Des sushis... avec du riz des Pays-Bas? Des Néerlandais expérimentent "l'idée un peu folle" d'en faire pousser dans leur pays, une culture jusqu'alors impossible à cause du climat humide et tempéré

## Des sushis bientôt confectionnés avec du riz néerlandais ? C'est une image que l'on croyait réservée aux rizières asiatiques : un champ gorgé d'eau, une mois
## Des sushis bientôt confectionnés avec du riz néerlandais ?
C'est une image que l'on croyait réservée aux rizières asiatiques : un champ gorgé d'eau, une moissonneuse-batteuse blanche qui avance lentement, et une céréale que l'on n'avait jamais récoltée aux Pays-Bas. Entre Amsterdam et La Haye, l'agriculteur Sander Roeleveld vient pourtant de moissonner du riz, rapporte BFM Business. Une première dans un pays au climat humide et tempéré, où cette culture était jusqu'alors jugée impossible.
## Une expérimentation à contre-courant du climat
Le décor reste profondément néerlandais : moulins à vent, canaux sillonnant des polders situés à deux mètres sous le niveau de la mer, et vaches laitières dans les prés, piliers d'une agriculture séculaire. Mais sur 0,6 hectare, une trentaine de variétés de riz ont été plantées, provenant notamment de Russie, de Chine, du Japon et d'Ouzbékistan. L'objectif affiché par les chercheurs est de déterminer lesquelles s'adaptent le mieux aux conditions locales. Les acteurs du projet espèrent produire environ trois tonnes de riz à grains courts. Philippe Terheggen, président de l'association Land van Ons, qui a mis les champs à disposition, résume l'ambivalence de la situation : « C'est extraordinaire. Il y a peut-être vingt ans, nous n'aurions jamais imaginé pouvoir cultiver du riz aux Pays-Bas. Mais c'est aussi effrayant, car cela montre ce qui est désormais possible (...) maintenant que le climat a changé. »
## L'affaissement des sols tourbeux en ligne de mire
Derrière cette prouesse agronomique se cache un enjeu environnemental bien réel. Les sols tourbeux néerlandais s'assèchent et s'affaissent, abaissant davantage encore certaines zones du pays déjà vulnérables à la montée des eaux. La riziculture, qui repose sur des parcelles inondées, pourrait offrir une alternative à l'assèchement traditionnel des terres. Sander Roeleveld, cité par BFM Business, insiste sur cette dimension : « Mon objectif est de montrer que les zones humides permettent de faire bien plus que simplement cultiver de l'herbe. » Le riz en immersion permanente limiterait ainsi l'oxydation de la tourbe et donc l'affaissement, tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre associées à ces sols drainés.
## Une « idée un peu folle » aux implications symboliques
L'expérimentation reste modeste à l'échelle agricole du pays, mais son retentissement symbolique est considérable. Voir des rizières remplacer, même partiellement, les prairies laitières interroge l'identité agricole néerlandaise et la place des Pays-Bas face à un climat qui se réchauffe. Les chercheurs le reconnaissent volontiers : il s'agit d'une « idée un peu folle ». Le riz néerlandais ne devrait pas, avant longtemps, remplacer celui du Japon dans les sushis. Mais cette parcelle inondée entre Amsterdam et La Haye dessine peut-être l'une des voies par lesquelles l'agriculture européenne tentera de s'adapter à des étés plus chauds et à des sols qui s'enfoncent. Une hypothèse à suivre, dont les premières moissons ne disent encore que le commencement.