Elle devait passer des pièces automobiles aux obus de mortier: la Fonderie de Bretagne, créée par Renault il y a 60 ans, n'a pas de repreneur et devrait disparaître

La Fonderie de Bretagne (FDB), usine historique créée par Renault en 1966 à Caudan, dans le Morbihan, devrait être placée en liquidation judiciaire jeudi par le
La Fonderie de Bretagne (FDB), usine historique créée par Renault en 1966 à Caudan, dans le Morbihan, devrait être placée en liquidation judiciaire jeudi par le tribunal de commerce de Lorient. Aucune offre de reprise n'a finalement été confirmée, ont déploré mardi le gouvernement et la CGT, ce qui menace directement les 244 salariés encore employés sur le site.
## Un projet de reconversion dans l'armement resté sans preneur
L'établissement devait opérer une mutation stratégique en passant de la production de pièces automobiles à la fabrication d'obus de mortier, un segment porteur dans le contexte actuel de réarmement européen. Selon les informations rapportées par BFM Business, cette reconversion n'a pas abouti. Reprise en 2025 par le groupe Europlasma, la fonderie avait pourtant vu son dernier propriétaire promettre 15 millions d'euros d'investissements. Trois offres initiales avaient également été évoquées, mais aucune n'a été présentée au tribunal de commerce de Lorient, a indiqué Eric Blanchier, élu CGT de la Fonderie de Bretagne, à l'issue d'un comité social et économique (CSE) tenu mardi.
## Un repreneur sérieux mais sans accord final
Selon le syndicaliste, un repreneur jugé sérieux s'était bien manifesté et avait négocié avec l'État ainsi qu'avec Renault, donneur d'ordre historique de FDB depuis sa création en 1966. Cet « industriel européen », dont le nom n'a pas été dévoilé, réclamait un délai de 14 à 15 mois pour « apporter des volumes de production » suffisants à l'usine. « En fin de compte, il n'a pas obtenu ce qu'il voulait », a précisé Eric Blanchier, sans détailler les points de blocage ayant fait échouer les discussions.
## L'État revendique une mobilisation totale
Le ministre délégué chargé de l'Industrie, Sébastien Martin, a assuré dans une réaction transmise que « la mobilisation de l'État a été totale avec les collectivités locales ». Il a affirmé avoir tenté, « encore ces derniers jours », de convaincre un groupe industriel intéressé de confirmer son offre, en lui proposant un soutien financier public pour l'aider à reprendre le site. Ces efforts n'auront donc pas suffi à sécuriser un avenir industriel pour Caudan, où l'activité automobile s'était déjà fortement réduite ces dernières années.
## Un symbole des difficultés de la sous-traitance industrielle
La disparition annoncée de la Fonderie de Bretagne illustre les difficultés persistantes de la filière fonderie française, confrontée à la concurrence internationale et à la mutation du secteur automobile. Le cas de FDB rappelle également celui des Forges de Tarbes, seule usine de France à fabriquer les corps d'obus des canons Caesar, dont la situation industrielle avait déjà suscité des inquiétudes quant à sa capacité à honorer les commandes de défense. Pour les 244 salariés de Caudan, l'audience de jeudi devrait sceller un avenir incertain, entre recherche d'emploi et reclassement dans un bassin industriel morbihannais fragilisé.
La liquidation judiciaire, si elle est prononcée, marquerait la fin d'une aventure industrielle de près de soixante ans, née sous l'impulsion de Renault et jamais parvenue à trouver, dans la défense ou ailleurs, le relais de croissance espéré.