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Du rêve polaire au huis clos sanitaire : retracez le parcours de la croisière qui a viré au cauchemar

Une · · Par Claire BERNARD

Du rêve polaire au huis clos sanitaire : retracez le parcours de la croisière qui a viré au cauchemar

## L'essentiel Le rêve d'une croisière polaire s'est rapidement transformé en un cauchemar sanitaire pour les passagers du MV Hondius, un navire de croisière qu

L'essentiel

Le rêve d'une croisière polaire s'est rapidement transformé en un cauchemar sanitaire pour les passagers du MV Hondius, un navire de croisière qui a quitté Ushuaïa, en Argentine, le 1er avril 2023. Ce voyage, qui devait les mener vers des destinations exotiques telles que les îles de Géorgie du Sud et de Sainte-Hélène, a pris un tournant tragique avec l'apparition d'une épidémie d'hantavirus à bord.

Cette tragédie rappelle l'épidémie d'hantavirus survenue en 2018 en Argentine, où 34 personnes avaient été contaminées lors d'une fête d'anniversaire, causant 11 décès.

Dès le début de l'expédition, le MV Hondius a accueilli 114 passagers et 61 membres d'équipage, représentant 22 nationalités différentes. Le 11 avril, un événement tragique a marqué le début d'une série de problèmes : l'ornithologue néerlandais Leo Schilperoord, âgé de 70 ans, est décédé après avoir développé des symptômes de maladie cinq jours auparavant. Selon les informations rapportées par Le Figaro, aucun test microbiologique n'a été effectué sur lui, soulevant des interrogations sur la gestion sanitaire à bord du navire.

La croisière a continué son parcours, avec une escale sur l'île de Tristan da Cunha le 15 avril, où six nouveaux passagers ont embarqué sur le MV Hondius. Cependant, le climat à bord était déjà en train de se détériorer. Le 17 avril, le navire a fait escale à l'île de Gough, suivie d'une visite à Sainte-Hélène du 21 au 24 avril. C'est là que le corps de Leo Schilperoord a été évacué, et son épouse, âgée de 69 ans, qui avait également développé des symptômes, a été transférée en Afrique du Sud. Malheureusement, elle est décédée dans un hôpital de Johannesburg le 26 avril, et a été testée positive à l'hantavirus.

La situation à bord a pris une tournure alarmante alors que le 27 avril, un passager britannique présentant des symptômes a été transféré sur l'île de l'Ascension. Ce dernier a été testé positif à l'hantavirus le 2 mai, ce qui a soulevé des inquiétudes quant à la propagation de la maladie parmi les passagers restants. En parallèle, le 2 mai, une Allemande, qui avait présenté des symptômes de fièvre et de pneumonie dès le 28 avril, est décédée à son tour, ajoutant une troisième victime à cette épidémie tragique.

Le 3 mai, le MV Hondius a atteint les côtes du Cap-Vert, mais les autorités locales ont refusé d'autoriser le navire à accoster. Cela a aggravé la situation pour les passagers restants, qui se retrouvaient bloqués en mer. Le 6 mai, trois autres personnes, dont deux passagers et un membre d'équipage, ont été évacuées vers l'Europe, ajoutant à la liste déjà tragique des victimes de cette épidémie.

Cette série d'événements tragiques soulève des questions essentielles sur la préparation et la réponse des compagnies de croisière face à des crises sanitaires. La gestion de la santé publique en mer, notamment en ce qui concerne le dépistage et les protocoles de sécurité, doit être sérieusement réévaluée afin d'éviter que de telles tragédies ne se reproduisent à l'avenir. Les passagers, pour leur part, ont vécu un véritable huis clos sanitaire, où la promesse d'une aventure inoubliable s'est muée en une expérience traumatisante.

L'épidémie d'hantavirus à bord du MV Hondius met en lumière l'importance d'une communication transparente et d'une gestion proactive des risques sanitaires, tant pour la sécurité des passagers que pour la réputation des compagnies de croisière. Les autorités sanitaires et les entreprises doivent collaborer pour mettre en place des protocoles robustes et efficaces, afin de protéger les voyageurs tout en préservant le rêve d'évasion qu'offre la croisière.

Contexte

L'hantavirus, pathogène transmis principalement par les rongeurs sauvages, est connu pour provoquer le syndrome pulmonaire à hantavirus, une infection grave dont le taux de létalité peut atteindre 30 à 40 % selon les souches. Sa présence est documentée dans les Amériques, notamment en Argentine, où le virus Andes, particulièrement virulent, sévit de manière endémique dans certaines régions de Patagonie. La région d'Ushuaïa, point de départ de la croisière du MV Hondius, est située en Terre de Feu, zone où des cas d'hantavirus ont été recensés ces dernières décennies.

