"Du jamais-vu depuis l’entre-deux-guerres, c’est dingue": pour éviter le mur de la dette, faut-il un plan "choc et massif" de 120 milliards d'euros ou y aller en douceur?

## La France face au mur de la dette : plan choc ou ajustement progressif ? La charge de la dette française pourrait atteindre près de 4 % du PIB en 2030, un ni
## La France face au mur de la dette : plan choc ou ajustement progressif ?
La charge de la dette française pourrait atteindre près de 4 % du PIB en 2030, un niveau inédit depuis l'entre-deux-guerres, selon les projections de l'institut Rexecode publiées cette semaine. Face à cette trajectoire, l'économiste Anthony Morlet-Lavidalie plaide pour un redressement des comptes publics plus rapide et plus brutal que prévu, ouvrant un débat sur la méthode à adopter.
## Un diagnostic alarmant
Selon le scénario de Rexecode, le déficit public s'établirait à 5,3 % du PIB en 2026, contre 5,4 % anticipé par le gouvernement. Plus préoccupant, il ne s'améliorerait « quasiment pas en 2027 » (5,2 %), en raison de la difficulté à faire adopter un budget par le Parlement. Résultat : la dette publique grimperait à plus de 120 % du PIB en 2030, contre 117 % aujourd'hui. À cette échéance, la charge d'intérêts atteindrait environ 133 milliards d'euros, soit plus du double des 65 milliards prévus cette année. Le taux d'emprunt à dix ans, autour de 4,5 %, est déjà au plus haut depuis 2008.
## L'option du « choc » défendue par Rexecode
Face à cette spirale, Anthony Morlet-Lavidalie milite pour un plan de redressement « choc et massif », évalué à environ 120 milliards d'euros, à rebours de certains de ses confrères qui privilégient une approche graduelle. « Je ne peux pas dire quand on sera dans le mur. Il n'y aura pas de faillite mais une vraie défiance des investisseurs, qui nous mettra dans une position très inconfortable », prévient-il. Cette défiance se traduirait par une hausse des taux exigés par les créanciers, renchérissant mécaniquement le coût du refinancement de la dette.
## L'alternative de l'ajustement progressif
D'autres économistes défendent une trajectoire plus douce, jugeant qu'un ajustement brutal risquerait d'étouffer la croissance et donc de dégrader davantage les ratios de dette. Cette approche misent sur des réformes structurelles étalées dans le temps, couplées à une reprise progressive de l'activité. Mais Rexecode souligne que le prochain locataire de l'Élysée et son gouvernement seront « complètement la tête sous l'eau », sans pouvoir compter sur une croissance robuste pour alléger la facture. Le débat oppose donc deux temporalités : celle du marché, qui peut sanctionner rapidement, et celle du politique, contraint par les équilibres parlementaires.
## Un enjeu politique autant qu'économique
Au-delà des chiffres, la question du calendrier et de l'ampleur du redressement devient un enjeu démocratique. « 4 % c'est du jamais vu depuis l'entre-deux-guerres. (...) On ne le mesure pas politiquement, c'est dingue », s'alarme l'économiste. La France devra arbitrer entre la crédibilité budgétaire exigée par ses créanciers et l'acceptabilité sociale d'un effort massif. Le débat sur les 120 milliards d'euros cristallise cette tension : faut-il frapper fort immédiatement pour rassurer les marchés, ou étaler l'effort pour préserver la cohésion sociale et la croissance ? La réponse dépendra largement des marges de manœuvre politiques du prochain gouvernement et de la réaction des investisseurs dans les mois à venir.