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"D'ici la fin de la décennie, il y en aura des centaines": les mini-réacteurs nucléaires deviennent une réalité aux États-Unis

Economie · · Par Julie MOREAU

# Les mini-réacteurs nucléaires américains entrent dans une phase opérationnelle historique Plusieurs petites centrales nucléaires de nouvelle génération sont d

# Les mini-réacteurs nucléaires américains entrent dans une phase opérationnelle historique Plusieurs petites centrales nucléaires de nouvelle génération sont désormais opérationnelles ou sur le point de l'être aux États-Unis, marquant un tournant décisif pour une filière portée par des milliards de dollars d'investissements privés et un soutien politique sans précédent de l'administration Trump. Le 4 juin 2026, la start-up Antares est parvenue à faire fonctionner de manière autonome un réacteur de conception inédite sur le site de l'Idaho National Laboratory (INL), une première depuis près d'un demi-siècle sur le sol américain. ## Un basculement industriel majeur dans le désert de l'Idaho Dans ces hangars aux couleurs ternes, plantés au milieu du désert de l'Idaho, l'atmosphère est inhabituelle. Des soldats armés de fusils d'assaut, des check-points sécurisés et des caisses frappées du symbole de radioactivité témoignent de l'importance stratégique du site. C'est ici, à l'ouest d'Idaho Falls, que le 4 juin dernier, Antares a réalisé ce que ses ingénieurs qualifient de "première réalisation concrète de la renaissance du nucléaire". Le réacteur, de conception entièrement nouvelle, a atteint la criticité — le stade où la réaction en chaîne devient autonome — pour la première fois depuis près de cinquante ans aux États-Unis. Jordan Bramble, PDG d'Antares, n'a pas caché son enthousiasme face à cette avancée. Selon des sources proches du dossier, cet exploit technique ouvre la voie à une industrialisation massive des petits réacteurs modulaires (SMR), ces installations compactes dont la puissance est généralement comprise entre 10 et 300 mégawatts, contre plus de 1 000 mégawatts pour les réacteurs traditionnels. Tori Shivanandan, présidente et directrice des opérations de Radiant Nuclear, interrogée sur place le 24 juin 2026, a confié que "d'ici la fin de la décennie, il y en aura des centaines". ## Une course contre la montre avant le 4 juillet Le programme, lancé en 2025 sous l'impulsion de Donald Trump, fixait un objectif ambitieux : atteindre la criticité avant le 4 juillet 2026, jour de la fête nationale américaine. Aalo Atomics, autre participant majeur du dispositif, s'apprête à franchir ce cap dans les jours suivant le succès d'Antares, toujours sur le site de l'INL. "Cela fait 30 ans que je suis dans cette industrie et je ne pensais pas voir construire un réacteur de conception nouvelle", a confié un ingénieur d'Aalo devant son prototype, visiblement ému par l'ampleur de la tâche accomplie. Le 18 juin, Valar Atomics a également atteint le stade de la criticité dans l'Utah, portant à trois le nombre de start-ups ayant réussi cet exploit en l'espace de quelques semaines. Ces succès successifs témoignent d'une dynamique industrielle sans précédent, alimentée par des flux financiers massifs : des milliards de dollars ont déjà été mobilisés par des fonds d'investissement privés, des groupes énergétiques et des fonds souverains, séduits par le potentiel de ces réacteurs de nouvelle génération. ## Des enjeux de sécurité et de souveraineté énergétique La présence militaire renforcée sur le site de l'INL n'est pas anodine. Ces mini-réacteurs, par leur taille réduite et leur conception modulaire, pourraient être déployés sur des sites isolés, des bases militaires ou des zones industrielles, réduisant la dépendance au réseau électrique traditionnel. Le gouvernement américain voit dans cette technologie un levier de souveraineté énergétique, capable de fournir une électricité décarbonée et constante, contrairement aux énergies solaire et éolienne. Les experts du secteur estiment que plus de 50 prototypes de réacteurs ont déjà été mis au point dans le cadre de ce programme, dont certains pourraient entrer en production commerciale d'ici 2028. Si les défis réglementaires et de gestion des déchets restent entiers, la réussite technique d'Antares, Aalo Atomics et Valar Atomics marque un tournant historique. Les États-Unis, qui n'avaient pas construit de nouveau réacteur nucléaire de conception originale depuis les années 1970, pourraient bien devenir le premier marché mondial des mini-réacteurs, avec des centaines d'unités attendues d'ici la fin de la décennie.