De Quoi J'me mail : La startup française VR Lynx rachetée par EssilorLuxottica (2/2) - 19/07

EssilorLuxottica met la main sur Lynx : la start-up française de réalité virtuelle change de dimension Le géant franco-italien de l’optique EssilorLuxottica a a
EssilorLuxottica met la main sur Lynx : la start-up française de réalité virtuelle change de dimension
Le géant franco-italien de l’optique EssilorLuxottica a annoncé l’acquisition de la start-up française Lynx, spécialisée dans la réalité virtuelle (VR). L’opération, dont le montant n’a pas été divulgué, marque une étape significative dans la consolidation du secteur de la réalité mixte et confirme l’ambition du groupe de se positionner sur le marché des lunettes connectées. Fondée en 2018 par Stanislas Chesnais, Lynx s’était fait connaître avec son casque autonome Lynx R1, un appareil mêlant réalité virtuelle et réalité augmentée, destiné aussi bien aux professionnels qu’au grand public.
Une technologie française au service d’un leader mondial
Lynx s’était distinguée par une approche technique originale : son casque R1 intègre des caméras en couleur pour la réalité augmentée, sans compromettre la puissance nécessaire à la VR. La société, basée à Paris, avait levé plusieurs millions d’euros auprès d’investisseurs comme Bpifrance ou le fonds d’investissement Hi Inov. Selon des sources proches du dossier, EssilorLuxottica aurait été séduite par la maturité des logiciels de Lynx, notamment en matière de suivi oculaire et de rendu 3D. L’acquisition permettrait au groupe d’accélérer le développement de ses propres lunettes connectées, un marché estimé à 50 milliards de dollars d’ici 2030 selon des analystes.
L’opération intervient dans un contexte de recomposition du secteur de la réalité mixte. Apple a récemment dévoilé son Vision Pro, tandis que Meta multiplie les versions de ses Quest. EssilorLuxottica, déjà présent dans l’optique médicale et les lunettes de soleil (Ray-Ban, Oakley), chercherait à combiner son savoir-faire en verres correcteurs avec les technologies immersives. « L’avenir de la vision passe par l’intégration de l’électronique dans les montures », avait déclaré un porte-parole du groupe lors d’une conférence en juin 2024.
Un rachat qui soulève des questions sur l’avenir de Lynx
Pour Lynx, l’intégration au sein d’EssilorLuxottica représente une opportunité de passer à l’échelle industrielle. La start-up, qui employait une soixantaine de salariés, peinait à concurrencer les géants américains et chinois sur le marché des casques grand public. Le rachat pourrait lui donner accès aux réseaux de distribution du groupe, qui compte plus de 18 000 magasins dans le monde. Toutefois, certains observateurs s’interrogent sur la préservation de l’identité de la société française. « Lynx avait une approche très ouverte, avec un système d’exploitation basé sur Android, contrairement aux solutions propriétaires d’Apple ou de Meta », rappelle un analyste cité par BFM Business. « Il faudra voir si EssilorLuxottica maintient cette philosophie ou si elle oriente la technologie vers des usages plus fermés. »
Le marché français de la VR, longtemps dominé par des acteurs comme HTC ou Oculus, pourrait voir émerger un nouveau champion grâce à cette acquisition. Lynx avait notamment remporté des contrats avec des entreprises industrielles pour la formation en réalité virtuelle, un segment en forte croissance. EssilorLuxottica, de son côté, pourrait intégrer les capteurs de Lynx dans ses futures lunettes connectées, permettant par exemple de superposer des informations visuelles en temps réel lors de l’achat de verres en magasin.
Une consolidation qui s’accélère dans la réalité mixte
Ce rachat s’inscrit dans une tendance plus large de concentration du secteur. En 2023, Meta avait acquis la start-up américaine Within, spécialisée dans les applications fitness en VR. Apple, de son côté, a multiplié les brevets sur des technologies de réalité augmentée depuis 2015. EssilorLuxottica, avec Lynx, chercherait à combler son retard face à ces géants. Le groupe dispose déjà d’une expérience dans les lunettes connectées : sa collaboration avec Snap pour les Spectacles, lancées en 2021, avait rencontré un succès mitigé. Cette fois, l’entreprise mise sur une technologie plus mature et sur un savoir-faire logiciel.
Les détails financiers de l’opération n’ont pas été communiqués. Selon des sources proches de la transaction, le prix pourrait se situer entre 50 et 100 millions d’euros, un montant modeste au regard de la capitalisation boursière d’EssilorLuxottica (plus de 80 milliards d’euros). La transaction devrait être finalisée d’ici la fin de l’année 2024, sous réserve des autorisations réglementaires.
Une nouvelle ère pour la VR française
L’acquisition de Lynx par EssilorLuxottica ouvre des perspectives pour l’écosystème français de la réalité virtuelle. D’autres start-up, comme la lyonnaise Holo-Light ou la parisienne VRrOOm, pourraient attirer l’attention des grands groupes. « La France a un vrai savoir-faire dans la VR, mais il manquait un acteur industriel pour le valoriser », estime un expert du secteur. Avec EssilorLuxottica, Lynx pourrait devenir le fer de lance d’une filière française de la réalité mixte, à condition que le groupe maintienne des investissements en R&D sur le territoire.
L’avenir dira si cette opération permettra à EssilorLuxottica de rivaliser avec les ténors de la tech, ou si la start-up française perdra son âme dans la fusion. Pour l’heure, le secteur retient son souffle.