Eline van der Velden, créatrice de Tilly Norwood, actrice générée par l’IA : « Toute l’industrie du cinéma vient nous voir en secret »

## Eline van der Velden et Tilly Norwood : l'IA s'immisce dans les coulisses du cinéma La productrice néerlandaise Eline van der Velden, créatrice de Tilly Norw
## Eline van der Velden et Tilly Norwood : l'IA s'immisce dans les coulisses du cinéma
La productrice néerlandaise Eline van der Velden, créatrice de Tilly Norwood — une actrice entièrement générée par l'intelligence artificielle —, affirme que les studios de cinéma la sollicitent discrètement. Selon des propos rapportés par *Le Monde Culture*, elle estime que d'ici à cinq ans, la moitié des films seront conçus par l'intelligence artificielle, et jusqu'à 99 % d'ici à dix ans.
## Une révolution annoncée à mots couverts
Les déclarations d'Eline van der Velden, relayées par *Le Monde Culture*, dessinent un paysage cinématographique en pleine mutation. La productrice néerlandaise ne se contente pas de défendre sa création : elle décrit un phénomène d'ampleur, où les professionnels du secteur cherchent à s'approprier ces technologies sans toujours l'assumer publiquement. « Toute l'industrie du cinéma vient nous voir en secret », confie-t-elle au quotidien français. Cette formule, si elle est exacte, révèle une tension palpable entre l'attrait économique de l'intelligence artificielle et la réticence morale ou artistique à l'admettre ouvertement. Le secret, ici, n'est pas anodin : il témoigne d'un décalage entre les discours officiels des studios et leurs pratiques réelles.
## Tilly Norwood, un visage sans chair ni contrat
Tilly Norwood incarne cette bascule. Actrice virtuelle, elle n'a ni agent, ni syndicat, ni cachet à négocier. Elle est le fruit d'un algorithme, façonné par Eline van der Velden et son équipe. Son existence pose une question vertigineuse : que reste-t-il du métier de comédien si un personnage peut être généré, modifié et multiplié à l'infini sans intervention humaine ? Les projections de la productrice — 50 % des films conçus par l'IA dans cinq ans, 99 % dans dix ans —, si elles sont avérées, sonnent comme un séisme pour des milliers de professionnels. Techniciens, acteurs, scénaristes : toute une chaîne de métiers se trouverait fragilisée. La productrice, elle, y voit sans doute une opportunité industrielle. D'autres y verront une menace existentielle.
## L'ombre portée d'une industrie en crise
Le contexte n'est pas neutre. Depuis plusieurs années, le cinéma mondial traverse des turbulences : grèves à Hollywood, budgets sous pression, plateformes de streaming en quête de rentabilité. Dans ce climat, l'intelligence artificielle apparaît comme une solution séduisante — réduire les coûts, accélérer la production, contourner les contraintes sociales. Mais la discrétion des studios, si elle est confirmée, trahit une forme de mauvaise conscience. Personne ne souhaite être le premier à franchir publiquement le pas, de peur des réactions du public et des syndicats. Eline van der Velden, en rendant le phénomène visible, force le débat. Son témoignage, publié dans *Le Monde Culture*, agit comme un révélateur : ce qui se tramait dans l'ombre devient soudain objet de discussion.
## Un avenir à visage humain ?
Reste une question, essentielle : le public suivra-t-il ? Rien ne garantit que les spectateurs acceptent de vibrer pour une actrice sans existence charnelle. Le cinéma, art de l'incarnation, repose sur des présences, des regards, des fragilités humaines. L'intelligence artificielle peut imiter, mais peut-elle émouvoir ? Les propos d'Eline van der Velden, aussi provocateurs soient-ils, ont le mérite de poser la question à voix haute. D'ici à dix ans, le paysage aura sans doute changé. Reste à savoir si le cinéma y perdra son âme — ou s'il en sortira transformé, sans être dénaturé.