Dominique Reynié : « Compter une nouvelle fois sur le barrage républicain serait un pari mortifère »

# Dominique Reynié : « Compter une nouvelle fois sur le barrage républicain serait un pari mortifère » Dans un entretien accordé au Figaro le 2 juillet 2026, le
# Dominique Reynié : « Compter une nouvelle fois sur le barrage républicain serait un pari mortifère »
Dans un entretien accordé au Figaro le 2 juillet 2026, le politologue Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol), alerte sur l'état d'esprit des Français à l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Selon sa dernière étude intitulée « 2027, le tourment des Français », 78 % des personnes interrogées estiment que la manière de vivre en France, ses traditions et ses habitudes, est menacée — un chiffre qui, d'après le chercheur, traduit un sentiment de dépossession bien plus profond qu'un simple mécontentement conjoncturel.
## Un sentiment de dépossession matérielle et culturelle
Dominique Reynié décrit ce phénomène comme « un sentiment de perte essentielle, que je situe entre le deuil et la nostalgie ». Selon lui, ces émotions, douloureuses pour les individus comme pour les collectifs, accompagnent « le bouleversement du monde : la globalisation, le rythme d'innovation, la désoccidentalisation partielle du monde, mais aussi le vieillissement de pays comme la France, qui ont le sentiment de quitter l'histoire, de ne plus compter pour beaucoup, voire de ne plus compter du tout ». Ce constat, issu de l'enquête menée par Fondapol, suggère que le malaise dépasse largement les clivages politiques traditionnels.
Le politologue souligne que le Rassemblement national et La France insoumise auraient, selon son analyse, « capté plus tôt que les autres » ce sentiment grandissant de dépossession. Cette capacité à identifier et à incarner ce ressentiment expliquerait, en partie, leur progression électorale constante ces dernières années. Reynié ne se contente pas d'un constat : il alerte sur les conséquences d'une stratégie politique qui consisterait à compter sur un hypothétique « barrage républicain » pour contrer ces dynamiques.
## Le barrage républicain, une stratégie risquée
Interrogé sur la possibilité de recourir une nouvelle fois à ce mécanisme électoral lors du scrutin présidentiel de 2027, Dominique Reynié est catégorique : « Compter une nouvelle fois sur le barrage républicain serait un pari mortifère ». Selon lui, cette stratégie, qui a fonctionné par le passé pour faire barrage à l'extrême droite, ne tiendrait plus compte de la transformation profonde du paysage politique et des attentes des électeurs. Le politologue estime que le sentiment de dépossession est désormais si ancré qu'un appel au vote « utile » ou républicain risquerait d'être perçu comme une manœuvre politique déconnectée des réalités vécues par les Français.
Cette analyse intervient dans un contexte où les enquêtes d'opinion montrent une fragmentation croissante du corps électoral. Reynié rappelle que les Français ne se contentent plus de votes de rejet : ils recherchent des propositions positives et une reconnaissance de leurs craintes identitaires et économiques. Ignorer ce phénomène, prévient-il, pourrait conduire à une impasse politique majeure en 2027.
## Un appel à repenser la stratégie politique
Dominique Reynié ne se limite pas à une critique des mécanismes électoraux. Il invite les forces politiques traditionnelles à « prendre la mesure de ce sentiment de dépossession » et à élaborer des réponses qui ne se résument pas à un simple refus. Selon lui, le défi pour les partis de gouvernement est de proposer un projet capable de redonner aux Français un sentiment de maîtrise sur leur destin collectif, dans un monde qu'ils perçoivent comme hostile et changeant.
L'étude de Fondapol, qui servira de base aux réflexions des prochains mois, suggère que les élections de 2027 pourraient être marquées par une recomposition politique inédite. Reynié prévient : si les formations traditionnelles persistent à ignorer ce « tourment », elles risquent de laisser le champ libre aux partis qui, comme le RN et LFI, ont su incarner ce malaise. Le politologue conclut sur une note prospective : la campagne présidentielle qui s'annonce ne pourra pas se jouer sur les mêmes schémas que par le passé, sous peine de voir le « barrage républicain » se fissurer définitivement.