Effacer la dette : le gouverneur de la Banque de France juge la proposition de Jean-Luc Mélenchon «illégale, dangereuse et inutile»

La proposition d'annulation d'une partie de la dette publique française, portée par Jean-Luc Mélenchon dans le cadre de sa candidature à l'élection présidentiel
La proposition d'annulation d'une partie de la dette publique française, portée par Jean-Luc Mélenchon dans le cadre de sa candidature à l'élection présidentielle, a été vivement critiquée par le gouverneur de la Banque de France. Selon des informations rapportées par Le Figaro et l'AFP le 11 septembre 2026, Emmanuel Moulin a qualifié cette mesure d'« illégale, dangereuse et inutile », lors d'une intervention sur RTL.
## Une triple objection institutionnelle
Le gouverneur de la Banque de France a structuré son rejet autour de trois arguments distincts. La mesure serait d'abord « illégale parce qu'elle est contraire aux traités » européens, a-t-il affirmé, soulignant ainsi l'incompatibilité juridique d'une telle décision avec les engagements souscrits par la France au sein de la zone euro. Elle serait ensuite « dangereuse parce qu'elle crée de l'inflation », un risque monétaire que l'institution surveille particulièrement dans un contexte où la maîtrise des prix demeure un objectif central. Enfin, elle serait « inutile », car elle « ne réduit pas le déficit budgétaire », a précisé Emmanuel Moulin, établissant une distinction entre le stock de dette accumulé et le flux annuel des déficits.
## Un diagnostic économique préoccupant
Au-delà du rejet de cette proposition, le gouverneur a dressé un tableau nuancé de la situation française. Il a écarté l'hypothèse d'un scénario à la grecque, estimant que « notre économie est plus solide et diversifiée, mais il faut être vigilant ». Si la France « n'est pas en danger », elle demeure néanmoins « dans une situation inquiétante », a-t-il insisté. Emmanuel Moulin a notamment pointé « la singularité » du pays au sein de la zone euro, où la France affiche une croissance et une inflation faibles quand ses voisins suivent une trajectoire inverse. Cette divergence pourrait compliquer la coordination des politiques économiques européennes.
## Le poids de la conjoncture
Le contexte budgétaire demeure par ailleurs contraint. Selon les éléments rapportés par Le Figaro, la canicule aurait coûté « au moins 0,1 point de croissance » à l'économie française, un effet conjoncturel qui s'ajoute aux tensions structurelles des finances publiques. Cette donnée illustre la vulnérabilité de l'économie nationale face aux aléas climatiques, d'autant plus que les marges de manœuvre budgétaires restent limitées.
## Un débat qui s'inscrit dans la campagne
La prise de position du gouverneur de la Banque de France intervient dans un contexte pré-électoral où les propositions économiques des candidats font l'objet d'un examen attentif. L'institution, garante de la stabilité monétaire, s'exprime rarement sur les programmes politiques, ce qui confère à cette sortie une portée particulière. Toutefois, le débat sur le traitement de la dette publique pourrait se poursuivre, tant les clivages sur la question budgétaire demeurent profonds. La vigilance appelée par Emmanuel Moulin pourrait ainsi résonner au-delà du seul cas français, alors que plusieurs économies européennes font face à des arbitrages similaires entre soutien à la croissance et maîtrise des finances publiques.