biais de voyages vers les pays d’origine des parents. Selon des sources proches du dossier, les familles concernées profiteraient des séjours estivaux pour faire procéder à ces mutilations dans des conditions échappant à tout contrôle médical ou administratif. Cette réalité, longtemps tue, commencerait toutefois à émerger grâce au témoignage de victimes désormais adultes.
Le récit glaçant de Fatoumata, excisée à 9 ans en Gambie
Le Figaro rapporte le témoignage de Fatoumata, aujourd’hui majeure, qui illustre avec une précision troublante ce phénomène. À l’été 2007, alors âgée de 9 ans, elle s’envole pour la première fois vers la Gambie avec ses parents. Née en Picardie, elle est issue d’une famille originaire du Sénégal et de Guinée, dont certains membres résident en Gambie. Quelques jours après son arrivée, au petit matin, sa grand-mère vient la réveiller et lui lance : « Nous allons faire un tour, toutes les deux. » Fatoumata, qui ne parle pas le mandingue, la langue de son aïeule, la suit sans se poser de questions.
Elles s’arrêtent devant une petite cabane située à quelques mètres de la maison familiale. À l’extérieur, des femmes attendent avec leurs bébés dans les bras, tandis que d’autres, hachettes à la main, s’affairent autour d’elles. « Je voyais du sang partout : je ne comprenais rien, j’étais terrorisée », se souvient-elle. Fatoumata est alors saisie, déshabillée et maintenue malgré ses cris. Elle perd connaissance. Ce récit, rapporté par le quotidien, met en lumière la mécanique implacable de ces violences, perpétrées au sein même du cercle familial, dans un silence assourdissant.
Une campagne nationale de prévention aux enjeux multiples
Face à l’ampleur de ce phénomène, le gouvernement aurait donc décidé de réagir en lançant une campagne nationale de prévention. Selon les éléments communiqués, cette initiative viserait à informer les familles sur les conséquences médicales, psychologiques et juridiques de l’excision, tout en rappelant que la loi française s’applique même lorsque les faits sont commis à l’étranger. Les autorités sanitaires insisteraient notamment sur le fait que les parents encourent des poursuites pénales, même si l’acte a été réalisé hors du territoire national.
Par ailleurs, cette campagne s’articulerait autour de messages destinés aux jeunes filles elles-mêmes, les encourageant à parler et à solliciter de l’aide en cas de doute ou de pression familiale. Des numéros d’écoute et des dispositifs d’accompagnement psychologique seraient également mobilisés pour répondre aux victimes potentielles. Toutefois, les associations de terrain, citées par Le Figaro, souligneraient les limites de telles campagnes, insistant sur la nécessité d’un travail de longue haleine auprès des communautés concernées, en lien avec les pays d’origine.
Un défi juridique et culturel persistant
La problématique de l’excision des jeunes Françaises à l’étranger soulève en réalité des questions complexes, mêlant droit international, respect des traditions et protection de l’enfance. Si la France dispose d’un arsenal législatif conséquent en la matière, son application se heurterait à la difficulté de prouver des actes commis hors du territoire, souvent dans des zones rurales reculées. Les témoignages des victimes, comme celui de Fatoumata, constituent dès lors un élément clé pour documenter ces pratiques et sensibiliser l’opinion publique.
Alors que l’été bat son plein et que les départs se multiplient, cette campagne gouvernementale intervient à un moment charnière. Les autorités espèrent ainsi prévenir de nouveaux drames, tout en brisant le tabou qui entoure encore trop souvent ces mutilations. Le chemin vers une éradication complète de cette pratique demeure toutefois semé d’embûches, entre nécessité de dialogue avec les familles et fermeté de l’appareil judiciaire. L’équilibre reste délicat, mais la parole des victimes, désormais audible, pourrait constituer le levier le plus puissant pour faire évoluer les mentalités.