Des stations-service indépendantes va saisir l'Autorité de la concurrence contre le plafonnement des prix des carburants mis en place par TotalEnergies

Le plafonnement des prix des carburants par TotalEnergies provoque une levée de boucliers chez les indépendants, qui saisissent l’Autorité de la concurrence. La
Le plafonnement des prix des carburants par TotalEnergies provoque une levée de boucliers chez les indépendants, qui saisissent l’Autorité de la concurrence. La Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FFC3), qui regroupe environ un millier de stations-service indépendantes, a annoncé son intention de saisir l’Autorité de la concurrence d’ici la fin de la semaine. L’organisation estime que le dispositif de plafonnement des prix à la pompe, mis en œuvre par le géant pétrolier depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, constitue une distorsion de concurrence susceptible de mettre en péril la survie de ses adhérents.
Un plafonnement contesté aux conséquences jugées « désastreuses »
TotalEnergies a instauré un plafonnement des prix des carburants face à la flambée des cours du pétrole brut liée au conflit au Moyen-Orient. Selon son PDG, Patrick Pouyanné, cette mesure aurait déjà coûté 200 millions d’euros au groupe depuis le début de la guerre. Si ce dispositif a pu soulager le pouvoir d’achat des consommateurs en limitant la hausse à la pompe, il a en revanche créé un déséquilibre concurrentiel majeur sur le marché de la distribution. Les stations-service indépendantes, qui ne disposent pas des mêmes marges de manœuvre financières, se trouvent dans l’incapacité de s’aligner sur ces prix plafonnés, subissant de plein fouet le report de la clientèle vers les enseignes du groupe.
Frédéric Plan, conseiller national de la FFC3, a alerté sur la gravité de la situation. « Il est évident que quand une station-service indépendante voit ses volumes chuter de 40% sur plusieurs mois, ça met potentiellement son existence en péril », a-t-il déclaré. Cette chute drastique des volumes de vente, observée depuis plusieurs mois, menace directement la viabilité économique de ces petites structures, souvent situées en zone rurale ou périurbaine. La FFC3 avait déjà exprimé son mécontentement dès le mois de mai, dénonçant une stratégie qui asphyxie les acteurs indépendants du secteur.
Une saisine pour rétablir une concurrence loyale
La saisine de l’Autorité de la concurrence vise à faire reconnaître le caractère abusif de cette pratique. Les indépendants considèrent que le plafonnement des prix, bien que présenté comme une mesure de protection des consommateurs, agit en réalité comme une barrière à l’entrée et une entrave à la libre concurrence. En fixant un prix maximum, TotalEnergies utilise sa puissance financière pour capter une part de marché disproportionnée, au détriment des acteurs plus modestes qui ne peuvent soutenir une telle guerre des prix sans compromettre leur équilibre financier.
L’Autorité de la concurrence devra examiner si ce dispositif constitue une pratique anticoncurrentielle au sens du droit français et européen. La décision de la FFC3 intervient dans un contexte où les tensions géopolitiques continuent d’alimenter la volatilité des prix de l’énergie. Le plafonnement, initialement conçu comme une réponse temporaire à une crise, semble s’installer dans la durée, renforçant l’inquiétude des indépendants quant à leur avenir. Le coût total pour TotalEnergies, évalué à 200 millions d’euros, illustre l’ampleur de l’effort consenti par le groupe, mais aussi la puissance de frappe dont il dispose pour dominer le marché.
L’issue de cette saisine pourrait redéfinir les règles du jeu sur le marché français des carburants. Si l’Autorité de la concurrence donne raison aux plaignants, elle pourrait contraindre TotalEnergies à modifier ou à abandonner son dispositif de plafonnement, ou à mettre en place des mesures compensatoires pour les indépendants. À l’inverse, un rejet de la plainte entérinerait la légitimité de cette pratique et pourrait accélérer la concentration du secteur, menaçant la diversité du réseau de distribution. La décision, attendue dans les mois à venir, sera scrutée de près par l’ensemble des acteurs du marché, alors que la flambée des prix du pétrole continue de peser sur l’économie française.