Le MV Hondius, navire de la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions, spécialisée dans les croisières d'exploration polaire, naviguait sous pavillon néerlandais. Sa conception, destinée à emmener des passagers dans des zones reculées et protégées de l'Antarctique et des îles subantarctiques, implique des escales dans des territoires souvent dépourvus d'infrastructures médicales lourdes. Les îles de Géorgie du Sud, Gough, Tristan da Cunha ou Sainte-Hélène relèvent de juridictions britanniques d'outre-mer, avec des capacités sanitaires limitées.

Cette affaire s'inscrit dans une séquence plus large de crises sanitaires ayant touché l'industrie des croisières depuis la pandémie de Covid-19. Entre 2020 et 2022, plusieurs navires avaient déjà été confrontés à des foyers épidémiques, conduisant à des quarantaines en mer et à des refus d'accostage de la part de ports internationaux. La compagnie Oceanwide Expeditions, bien que positionnée sur un créneau de tourisme d'expédition haut de gamme, n'avait pas fait l'objet de précédents incidents sanitaires majeurs documentés à grande échelle.

Analyse

Plusieurs lectures de cette tragédie sanitaire sont possibles. La première, immédiate, concerne la gestion médicale à bord. L'absence de test microbiologique sur le premier passager décédé, Leo Schilperoord, interroge les protocoles en vigueur. Dans un espace confiné comme un navire de croisière, où les passagers partagent repas, excursions et espaces communs, la capacité à identifier rapidement un agent pathogène est cruciale. Or, les symptômes de l'hantavirus – fièvre, douleurs musculaires, troubles respiratoires – peuvent être confondus avec ceux d'une grippe banale, retardant le diagnostic.

Une seconde lecture, plus structurelle, porte sur la vulnérabilité des zones isolées face aux risques épidémiques. Les escales effectuées après les premiers symptômes, notamment à Tristan da Cunha et à Gough, posent la question de la contamination potentielle de populations insulaires souvent peu exposées à ce type de pathogènes. Les autorités locales, confrontées à un navire en situation d'urgence sanitaire, disposent de marges de manœuvre réduites entre devoir d'assistance et impératif de protection sanitaire de leurs administrés.

Enfin, cette affaire soulève des interrogations sur le modèle économique des croisières d'expédition. Ces voyages, facturés plusieurs milliers d'euros par passager, promettent une immersion dans des environnements extrêmes et préservés. Mais cette promesse repose sur une chaîne logistique fragile, où un incident sanitaire peut rapidement dégénérer en crise majeure, faute de structures médicales relais à proximité.

Implications

À court terme, les conséquences sont multiples. Pour les passagers et familles des victimes, des procédures judiciaires pourraient être engagées, tant en droit néerlandais qu'argentin ou britannique, selon les nationalités des parties et les lieux des faits. La compagnie Oceanwide Expeditions risque des dommages financiers significatifs, entre indemnisations potentielles et impact sur sa réputation, dans un secteur où la confiance des clients est un actif essentiel.

À moyen terme, cet incident pourrait accélérer une révision des protocoles sanitaires pour les navires naviguant dans des zones isolées. Il n'est pas exclu que les autorités portuaires des territoires d'outre-mer britanniques, comme Sainte-Hélène ou Tristan da Cunha, renforcent leurs conditions d'accès pour les navires de croisière, exigeant par exemple des certificats médicaux récents ou des tests obligatoires avant escale. De même, les compagnies spécialisées dans les expéditions polaires pourraient être incitées à embarquer du personnel médical mieux formé aux pathologies zoonotiques.

Un scénario plausible est celui d'une harmonisation des normes sanitaires au sein de l'Association internationale des compagnies de croisière, qui regroupe les principaux acteurs du secteur. Des protocoles standardisés de dépistage, d'isolement et d'évacuation médicale pourraient être élaborés, sur le modèle de ce qui a été fait après la crise du Covid-19 pour les navires de grande croisière.

Pour aller plus loin

Cette affaire ouvre plusieurs questions qui mériteraient un suivi approfondi. Quelle est la prévalence réelle de l'hantavirus dans les régions fréquentées par les croisières d'expédition ? Les cartes de risque sanitaire sont-elles suffisamment actualisées et diffusées aux compagnies ? Par ailleurs, la coordination entre autorités sanitaires de pays différents – Argentine, Royaume-Uni pour ses territoires d'outre-mer, Pays-Bas pour le pavillon – a-t-elle été optimale dans la gestion de cette crise ?

Un sujet connexe concerne la place des ornithologues et naturalistes à bord de ces navires. Le premier passager décédé exerçait cette profession, qui implique des contacts rapprochés avec la faune sauvage, vecteur potentiel de l'hantavirus. Les compagnies devraient-elles renforcer les mesures de protection pour ces experts embarqués ?

Enfin, la question des assurances et des garanties pour les passagers en cas d'évacuation sanitaire depuis des zones isolées reste largement sous-documentée. Un rapport d'organisme comme l'Organisation mondiale de la santé ou l'Agence européenne de sécurité maritime pourrait utilement éclairer ces enjeux.