ÉDITO. De 3,9 à 9,8 milliards d'euros: les aides aux renouvelables coûtent de plus en plus cher, la facture verte explose

# Énergies renouvelables : la facture verte s’envole, le coût du soutien public multiplié par deux et demi en trois ans La Commission de régulation de l’énergie
# Énergies renouvelables : la facture verte s’envole, le coût du soutien public multiplié par deux et demi en trois ans
La Commission de régulation de l’énergie (CRE) vient de dévoiler le coût prévisionnel des charges de service public de l’énergie pour 2027, et le montant donne le vertige : 14,2 milliards d’euros. Derrière ce chiffre global se cache une réalité budgétaire encore plus frappante : le seul soutien aux énergies renouvelables électriques et au biométhane devrait atteindre 9,8 milliards d’euros en 2027, contre 3,9 milliards en 2024. En l’espace de trois exercices, la dépense aura plus que doublé, interrogeant sur la soutenabilité de notre modèle de financement de la transition énergétique.
## Une mécanique budgétaire sous tension
### Des contrats de soutien qui amplifient la facture
L’explosion de cette « facture verte » trouve son origine dans le fonctionnement même des contrats de soutien aux énergies renouvelables, appelés « contrats pour différence ». Le mécanisme est simple : l’État garantit aux producteurs un prix d’achat fixé à l’avance. Lorsque le prix de marché de l’électricité est inférieur à ce tarif garanti, la puissance publique compense la différence. À l’inverse, si le prix de marché dépasse le seuil convenu, le producteur reverse ses gains excédentaires à l’État.
Or, à mesure que les capacités installées progressent – éolien terrestre, solaire photovoltaïque, parcs offshore –, les volumes couverts par ces garanties augmentent mécaniquement. La mécanique budgétaire est donc redoutable : plus la France déploie de capacités renouvelables, plus elle s’expose à payer lorsque les prix de gros diminuent. Avec la baisse tendancielle des prix de marché observée depuis 2024, la facture pour les finances publiques s’envole.
### Un dispositif qui n’est pas à sens unique
Il serait pourtant inexact de ne voir dans ce mécanisme qu’un puits sans fond. Pendant la crise énergétique de 2022 et 2023, alors que les cours de l’électricité flambaient, les producteurs ont reversé environ 5,5 milliards d’euros à l’État. Le système fonctionne donc comme une assurance à double sens : la puissance publique protège le producteur lorsque les prix baissent, mais celui-ci restitue ses gains lorsque les prix dépassent le tarif garanti. Ce n’est pas un cadeau unilatéral, mais un partage des risques – un partage dont le solde devient aujourd’hui très défavorable à l’État.
## Une facture qui ne se limite pas aux seules renouvelables
### Des charges multiples et complexes
Les 14,2 milliards d’euros de charges de service public de l’énergie pour 2027 ne financent pas uniquement l’éolien et le solaire. Ce montant inclut également la péréquation tarifaire dans les territoires insulaires, qui vise à garantir des prix de l’électricité identiques sur l’ensemble du territoire national, y compris en Outre-mer, où les coûts de production sont structurellement plus élevés. S’y ajoutent le soutien au biométhane injecté dans les réseaux de gaz, la cogénération au gaz – qui produit simultanément chaleur et électricité –, ainsi que différents mécanismes de solidarité énergétique.
Même en isolant strictement les renouvelables électriques et le biométhane, la tendance reste impressionnante : leur soutien devrait approcher 9,8 milliards d’euros en 2027, soit une multiplication par deux et demi par rapport aux 3,9 milliards de 2024. Cette progression interroge directement la soutenabilité budgétaire de la politique énergétique française, dans un contexte où la dette publique dépasse déjà 110 % du PIB.
### Un débat qui s’invite dans la campagne
Cette facture verte qui s’envole relance le débat sur le mix énergétique français et sur l’efficacité des mécanismes de soutien. Alors que la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) doit fixer les objectifs de développement des renouvelables pour la décennie à venir, la question du coût pour le contribuable devient centrale. Faut-il revoir les modalités des contrats pour différence ? Faut-il plafonner les volumes subventionnés ? Faut-il accélérer le nucléaire pour limiter le recours aux renouvelables intermittents, dont le soutien est proportionnel aux capacités installées ?
Ce qui est certain, c’est que la facture verte ne va pas diminuer de sitôt. Avec l’objectif affiché d’atteindre 40 % d’énergies renouvelables dans la consommation électrique d’ici 2030, les capacités installées continueront de croître, et avec elles, les volumes couverts par les contrats de soutien. La question n’est donc plus de savoir si la facture va augmenter, mais de savoir jusqu’où, et comment en maîtriser l’ampleur sans renoncer aux objectifs climatiques.