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"Du chagrin, de la colère et de la rage": vive indignation en Autriche contre la construction d'un Lidl sur un ancien camp nazi

Economie · · Par Julie MOREAU

La colère monte en Autriche alors qu’un projet commercial porté par le discounter Lidl doit s’implanter sur les ruines de l’ancien camp de travail forcé nazi de

La colère monte en Autriche alors qu’un projet commercial porté par le discounter Lidl doit s’implanter sur les ruines de l’ancien camp de travail forcé nazi de Weinberglager, à Leobersdorf, au sud de Vienne. Entre tristesse et rage, les défenseurs de la mémoire dénoncent un choix économique sacrifiant un lieu chargé d’histoire, tandis que l’office autrichien des monuments a jugé les vestiges insuffisants pour justifier un classement. Ce dossier relance un débat sensible dans un pays longtemps réticent à affronter son passé nazi. ### Un site historique menacé par un projet de zone commerciale Le projet prévoit la construction d’un entrepôt frigorifique et d’un supermarché Lidl sur une parcelle où subsistent encore quelques blocs de béton envahis par la végétation. Selon les informations rapportées par BFM Business, ces vestiges constituent les dernières traces visibles du camp de travail forcé du Weinberglager. Pour Erich Strobl, qui dirige une campagne locale visant à préserver le site, ce projet suscite un profond malaise. "J'ai un sentiment de tristesse, car on est en train de bâtir sur un lieu chargé d'histoire, sacrifié à l'économie", a-t-il confié. L’office autrichien des monuments a toutefois estimé que les ruines n’étaient pas suffisamment significatives pour classer le site et le protéger. Cette décision ouvre la voie à la réalisation du chantier, malgré les protestations croissantes d’associations mémorielles et d’historiens. Le camp de Weinberglager, situé à une quarantaine de kilomètres au sud de Vienne, a joué un rôle tragique durant la Seconde Guerre mondiale. ### Un passé douloureux rappelé par les historiens Après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en 1938, le site a servi à regrouper des milliers de prisonniers de guerre et de travailleurs forcés. Il a ensuite intégré le sous-camp féminin de Hirtenberg, rattaché au camp de concentration de Mauthausen. Environ 400 femmes, majoritairement originaires de l’Union soviétique, y ont été détenues et contraintes de fabriquer des munitions d’infanterie entre septembre 1944 et avril 1945 dans une usine proche, la Patronenfabrik. Bertrand Perz, historien spécialiste du camp de Mauthausen, insiste sur l’importance historique du site de Hirtenberg. Selon lui, ce lieu est "historiquement important" et mérite une attention particulière. Si les baraquements du camp ont été progressivement reconvertis puis démolis, des ruines de l’usine subsistent encore dans les bois environnants, témoignant de l’activité industrielle qui reposait sur le travail forcé. ### Une indignation qui reflète un débat mémoriel plus large L’indignation suscitée par ce projet dépasse le cadre local. Elle intervient dans un contexte où l’Autriche, longtemps réticente à reconnaître pleinement son rôle dans les crimes nazis, fait face à des demandes croissantes de préservation des lieux de mémoire. La décision de l’office des monuments a été perçue par certains comme un signal inquiétant quant à la priorité accordée à la mémoire face aux intérêts économiques. Les opposants au projet, soutenus par des historiens et des associations, appellent à une réévaluation du dossier. Ils estiment que la valeur symbolique du site ne peut être réduite à l’état de ses vestiges matériels. La campagne menée par Erich Strobl et ses soutiens vise à sensibiliser l’opinion publique et à faire pression sur les autorités locales pour qu’elles revoient leur position. Alors que le chantier semble devoir se concrétiser, la question demeure de savoir si la mémoire de ces lieux pourra être honorée autrement, par exemple à travers une signalétique ou un espace commémoratif. Le débat, loin d’être clos, illustre la difficulté de concilier développement économique et devoir de mémoire dans un pays encore marqué par les cicatrices de son histoire.