EDITO. L'un croit à la dédiabolisation du RN, l'autre refuse catégoriquement de discuter avec le parti de Jordan Bardella: le Medef et la CFDT deviennent-ils totalement irréconciliables?

## Medef-CFDT : la fracture face au RN La relation au Rassemblement national est devenue le point de rupture entre le Medef et la CFDT. Patrick Martin, présiden
## Medef-CFDT : la fracture face au RN
La relation au Rassemblement national est devenue le point de rupture entre le Medef et la CFDT. Patrick Martin, président du mouvement patronal, a accusé la semaine dernière la CGT et la CFDT de Marylise Léon de se « politiser à outrance » au détriment de la démocratie sociale, évoquant même une « ombre suspecte » planant sur les deux organisations. La secrétaire générale de la CFDT a répliqué, se déclarant « choquée » et jugeant « très grave qu'un responsable d'une organisation patronale se permette ce type de commentaires ».
## Un désaccord de fond sur la préférence nationale
Le cœur du différend porte sur la ligne politique du parti de Jordan Bardella. Marylise Léon refuse catégoriquement de dialoguer avec le RN, arguant que la préférence nationale, inscrite au programme de Marine Le Pen, contredit le principe d'égalité des citoyens. La syndicaliste y voit également une menace pour les droits des travailleurs. Cette position, réaffirmée à plusieurs reprises, constitue le socle du refus de la CFDT de s'asseoir à la même table que le parti d'extrême droite. Patrick Martin, lui, semble considérer cette posture comme une politisation excessive du rôle syndical, qu'il juge préjudiciable à la démocratie sociale.
## Une joute qui s'invite dans l'automne social
Le timing n'est pas anodin. Alors que s'ouvre l'automne social, traditionnellement marqué par les négociations sur les salaires, l'emploi et les conditions de travail, cette passe d'armes entre les deux principales organisations du dialogue social français fragilise les discussions à venir. La CFDT, première organisation syndicale du pays, et le Medef, qui représente le patronat, sont des interlocuteurs incontournables dans les négociations interprofessionnelles. Leur opposition sur la question du RN risque de compliquer la construction de positions communes sur les dossiers sociaux.
## Une fracture qui pourrait perdurer
Cette division a peu de chances de se réduire d'ici l'élection présidentielle, selon l'analyse livrée par BFM Business. La question du rapport au Rassemblement national s'installe comme une ligne de clivage durable entre un patronat soucieux de préserver le dialogue social avec toutes les forces politiques représentatives, et un syndicat qui pose des limites éthiques et politiques claires. La CFDT estime que la préférence nationale entre en contradiction directe avec le principe d'égalité des citoyens, un fondement de son engagement. Le Medef, de son côté, reproche à la centrale syndicale de franchir la frontière entre action syndicale et positionnement politique.
## Un dialogue social sous tension
Cette querelle intervient dans un contexte où le dialogue social est déjà mis à l'épreuve par les réformes successives et les tensions autour des salaires. La CFDT et le Medef, historiquement moteurs de la négociation collective, se retrouvent dos à dos sur un sujet qui touche à l'identité même de leurs engagements respectifs. Marylise Léon a jugé qu'il était « une inversion totale aujourd'hui de reprocher à la CFDT d'être une menace pour la démocratie sociale alors qu'on a une formation politique qui est d'extrême droite qui n'a qu'une envie » — sous-entendu, de remettre en cause les équilibres sociaux existants.
Reste à savoir si cette opposition empêchera les deux organisations de travailler ensemble sur les dossiers concrets de l'automne. Le Medef et la CFDT ont un intérêt commun à faire aboutir des négociations sur l'emploi des seniors, la formation ou les salaires. Mais la question du RN pourrait bien empoisonner chacune de leurs rencontres, transformant un désaccord politique en blocage durable du dialogue social.