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"Dans ma génération, les gens ne veulent plus faire les mêmes erreurs que leurs parents": ces jeunes actifs qui enchaînent les arrêts maladie

Economie · · Par Julie MOREAU

Le burn-out n’est plus l’apanage des quadras épuisés par des décennies de carrière. Une génération de jeunes actifs, marquée par l’observation des sacrifices pa

Le burn-out n’est plus l’apanage des quadras épuisés par des décennies de carrière. Une génération de jeunes actifs, marquée par l’observation des sacrifices parentaux, semble redéfinir son rapport à l’emploi, quitte à multiplier les arrêts maladie comme un rempart protecteur. Entre précarité assumée et quête de sens, ce phénomène, chiffré par les études récentes, interroge les fondements mêmes de notre organisation du travail. ## Un choix assumé face à la souffrance mentale Maxime, 27 ans, employée dans la restauration rapide dans le Nord, incarne cette rupture générationnelle. Se décrivant comme "queer" et "grosse", elle rapporte avoir subi des situations allant "parfois jusqu'au harcèlement" dans deux grandes enseignes successives. Son témoignage, recueilli par BFM Business, est sans détour : "Avec l'arrêt maladie, j'ai choisi d'être en grande précarité plutôt que de mettre en danger ma santé mentale". Ces dernières années, elle a enchaîné deux arrêts "pour burn-out de deux-trois mois", ponctués de "plusieurs petits arrêts" liés à un surmenage émotionnel récurrent, avant une opération du canal carpien. Le retour à la réalité professionnelle fut brutal : "À la fin de mon arrêt, j'ai eu des crises d'angoisse terribles, impossible de dormir sans anxiolytiques, des cauchemars du taff", confie-t-elle, un an après son opération, toujours en arrêt pour épuisement professionnel. ## Le "polyabsentéisme", marqueur d'un malaise structurel Le cas de Maxime n'est pas isolé, loin de là. Une étude de Malakoff Humanis, publiée en juin, met en lumière une augmentation de 25,5% du taux d'absentéisme dans le privé entre 2019 et 2025. Surtout, elle identifie une tendance au "polyabsentéisme" chez les jeunes salariés. Les chiffres sont éloquents pour 2025 : 21% des moins de 30 ans arrêtés l'ont été deux fois dans l'année, et 17,5% trois fois ou plus. Les auteurs de l'étude soulignent que ce "niveau dépasse celui de toutes les autres tranches d'âge". Ces arrêts multiples seraient le symptôme, selon eux, "d'un rapport au travail qui se construit sur des bases fragilisées". Un constat d'autant plus préoccupant que chez les jeunes, près de 37% des arrêts sont liés à la santé mentale, qui constitue tous âges confondus le premier motif d'arrêts longs. ## Une réorientation professionnelle comme exutoire Face à ce système qu'elle juge défaillant, Maxime a choisi la reconversion. Actuellement en formation à la nutrition animale, elle projette de devenir auto-entrepreneuse, portée par une conviction radicale : "ça n'existe pas, une entreprise où les supérieurs sont bons". Cette défiance envers la hiérarchie traditionnelle et les codes de l'entreprise classique illustre un désir d'autonomie et de sens qui transcende la simple question des conditions de travail. Pour cette génération, l'emploi salarié n'apparaît plus comme une valeur refuge, mais comme une source potentielle de danger pour l'équilibre psychique, justifiant des stratégies d'évitement, dont l'arrêt maladie fait partie intégrante. ## Un défi majeur pour les entreprises et la protection sociale Cette hausse des arrêts maladie figure désormais "en haut de la liste des préoccupations" du gouvernement, selon le contexte fourni. Au-delà de l'aspect purement financier pour l'assurance maladie, ce phénomène interroge la capacité des entreprises à fidéliser et à protéger leurs jeunes talents. L'enjeu est double : repenser l'organisation du travail pour prévenir l'épuisement, mais aussi accompagner ceux qui, comme Maxime, ont fait du soin de leur santé mentale une priorité absolue, quitte à en payer le prix fort sur le plan matériel. La question reste ouverte de savoir si ces arrêts à répétition sont une simple bouée de sauvetage individuelle ou le signe annonciateur d'une mutation profonde du contrat social qui lie le travailleur à son employeur.